Édition internationale

Journal d’un Erasmus : la Pologne, c’est pas pour les mauviettes ! 

“Pourquoi est-ce que tu as choisi la Pologne ?”. C'est la question pourtant d’apparence banale, que mes proches m’ont posée, et à laquelle je n'apportais aucune réelle justification lorsque j’ai reçu ma réponse d’affection au sein de l’Uniwersytet Łódzki en février dernier. En dernière position de mes choix pour mon semestre universitaire à l’étranger, je me voyais déjà les pieds en éventail sur les plages philippines, ou à déambuler sans but, dans les ruelles pavées d’Istanbul. Mais non, ce sera “Łódź”, 4 lettres, dont une, qui ressemble tout bonnement à un “L”, mais qui se prononce comme le “w” anglais.  Début octobre, lorsque l’Airbus A321 quitte le tarmac d’Orly pour s’envoler vers Varsovie, j’étais bien loin de m’imaginer que “Woutch” (la prononciation polonaise) allait devenir une expérience tant singulière qu’inoubliable. Futur journaliste, je vous partage mon expérience au fil de mon journal - épisode 1

Couv sacha jerzygorecki-sleigh-3920640_1280Couv sacha jerzygorecki-sleigh-3920640_1280
Écrit par Sacha Tavard
Publié le 9 février 2026

 


 

La Pologne, ce n'est pas pour les débutants ! 

Sorti de l’aéroport, je comprends très rapidement que la Pologne n’est pas faite pour les débutants (pour ceux qui ont la ref). Une rafale de vent vient heurter mon visage, couplée à une pluie fine qui rend la chose d’autant plus agréable. Il me reste approximativement 25% sur mon téléphone, l’équipier McDo n’a pas accepté de le faire charger en cuisine, faute de prises disponibles en salle... Pas grave, le voyage, ça me connaît, et me débrouiller seul aussi : « Ça fait partie de l’Erasmus ». Il faut que je rejoigne la gare Centrale au plus vite (ignorant à ce moment-là qu'il existe le fameux métro-train S3 qui relie l’aéroport à la gare en une vingtaine de minutes). Je tente donc le bus, une expérience sympathique, certes à l’étroit, entre deux femmes d’une cinquantaine d’années qui parlent à haute voix durant près de 40 minutes, mais au moins à l’abri de cette météo qui m’est inhabituelle. 

 

Une petite heure plus tard, le sésame pour Łódź est en ma possession, je m’étais renseigné en amont et j'avais lu que les contrôleurs ne faisaient pas de cadeaux en matière d’amande, j’ai donc préféré jouer la sécurité. Un train PKP (l’équivalent de la SNCF, et un des plus gros employeurs du pays) fait la liaison entre Varsovie, ma ville d’arrivée, et Łódź, qui sera ma ville d’accueil pendant près de 6 mois. 


 

Cracovie et Varsovie dans le top 10 des villes les moins chères d’Europe 

 


 

Woutch“ - à vous souhaits ! 

Rewolucji 1905 roku 45, le début de l’aventure commence ici. Un bâtiment d’un gris clair moderne, contrastant avec les habitations alentour, se dresse devant moi. Je ne sais alors pas à quoi m’attendre, mais, très vite, je découvre, sans le savoir encore, l’endroit qui sera l’élément central de mes rencontres, de mes fous rires, de mes expériences culinaires (parfois douteuses), de mes soirées

Cette résidence qui aura vu mon anglais s’améliorer tout doucement, qui aura vu un nombre incalculable d’aller-retour entre ma chambre et le Żabka du bas, qui aura vu les « pauses clopes » sous la neige, sous la pluie, sous -5°

Je viens d’arriver dans ma deuxième maison, chambre 211, que je partage avec un polonais, Julian, originaire d’une ville proche de Łódź : Piotrków Trybunalski.

Le Basecamp m’avait été conseillé par un ancien élève de mon université française. Il m’avait dit que le lieu était idéal pour rencontrer de nouvelles personnes, et m’avait conseillé de prendre une chambre partagée. J’ai suivi à la lettre, les conseils de la seule personne qui m’avait certifié jusqu’à présent que « j’allais adorer la Pologne ».  

Je fais la connaissance de Julian, sensiblement le même âge que moi, très sympathique, facile à vivre. Que demander de plus ? La cerise sur le gâteau, il étudie l’anglais, mais aussi le français. Cela nous permet donc de poursuivre des conversations dans différentes langues, il m’aide pour les papiers administratifs polonais, ou sur certains sites internet. En contrepartie, je lui apporte des précisions sur la vie en France, et sur les manières d’effectuer les demandes de logement et de visa étudiant pour mi-janvier. 

Julian effectue le chemin inverse, il quitte sa Pologne natale pour gagner le Grand Est français, et la ville de Metz jusqu’à l’été prochain. La présence de Julian est agréable au quotidien, toujours rivé sur sa tablette et dans ses bouquins, il travaille d’arrache-pied pour suivre au mieux son double diplôme en histoire et langues. Ce qui rend notre chambre commune d’un calme saisissant et reposant, comme une déconnexion, certes rapide, mais parfois nécessaire face à l’activité incessante de la résidence. 


 

À propos, comment se présenter sans faux pas en polonais ? 

 


 

Chez moi, la « Maison du monde »

« Holà », « Ciao », « Bom dia » ou encore « Merhaba », tant de cultures, tant de langues, réunies en une seule et même « maison du monde ». Parfois, simplement suivre une conversation avec la quelque vingtaine de Français présents sur les lieux, ça fait du bien ! Cela permet de s’évader des conversations comme celles des Espagnols, qui semblent se disputer alors qu’ils se racontent simplement leurs journées. De se croire pseudo-bilingue après avoir compris un seul mot d’une conversation entre deux Italiens dans l’ascenseur. D’avoir à répondre la plus grande majorité de son temps, l’astucieux “sorry i don’t speak polish” quand un local te demande un renseignement aux abords de la résidence. 

Mais fort heureusement, cette multiculturalité m’a apporté énormément, et c’est une facette de mon Erasmus qui me manquera, à coup sûr, une fois rentré. Apprécier et se perdre en écoutant l’accent chantant des ritales, féliciter les quelques mots de français des Turcs, rigoler de nos accents anglais désastreux, même les « j***r », « t*o » ou encore « c**** », hurlés à 4 heures du matin, suivi d’un enchaînement de pas bruyants… Leur absence finira par me rendre nostalgique. 

C’est en écrivant cela que je me rends compte que, malgré son côté énergivore (mon sommeil s’en souviendra), mon Basecamp va me manquer. Et que si j’en avais eu la possibilité de rester encore ici jusqu’à la fin de l’année, cela aurait été plus qu’une simple bonne nouvelle. 


 

 

Nos soirées mémorables, je vous en parle ?

« On descend à quelle heure ? », « Rendez-vous à 23h30 en common room ». Les messages du mercredi et du vendredi vont tout autant me manquer. Ces deux jours sont sacrés pour les quelque 500 étudiants présents dans l’enceinte du basecamp, puisqu’ils riment avec les festivités étudiantes. 

« Prywatka » le mercredi, et « El Cubano » deux jours plus tard, le choix est certes restreint, mais offre à chaque fois de belles anecdotes. Łódź ne regorge pas d’endroits festifs où l’on peut s’amuser jusqu’au petit matin, mais ces deux antres sont synonymes de « fête » lors de notre Erasmus

Afin de passer une « bonne » soirée, le programme est millimétré. Acheter de quoi boire avant 22 heures, car certains quartiers de la ville sont soumis à une réglementation au niveau des boissons alcoolisées de quelques natures qu’elles soient. Se retrouver ensuite aux alentours de minuit pour commencer ce qu’on appelle  le « before ». Pourquoi si tard me direz-vous ? Le rythme de vie, notamment pour les sorties, est calqué sur celui des Espagnols, qui sont largement majoritaires au sein du Basecamp (au moins la moitié des résidents). 

Après de joyeux moments dans la salle commune de la résidence, sur les coups de 2 heures, c’est la guerre pour savoir qui sera en charge de commander le Bolt pour se rendre en boîte de nuit (Bolt est le moyen de transport le plus rentable, surtout lorsqu’on est 4 par véhicule, une course de 10 minutes avoisine les 15 złotys à Łódź). 

Enfin arrivé devant l’entrée, le vigile et la sécurité aux abords des night-clubs polonais, facultatif. Aucune vérification au niveau de l’âge, aucun regard sur les quelques étudiants titubants, un passe-droit accordé dès lors qu’on se trouve devant la porte. À l’intérieur, Espagnols obligent, les sons sont latinos, reggaeton, mais avec un peu de chance, on peut entendre de temps en temps quelques tubes francophones : « Ramener la coupe à la maison », « Papaoutai », ou encore « Alors on danse ». Déjà 5 heures et demi, une heure synonyme de rentrée imminente, le groupe se sépare. Certains sont rentrés plus tôt, d’autres aventureux resteront jusqu’à la fermeture. Les lumières s’allument petit à petit, laissant découvrir l’état catastrophique et collant de la piste de danse qui se vide au rythme des dernières notes. Si la file d’attente du vestiaire est rapide, cela laisse assez de temps pour récupérer sa veste et s’engouffrer dans le Zahir Kebab le plus proche, afin de terminer la soirée rassasié, avant d’aller se reposer quelques heures. Le réveil sonne bientôt... à suivre ! 


 

Que faire à Sopot, perle de la riviera polonaise ?

 

Randonnées polonaises – les destinations époustouflantes et incontournables 

 

Pour nous soutenir : 

Notre newsletter gratuite

 

Soutenez votre édition | lepetitjournal.com Varsovie

 

Soutenez-nous en vous abonnant à notre newsletter ou en nous aidant financièrement !
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.