Vendredi 5 mars 2021
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20 ans en Turquie, 2001-2021 : vingt faits marquants

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 18/01/2021 à 03:30 | Mis à jour le 18/01/2021 à 11:01
20 ans Turquie 2001 2021

A l’occasion du vingtième anniversaire de notre journal en ligne, lepetitjournal.com (né en janvier 2001 à Mexico), l’édition d’Istanbul a souhaité revenir sur les 20 dernières années en Turquie, avec 20 faits qui ont marqué le pays. 

 

2001 – Un nouvel aéroport !

En janvier 2001, alors que lepetitjournal.com naît à Mexico, Sabiha Gökçen, le deuxième aéroport d’Istanbul, voit le jour sur la rive asiatique de la ville. Construit initialement pour désengorger l’aéroport international Atatürk (côté européen), il ne suffira finalement pas, et en 2019, Istanbul inaugurera son tout nouvel aéroport (le plus grand du monde en termes de capacité), dans le district d’Arnavutköy (nord de la ville). L’aéroport Atatürk est aujourd’hui en partie devenu un hôpital, et certaines de ses pistes sont utilisées pour les avions-cargos.

 

Sabiha Gökçen 2001
L’aéroport est nommé en l’honneur de Sabiha Gökçen, une des filles adoptives d’Atatürk, et la première femme pilote turque.

 

L’année 2001 sera aussi marquée en Turquie par une grave crise économique (doublée d’une crise politique), initiée en novembre 2000, lors de laquelle le pays connaît une fuite des capitaux et une dévaluation de près de 50 % de la valeur de sa monnaie en moins de deux mois.

 

2002 - Arrivée de l'AKP au pouvoir

Cette année est marquée par les élections législatives anticipées organisées en novembre 2002 (près de 18 mois avant l'échéance normale) lors desquelles l’AKP (Parti de la justice et le développement - créé en août 2001) remporte les élections parlementaires, propulsant Recep Tayyip Erdoğan (ancien maire d’Istanbul de 1994 à 1998) au poste de Premier ministre à partir de mars 2003.

 

2003 - Victoire musicale

La chanteuse turque Sertap Erener remporte le concours annuel Eurovision avec sa chanson "Everyway that I can". Le choix de la langue anglaise donne toutefois lieu à des critiques en Turquie.

 

 

2004 – Un projet de transport eurasien 

C’est à Istanbul le lancement des travaux colossaux du Marmaray, voie ferrée qui relie les quartiers de Fatih (Europe) et Üsküdar (Asie), en passant sous le Bosphore (1,4km).  

Creusé à 60 mètres de fond, le boyau a révélé des trésors archéologiques qui sont apparus régulièrement au cours des travaux, et ont retardé de 4 ans la mise en service du train.

La construction du tunnel s'est achevée en avril 2009, tandis que la voie ferrée a été mise en service à partir de 2013, et étendue en 2019. Le trajet du Marmaray couvre actuellement 76,6 km, de Halkali (Europe) à Gebze (Asie), dont plus de 60km d’anciennes voies ferrées du réseau de transport de banlieue d'Istanbul, réhabilitées.  

Certains des Marmaray (grande vitesse) relient Ankara ou Konya.

 

Marmaray Istanbul
Un Marmaray

 

Déjà en 1860, un ingénieur français, M. Préault, avait réalisé un avant-projet de pont-tunnel sous le Bosphore, qui devait relier la rive asiatique et la rive européenne de la ville de Constantinople. Ce projet, approuvé par le gouvernement de l’Empire ottoman, n’a pu aboutir, les techniques d’ingénierie n’étant pas suffisamment sophistiquées à l’époque pour réaliser un ouvrage résistant aux courants marins du Bosphore.

 

2005 – Le rêve européen ?

C’est une année clé pour l’Union européenne et la Turquie, car il s’agit de l'ouverture officielle, le 3 octobre, des négociations pour l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. La Turquie avait déposé sa candidature initiale en 1987 ; un accord d’union douanière avait été signée en 1995, et le pays était officiellement candidat depuis le Conseil européen d’Helsinki en 1999.

Cependant, en 2016, le Parlement européen vote une résolution visant à geler les négociations d'adhésion, jugeant que les accords concernant la crise migratoire européenne ne sont pas respectés, et que les mesures de répression suite à la tentative de coup d’état du 15 juillet 2016 (voir infra) sont disproportionnées.

La Turquie avait adhéré au Conseil de l’Europe en 1949.

 

2006 – Justice et religion

Le 17 mai, le Conseil d’État ("Danıştay") est victime d’une attaque à l’issue de laquelle le magistrat Mustafa Yücel Özbilgin perd la vie. Le meurtrier, un jeune avocat islamiste, considère la plus haute juridiction administrative du pays coupable d'avoir interdit la promotion d'une directrice d'école élémentaire qui portait le voile à l'extérieur de son établissement (à ce moment-là en Turquie, le port du voile par les femmes est interdit dans les établissements de la fonction publique, les écoles et les universités, voir infra).

Lors de l’enterrement de Mustafa Yücel Özbilgin, Bülent Ecevit est victime d’une hémorragie cérébrale ; il décédera quelques mois plus tard, le 5 novembre.

 

Bülent Ecevit Turquie
Bülent Ecevit

 

Bülent Ecevit aura été une figure majeure de la deuxième moitié du XXème siècle en Turquie.

Journaliste, poète et homme d’état, il a été chef du gouvernement à quatre reprises, notamment jusqu’à la prise du pouvoir par l’AKP en novembre 2002 (voir supra).

Ses mandats sont marqués notamment par l'invasion de Chypre en 1974 (qui fait de lui un héros national à l’époque), et par l'arrestation du chef rebelle kurde du PKK Abdullah Öcalan, en 1999.

 

2007 – La liberté de la presse en question

Le 19 janvier, le journaliste et écrivain turc d'origine arménienne, Hrant Dink, est assassiné en pleine rue (Halaskârgazi) devant le siège d’Agos (hebdomadaire dont il est directeur de la publication), dans le district de Şişli (Istanbul), par le nationaliste Ögün Samast. Mineur au moment des faits, le meurtrier a été condamné à 22 ans et 10 mois d’emprisonnement.

 

Hrant Dink 2007 assassinat
Plaque déposée sur le lieu de l'assassinat de Hrant Dink

 

En 2019, 12 ans après les faits, sept personnes reconnues coupables d'implication dans l'assassinat du journaliste ont été condamnées à des peines de prison.

Aller plus loin : Sept ans après, des milliers de personnes rendent hommage à Hrant Dink 

 

2008 – Le débat sur la laïcité

En février, le Parlement turc adopte un amendement à la Constitution autorisant les étudiantes à porter le voile à l'université, réforme à laquelle s'opposaient les élites laïques turques. En juin, la Cour constitutionnelle déclare l’amendement inconstitutionnel, l’estimant contraire au caractère laïc de la Turquie.

Le débat est relancé à partir de 2010, alors que le président du Conseil de l’enseignement supérieur ("YÖK") donne l’autorisation aux étudiantes de venir voilées à l’université. À partir de cette date, la levée des interdictions se fait progressivement ; en 2014, Ankara libéralise le port du foulard au collège et au lycée, après l'avoir autorisé à l'Assemblée nationale et dans la fonction publique en 2013.

En France, si la loi de 2004 interdit le port de signes religieux ostensibles aux élèves dans les écoles, collèges et lycées publics, elle l’autorise en revanche à l’université (considérant que les étudiants sont majeurs et peuvent se forger leurs propres opinions).

 

2009 – Économie : une nouvelle monnaie !

Alors qu’en janvier naissait lepetitjournal.com Istanbul… la Turquie connaissait un grand changement dans sa monnaie ! En effet, à partir du 1er janvier 2009, les Turcs utilisent officiellement la lire (ou livre) turque. Adoptée en 2005, la "nouvelle livre turque" a remplacé l'ancienne livre turque, divisée par un million (donc amputée de six 0 !), avec de nouveaux billets en circulation de 5, 10, 20, 50, 100 et 200 livres turques (TL, "Türk Lirası").

À partir de 2009, la livre turque perd son qualificatif de "nouvelle".

 

Ancien billet de livre turque millions
Un ancien billet de 10 millions : ce qui équivaut à 10 TL aujourd’hui

 

Ne vous étonnez pas si vous croisez aujourd’hui des personnes un peu âgées qui comptent encore en "milyar", ce sont bien les "anciennes lires" !

 

2010 – Conflit international

En mai, des commandos israéliens donnent l’assaut par hélicoptère (et dans les eaux internationales) sur le Mavi-Marmara, navire amiral d'une flottille internationale partie pour briser le blocus israélien de la bande de Gaza. Les commandos ouvrent le feu, tuant neuf humanitaires et faisant de nombreux blessés.

 

Mavi Marmara Turquie Israël 2010
Le Mavi-Marmara

 

Cette affaire du Mavi-Marmara a déclenché une grave crise diplomatique entre Israël et la Turquie, qui entretenaient pourtant des relations de coopération assez étroites sur le plan militaire.

Aller plus loin : Mavi Marmara : Israël présente des excuses

 

2011 – Catastrophe naturelle

En octobre et novembre, deux séismes meurtriers de magnitude 7,2 et 5,6 sur l’échelle de Richter, frappent la région de Van, dans l’est de la Turquie. Ces catastrophes entraînent le décès de plus de 600 personnes, causent des milliers de blessés, et détruisent des milliers d’habitations.

2011, c’est aussi l’année où Erdoğan (chef du gouvernement) présente au public son "projet fou" comme il le qualifie lui-même, "Kanal Istanbul". Le projet pharaonique a pour but de relier la mer Noire à la mer de Marmara, parallèlement au détroit du Bosphore, afin de désengorger ce dernier.

 

Kanal Istanbul projet Istanbul

 

Ce projet est toujours en discussions en 2021, et fait l’objet de désaccords majeurs entre le président Erdoğan et le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, qui y voit de possibles dégâts environnementaux et l'accroissement du risque de séisme.

La guerre civile en Syrie débute au printemps de cette année. À partir de cette période, la Turquie devient le premier pays à accueillir les populations syriennes réfugiées. (Il y aurait près de 4 millions de Syriens en Turquie début 2021.)

 

2012 – Cinéma : James Bond à Istanbul !

La scène d’ouverture du James Bond, Skyfall, est filmée à Istanbul, notamment sur les toits du Grand Bazar, et dans le quartier d’Eminönü. Le tournage aura causé quelques incidents mineurs. En 2018, l’État rénovera les toits du plus vieux "centre commercial" du monde, pour une facture à hauteur de 30 millions de TL.

 

 

James Bond (Sean Connery) s'était déjà rendu à Istanbul pour une mission en 1963, dans le film Bon baisers de Russie.

 

2013 – Société et environnement

Gezi. Le mois de juin en Turquie résonne à l’international comme le "Printemps turc".

Les mouvements de protestations commencent initialement avec quelques écologistes stambouliotes pacifistes qui s'opposent au projet d’urbanisation du parc de Gezi à Taksim (et un des rares espaces verts du centre de la ville), au profit de la reconstruction d’une caserne ottomane, et d’un centre commercial. Suite aux répressions policières (gaz lacrymogènes, canons à eau etc.), le mouvement atteint très vite tout le pays, et devient une contestation contre le gouvernement d’Ankara, et avec des revendications plus générales.

En soutien au mouvement de Gezi, au mois de juin, des manifestations sont organisées par la diaspora turque dans de nombreuses villes à l’étranger.

Le mouvement s’essoufflera avec l’arrivée de l’été ; le projet sera annulé par la justice.

Bilan : 7 morts, près de 8000 blessés.

 

Gezi Istanbul 2013 symbole femme en rouge
"La femme en rouge", symbole de la contestation de Gezi

 

Aller plus loin : Gezi - Punition insolite pour le policier qui avait aspergé de gaz la femme en rouge 

 

2014 – Catastrophe industrielle 

Le 13 mai, la Turquie connaît l’accident industriel le plus meurtrier de son histoire : 301 ouvriers décèdent dans l’explosion d’une mine de charbon à Soma (région d’Izmir).

Cette tragédie provoque une vague d'indignation contre l'entreprise Soma Kömür İşletmeleri et contre le gouvernement, accusés de priviléger la rentabilité au détriment de la sécurité des salariés. Les manifestations s’inscrivent aussi dans le mouvement de Gezi (v. supra).

Aller plus loin : Soma - 301 morts, un triste anniversaire

En août, les premières élections présidentielles au suffrage universel (en vertu d’un référendum de 2007 sur la réforme constitutionnelle) voient Recep Tayyip Erdoğan prendre la fonction de président de la République, après plus de 11 ans à la tête du gouvernement.

En octobre, le président Erdoğan inaugure son nouveau palais présidentiel (dont la construction est estimée à près de 500 millions d’€).

 

2015 - Entrée du HDP au Parlement

En juin, ce sont 80 membres du parti kurde HDP (Parti démocratique des peuples – fondé en 2012) qui entrent au Parlement turc. Le parti récolte en effet 13% des suffrages exprimés (sachant qu’il en faut 10% pour la représentation d’une formation politique au Parlement).

Suite à l'incapacité pour l’AKP de constituer un gouvernement, des élections sont réorganisées en novembre 2015, lors desquelles le HDP passe tout juste le seuil électoral, avec 10,7% des suffrages exprimés.

Quelques semaines avant les élections, le 10 octobre 2015, deux explosions retentissent à Ankara lors d'un meeting pour la paix organisé avec le soutien du HDP. Le bilan s'élève à 102 morts, c’est l’attentat le plus meurtrier de l’histoire du pays. Cet attentat s’inscrit dans un contexte de reprise du conflit avec le PKK (à l’été 2015) et de tensions avec l’État islamique, à qui sera d’ailleurs attribuée l’attaque. En 2018 une vingtaine de personnes seront reconnues coupables et emprisonnées.

Cette même année, le 16 octobre, un drone russe est abattu par l’armée turque, ce qui déclenchera une crise diplomatique majeure entre les deux pays.

 

2016 – Entre attentats et tentative de coup d'état

Année explosive avec notamment, au premier trimestre, deux attentats majeurs contre des étrangers, attribués à DAESH, à Sultanahmet en janvier (13 morts) et sur Istiklal en mars (5 morts).

Le soir du 15 juillet, une tentative de coup d’État a lieu (principalement à Ankara et à Istanbul), attribuée à l’imam Fettulah Gülen (exilé aux États-Unis depuis 1999).

La tentative se solde par un échec ; le dernier bilan officiel fait état de plus de 290 morts.

S’en suivront des mois de purge dans tous les domaines de l’administration turque (armée, police, enseignement etc.).  

Le 4 novembre 2016, les coprésidents du HDP, Selhattin Demirtas et Figen Yüksedag sont arrêtés avec neuf autres députés.

Le 15 juillet est aujourd’hui férié en Turquie (fête de la Démocratie et de l’Union nationale).

Le 10 décembre, à la sortie d’un match qui se joue au stade Vodafone Arena à Besiktas, un double attentat se produit ; 44 personnes décèdent, donc 36 policiers. L’attaque est revendiquée par le TAK (Faucons de la liberté du Kurdistan). Une ressortissante française y est blessée.

 

2017 – Référendum : passage à un régime présidentiel  

L’année commence dans la terreur avec un nouvel attentat revendiqué par Daesh au club Reina d’Istanbul (Ortaköy) dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, qui fait 39 morts et 70 blessés.

En avril, un référendum constitutionnel est organisé ; il vise à recueillir l’assentiment des Turcs concernant le changement de régime du pays : passage d’un régime parlementaire à un régime présidentiel (suppression du poste de Premier ministre, ses pouvoirs étant conférés au président qui deviendrait le chef de l'exécutif, et création d’un poste de vice-président). Le "oui" l’emporte, avec 51,4% des voix.

 

Référandum Turquie 2017

 

2018 – Élections générales

En juin, le chef de l’État turc, Recep Tayyip Erdoğan, est réélu (52,6%) président dès le premier tour, pour un nouveau mandat aux pouvoirs renforcés (voir supra).

 

2019 – Élections municipales

A partir du 1er janvier, la Turquie fait un premier pas pour bannir le plastique : les pochettes plastiques deviennent payantes dans les supermarchés. Un tournant écologique ?

Les mairies d’Ankara et d’Istanbul basculent CHP. Mansur Yavaş est élu à Ankara en mars, et Ekrem İmamoğlu à Istanbul en juin (suite à la réorganisation de l’élection, contestée par l’AKP).

Aller plus loin : Élections municipales - Ankara répond aux critiques de l'Occident 

 

2020 - Sainte-Sophie : de musée à mosquée

L’année est bien sûr marquée par l’épidémie de COVID-19, comme partout dans le monde.

En juillet, le Conseil d’État annule le décret de 1934 qui proclamait Sainte-Sophie musée, suite à quoi, le président Recep Tayyip Erdoğan signe un décret transférant la gestion de Sainte-Sophie au Conseil des Affaires religieuses turc (Diyanet). 

En pleine épidémie, des milliers de personnes se pressent sur le parvis pour la prière du vendredi.

 

2021 – Vers la fin de la Covid-19 ?

Les vaccinations contre la Covid-19 qui ont commencé le 14 janvier en Turquie donnent un peu d’espoir aux Turcs en ce début d’année.

La Turquie envisage de mettre au point son propre vaccin au printemps 2021.

 

Pour ce qui est de la relation bilatérale France-Turquie, les récents échanges entre les présidents Macron et Erdoğan laissent présager de meilleurs jours pour 2021…

 

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