Édition internationale

Le député Frédéric Petit à Gdańsk :“Tisser l’Union européenne plutôt que la tricoter"

Invité à l’initiative de la fondation de Lech Wałęsa lors de la première Journée de l’amitié franco-polonaise, le député de la 7e circonscription des Français de l'étranger Frédéric Petit a souligné la force d'un modèle européen fondé sur la diversité des langues et des cultures, véritable rempart contre les chaos du monde. Retour sur un appel vibrant à la jeunesse pour qu'elle s'empare du projet européen.

Frédéric Petit à GdanskFrédéric Petit à Gdansk
FP

 

 

Une amitié renforcée : du centre de la solidarité européenne à l’Université de Gdańsk 

L'événement s'inscrivait dans le cadre de la journée de l’amitié franco-polonaise. Ce moment de célébration fait écho au renforcement de la collaboration bilatérale qui s’opère depuis un an entre les deux pays. En effet, depuis le Traité de Nancy du 9 mai 2025, la France et la Pologne sont devenues des partenaires majeurs. Cette dynamique a été symbolisée par la venue du Président Emmanuel Macron à Gdańsk le 20 avril, suite à l’invitation du Premier ministre Donald Tusk.

Interrogé sur le choix du département de philologie pour sa conférence, Frédéric Petit souligne l'importance du contact direct : « J’aime beaucoup rencontrer des étudiants et des citoyens. L’idée était que cette rencontre puisse être une aide pour eux, dans un cadre informel d'enseignement en français. » Pour le député, passer par les langues et les universités est le socle de cette amitié retrouvée.

 

 

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La métaphore du métier à tisser : l’union dans la diversité

Lors de son intervention, Frédéric Petit a choisi d’utiliser, à plusieurs reprises, une image pour parler de la construction européenne. Il a ainsi expliqué que « l'Union européenne ne devrait pas se tricoter, elle doit se tisser ». Pour Frédéric Petit, le tissage impose d'utiliser « des fils différents », voire « orthogonaux » - c’est-à-dire qui se croisent perpendiculairement (à angle droit) - pour au final permettre en ensemble plus solide. 

 

 

💡Lexique de Frédéric Petit

Le tricot : c’est un fil unique qui se boucle sur lui-même. Si l'on tire sur une maille, qu'il s'agisse d'un Viktor Orbán ou d'un Vladimir Poutine, tout l'ouvrage peut se défaire.

Le tissage : c'est l'entrecroisement de fils différents. Pour tisser, il ne faut pas être d'accord sur tout. Il faut accepter que l'autre passe au-dessus quand on passe en-dessous.

 

Ce développement souligne que ne pas être d'accord n'est pas un échec de la démocratie, mais sa condition de succès. C'est en acceptant que l'autre « passe au-dessus quand on passe en dessous » que l'on construit un projet commun. La diversité des 24 langues et des alphabets de l'Union n'est plus un frein, mais la matière première de ce tissu robuste.

 

L’héritage de Solidarność : un apprentissage citoyen

Gdańsk n’a pas été choisie par hasard. Frédéric Petit a confié que le mouvement Solidarność a été un « moment clé de [son] apprentissage citoyen dans les années 1980 ». En visitant le cimetière français ou les chantiers navals, on ne parcourt pas seulement l'histoire polonaise, mais une histoire européenne commune.

Pour le député, transmettre cet héritage à la jeunesse est crucial pour sortir de la posture du « citoyen-consommateur ». « Être citoyen aujourd'hui est extraordinaire », martèle-t-il, rappelant que la démocratie repose sur la capacité de chacun à devenir un « citoyen éclairé », capable de comprendre le monde sans succomber aux émotions immédiates.

 

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Culture et Défense : « savoir ce que nous défendons »

Si Emmanuel Macron a axé sa visite sur la défense conventionnelle et le nucléaire, Frédéric Petit rappelle que ces thèmes sont indissociables de la culture. « Il ne suffit pas de dire "nous allons nous défendre ensemble", il faut aussi savoir ce que nous défendons. Nous défendons une culture commune. »

Cette défense passe aussi par le contrôle de notre espace numérique. En réponse aux questions des étudiants sur les réseaux sociaux, le député a souligné que les défis sont les mêmes à Paris qu'à Varsovie : limites d’âge, responsabilité des éditeurs et nécessité pour le citoyen d'exercer son propre contrôle critique. « Ce sont des questions fondamentales auxquelles on répond aujourd'hui de manière assez similaire en Pologne et en France », note-t-il.

 

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© LePetitjournal.com Varsovie

 

 

Une famille de valeurs : transmettre l'Europe aux nouvelles générations

En conclusion de son séjour, qui l'a mené du lycée bilingue de Gdynia à l’Université de philologie de Gdańsk, Frédéric Petit a réaffirmé sa foi dans le modèle européen de coopération par l'éducation. Pour lui, la pérennité de l'amitié franco-polonaise repose sur la capacité des jeunes à s'emparer des outils de l'autre, à commencer par la langue.

Le député a opposé deux visions du monde : d'un côté, l'impérialisme qui cherche à imposer une langue unique pour dominer ; de l'autre, le modèle européen qui a fait le choix audacieux de faire coexister 24 langues et plusieurs alphabets. Ce respect de la diversité n'est pas qu'une politesse culturelle, c'est un acte politique de résistance. En encourageant les étudiants de Gdańsk à maîtriser le français, il ne promeut pas seulement une compétence, mais une ouverture d'esprit nécessaire pour naviguer dans le « chaos ».

 

« Les citoyens comme nous, on est minoritaires dans le monde. [...] Donc être citoyen, ce n’est pas ordinaire. Aujourd’hui dans le monde, être citoyen c’est extraordinaire. Il faut le comprendre, sinon on ne peut pas comprendre ce qui se passe. » Frédéric Petit 

 

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