Carburant limitant ! "Les oreilles qui trainent" (2)

Par Marcelina Jatkowska | Publié le 14/01/2022 à 03:03 | Mis à jour le 14/01/2022 à 03:03
Embouteillages voitures Pologne

Avez-vous déjà laissé trainer vos oreilles dans les lieux publics ? Vous serez surpris par la diversité des sujets, tous plus intéressants les uns que les autres - de l'influence de la météo sur les gens aux scandales politiques. Retirez simplement vos écouteurs !

Bienvenue dans notre série "Les oreilles qui trainent". Pendant plusieurs semaines, dans le cadre d’un cours d’écritures journalistiques, les étudiants de Master 2 en Philologie Romane, de l'Université de Gdansk, ont écouté les conversations d’inconnus afin de prendre le pouls de la Pologne. "Les oreilles qui trainent", c'est le résultat de ces enquêtes, comme autant de tranches de vie.

 

Carburant limitant 

Tard dans la nuit, quelque part en Poméranie, deux hommes se tiennent à l'entrée d’une boîte de nuit. Ils sont très musclés et vêtus de noirs – ce sont les agents de sécurité du club. Ils parlent de voitures, de l'industrie automobile, en général. Ils soulèvent la question du prix des carburants. Même s'ils sourient pendant cette conversation, les sourires sont résignés et sarcastiques ; leurs remarques ironiques montrent leur résignation et leur colère face au problème.

 

La faute à l'inflation toujours croissante

En effet, l'inflation s’est de nouveau fortement emballée et, pour la première fois en plus de 20 ans, elle a dépassé le niveau de 6 % par an. Selon le communiqué de l'Office central de statistique, les prix des biens et services de consommation (IPC), en octobre 2021 ont augmenté de 6,8% par rapport au même mois de l'année précédente. Le pic d’inflation devrait atteindre 9% en mai 2022, estime l’Institut économique polonais (Polski Instytut Ekonomiczny).

Pourtant, même si tous les prix augmentent, ce qui frustre le plus ces deux hommes, ce sont les conséquences que cela a sur leurs trajets en voiture jusqu’à leur travail. Effectivement, les prix de l'essence et du diesel ont fortement augmenté (34 %) ces derniers mois, non seulement en Pologne, mais aussi dans d'autres pays européens, comme la Hongrie. « Encore un peu et on fera le plein de la voiture avec de l'huile de friture » résument les hommes, en riant.

 

Les transports en commun, c’est pour les pauvres !

Cette frustration peut aussi résulter du fait que la plupart des Polonais sont totalement dépendants de leur voiture. Le simple fait de ne pas avoir son propre moyen de locomotion peut être associé à un signe de pauvreté dans la société polonaise, même si les mentalités évoluent doucement.

Si on suit les statistiques de l'Association des Constructeurs Européens d'Automobiles (ACEA), le nombre de voitures en Pologne pour 1.000 habitants est de 747 véhicules. Au total, ce sont 24,3 millions de voitures qui circulent dans toute la Pologne. Le pays occupe la 5ème place dans l'Union Européenne, avec un parc automobile composé à 36,5% de véhicules de plus de 20 ans et à 16% de véhicules fonctionnant au GPL. Mais pourquoi un si grand nombre ?

 

La voiture pour lutter contre l’isolement

L'une des principales raisons est certainement le manque d'autres moyens de transport dès qu'on sort des agglomérations urbaines. À titre d’exemple, nous avons une communication publique peu développée lorsqu'il s'agit des petites villes et villages. En conséquence, plus de la moitié des ménages des villages polonais ont plus d'une voiture. C’est parce qu’à la campagne, la voiture est le seul lien avec le monde.

 

Panorama Pologne voiture bleue

 

Et les transports doux ?

En dehors des grandes villes, il y a très peu de pistes cyclables. En nombre de pistes cyclables, les champions en Pologne sont : Varsovie, Gdańsk et Wrocław. Dans d'autres villes, la situation n'est pas aussi bonne ­– le problème est non seulement le manque de pistes cyclables mais aussi leur mauvaise qualité. Nombre d'entre elles sont mal conçues – souvent avec une surface inadéquate (pavés) et leur disposition, trop près des trottoirs.

Pas surprenant que les Polonais se tournent si souvent vers la voiture.

 

"Les oreilles qui trainent", un projet dirigé par Bénédicte Mezeix

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