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Frédéric Petit : "Solidarność a été un moment clé de mon apprentissage citoyen"

À l'occasion de sa conférence à l'Université de Gdańsk, le député Frédéric Petit (7ème circonscription des Français de l’étranger) a accordé un entretien à lepetitjournal.com Varsovie. En écho à la visite d’Emmanuel Macron le 20 avril dernier pour la première Journée d’amitié franco-polonaise, il analyse la portée symbolique de ce déplacement. Défense commune, nucléaire et héritage de Solidarność : tour d’horizon d’une relation bilatérale historique en pleine mutation face aux désordres mondiaux.

Frédéric Petit : "Solidarność a été un moment clé de mon apprentissage citoyen"Frédéric Petit : "Solidarność a été un moment clé de mon apprentissage citoyen"
Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 17 mai 2026, mis à jour le 18 mai 2026

 

 

Lepetitjournal Varsovie : Nous sommes ici à Gdańsk, ville de la liberté comme l'a rappelé Emmanuel Macron lors de sa visite, le 20 avril. Quel héritage du mouvement Solidarność espère-t-on transmettre à la jeunesse européenne aujourd'hui pour reconstruire un projet citoyen solide face au chaos mondial ? 

Frédéric Petit :  C’est fondamental. J’étais très heureux de voir que la présidence de la République avait choisi de venir à Gdańsk pour célébrer cette première Journée d’amitié franco-polonaise, car je pense qu’il y a ici quelque chose d’essentiel. Je l’ai rappelé plusieurs fois au cours de mon séjour ici : pour moi, le mouvement Solidarność a été un moment clé de mon apprentissage citoyen dans les années 1980.

La France est aussi un pays maritime, il existe donc une coopération dans ce domaine, avec de nombreuses entreprises françaises présentes dans le port. Je pense donc qu’il était très pertinent de venir ici, et que cette visite est très symbolique, y compris dans le contexte de la défense nationale. 

Gdańsk était anciennement présenté avec le couloir de Dantzig, qui a été le théâtre des événements de Westerplatte, considérée comme le début de la Seconde Guerre mondiale.

 

 

Le président s’est rendu également au cimetière français, un lieu de mémoire parfois oublié. C’est le souvenir d’une ville européenne inscrite dans l’histoire de l’Europe, et pas seulement dans l’histoire polonaise, allemande ou française, mais bien dans l’histoire européenne dans son ensemble. Frédéric Petit

 

C’était donc cette idée européenne, une idée en réalité très ancienne, que l’on a mise en œuvre de manière plus rapide et plus structurée après la Seconde Guerre mondiale qu’auparavant. C’est une idée qui a également existé dans ces territoires.

On pouvait avoir des coopérations avec des personnes qui ne parlent pas la même langue, qui sont éloignées [géographiquement], qu’il s’agisse de coopérations économiques, culturelles ou financières. Tout cela me paraissait extrêmement fort du point de vue symbolique, et j’ai été très heureux que le président fasse le choix de venir à Gdańsk.

 

 

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Pensez-vous que la venue d' Emmanuel Macron à Gdańsk, avec un discours axé principalement sur les enjeux de défense conventionnelle et nucléaire, le nucléaire civil ainsi que la culture, montre que ces thèmes sont cruciaux pour la relation franco-polonaise ? Et, selon vous, quels autres axes pourraient être renforcés pour approfondir cette amitié franco-polonaise ?

Je crois que le président a raison : ce sont les sujets importants du moment. Encore une fois, l’amitié franco-polonaise existe depuis toujours. Elle a été parfois un peu ralentie, un peu bloquée au niveau gouvernemental, mais la coopération entre les entreprises est présente depuis longtemps. De nombreux acteurs sont déjà installés ici, et aujourd’hui aussi des entreprises polonaises sont présentes en France. Étant donné que cette coopération existait déjà, il fallait, à mon sens, insister sur ces sujets aujourd’hui.

Le thème militaire s’impose aussi, car, comme je l’ai rappelé tout à l’heure, j’ai beaucoup apprécié cette phrase d’Emmanuel Macron à Bratislava, lorsqu’il a dit que « nous avions peut-être perdu une bonne occasion de vous écouter ». Cela faisait écho à la formule de Jacques Chirac, qui avait dit il y a une trentaine d’années que « les Polonais avaient perdu une bonne occasion de se taire ».

Je pense donc qu’il y avait des choses à remettre dans le domaine militaire, notamment celui de la défense commune. Il s’agit de deux nations qui ne se sont jamais fait la guerre : les deux seuls pays en Europe dans ce cas. Il est important de le rappeler, et de souligner aussi la place de la culture. Parce qu’il est vrai qu’apprendre le polonais ou le français est compliqué, tout comme rapprocher les universités et les écoles. Ce travail culturel est exigeant.

De plus, je pense que la relation franco-polonaise est très importante, mais surtout fondamentale. Comme je l’ai rappelé lors de ma conférence, la question essentielle est celle qui est en dessous : il ne suffit pas de dire « nous allons nous défendre ensemble », il faut aussi savoir ce que nous défendons. Nous défendons une culture commune, mais aussi une certaine manière de concevoir le citoyen : un citoyen éclairé, capable de comprendre le monde dans lequel il vit.

Nous avons aussi eu une question sur les réseaux sociaux. Ce sont des questions fondamentales auxquelles on répond aujourd’hui de manière assez similaire en Pologne et en France, sur les limites de l’âge, sur ce que l’on peut contrôler ou non, et sur le rôle des citoyens, qui doivent eux-mêmes exercer ce contrôle, etc.

Je trouve donc que ces trois thèmes étaient bien choisis, et qu’ils correspondent vraiment aux enjeux du moment. 
 

Emmanuel Macron est également allé au Musée Solidarnośc, qui est, selon moi, l’un des plus beaux musées, avec le musée POLIN à Varsovie, l’un des plus remarquables de Pologne sur le plan muséographique. Je crois aussi qu’il a rencontré Lech Wałęsa, ce qui est très important.

 

 

Pour moi, ce sont des éléments profondément culturels. Ils font partie de notre culture commune. 
Frédéric Petit

 

 

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En tant que député de la 7e circonscription des Français de l’étranger, qui regroupe la Pologne, mais aussi l’Allemagne et les pays d’Europe centrale, pensez-vous qu’un rapprochement en matière de dissuasion avancée serait souhaitable ou envisageable dans ces pays, ou s’agit-il plutôt d’une spécificité de la relation franco-polonaise ?

D’abord, je voudrais rappeler qu’en France, les institutions font que le domaine de la dissuasion nucléaire relève du président de la République et du pouvoir exécutif.

Par ailleurs, sur la question d’une différence de relation entre la Pologne, l’Allemagne ou d’autres pays, je ne pense pas qu’il y en ait une sur le fond. Il existe en revanche une différence de chronologie et d’histoire, et c’est très bien ainsi. C’est d’ailleurs sur cela que repose l’idée européenne, celle d’une Europe unie dans la diversité. On ne pourra jamais avoir, sur ces sujets, une attitude uniforme avec les Polonais, les Allemands, etc., ni une approche que l’on pourrait qualifier de néo-impériale, où la France imposerait une position unique à tous. 

Les situations sont différentes, et les relations interétatiques doivent en tenir compte. Parler du nucléaire en Allemagne, ce n’est pas la même chose qu’en Pologne, qu’il soit civil ou militaire d’ailleurs. Quand on parle de dissuasion, la question est de savoir comment l’arme nucléaire est liée stratégiquement, et par les états-majors, au reste de la dissuasion. Ce n’est plus seulement une question de « j’appuie ou je n’appuie pas » sur le bouton nucléaire.

 

 

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