31 août 1980 : Les accords de Gdansk - Le début de la fin du bloc de l'Est

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 31/08/2022 à 10:00 | Mis à jour le 01/09/2022 à 20:00
Photo : Bénédicte Mezeix - Unes retraçant la révolution Solidarnośc. Centre européen de la Solidarité - Europejskie Centrum Solidarności
Musée Solidarnosc BM

Le 31 août 1980, pour la première fois dans l'histoire du bloc de l'Est, un régime communiste cédait aux revendications des travailleurs en autorisant l'existence de syndicats libres, provoquant la stupéfaction de l'opinion publique internationale. C'étaient les Accords de Gdansk, un événement qui ouvrait la voie à la chute du régime communiste, neuf ans plus tard.

 

Dans la chaleur de l'été, le feu de la révolte couve...

En août 1980, les ouvriers des chantiers navals Lénine de Gdansk entament une grève de protestation contre des hausses de prix de denrées alimentaires décidées sans contrepartie par le gouvernement mais aussi contre le licenciement disciplinaire de leur collègue, Anna Walentynowicz, pour son appartenance à une association indépendante des organismes du pouvoir, la privant ainsi de ses droits à la retraite.

Parmi les meneurs de cette grève, on trouve un électricien de 36 ans, qui avait été licencié en 1976 pour cause d'agitation syndicale : Lech Walesa.

Les grévistes réclament deux mille zlotys de plus pour tous les salariés et la réintégration de leur collègue mais exigent aussi des syndicats indépendants du Parti communiste, ce que le premier secrétaire du PC polonais, Edward Gierek, a refusé absolument jusqu'ici. Le mouvement s'étend aux services publics de la ville et aux autres ports de la Baltique, Gdynia et Sopot.

 

Le 14 août à 15 heures, première victoire !

Le 14 août à 15 heures, les grévistes des chantiers Lénine obtiennent 1500 zlotys, la réintégration d'Anna Walentynowicz et de Lech Walesa et la création d'un syndicat libre, indépendant du parti gouvernemental. Mais la grève continue par solidarité avec le reste des grévistes de la ville et des autres chantiers navals. Les délégués de plusieurs sites constituent alors un comité inter-entreprises, le MKS, afin de coordonner leurs actions.

 

"J'accepte, je signe" et Solidarnosc fut 

Après trois semaines de crise et sous la pression exercée par le pape Jean-Paul II (des posters de Jean-Paul II étaient affichés sur les portes d'accès et les grilles des chantiers navals, devant toutes les télévisions du monde), le 30 août, les représentants du gouvernement et ceux des grévistes se réunissent pour examiner les 21 revendications du MKS parmi lesquelles la reconnaissance d'un syndicat libre, un certain nombre de conditions sur les salaires et le temps de travail. De lassitude, le ministre Jagielski répond par un laconique «J'accepte, je signe» à chacune des revendications.

Le lendemain dimanche 31 août 1980, sont signés à 17 heures, devant les caméras de télévision, les accords qui prévoient en particulier la création d'un syndicat indépendant et libre, Solidarnosc. Ce dernier rassemblera dix millions de militants (sur 38 millions de Polonais) contre le régime communiste en place.

 

L'étincelle polonaise qui permis la décomposition du bloc soviétique

Varsovie avait cédé et sans violence cette fois, contrairement aux manifestations ouvrières de décembre 1970 réprimées par les chars et faisant de nombreuses victimes. Moscou, pour sa part empêtré en Afghanistan, ne pouvait envisager d'intervention militaire en Pologne. Mais ce triomphe fut fragile. Il allait très vite engendrer de nouvelles tensions avec le pouvoir, jusqu'à déboucher sur l' « état de guerre » en 1981, autrement dit la loi martiale, tentative de reprise en main par le pouvoir communiste qui va en fait accélérer la décomposition du monde soviétique...

 

Bénédicte Mezeix lech walesa centre européen solidarnosc
"Ce que les Polonais risquent pour nous", article paru dans le Nouvel Observateur relatant ce que les journaliste ont vu à Gdansk - Centre européen de la Solidarité - Europejskie Centrum Solidarności. Photo Bénédicte Mezeix

 

Décès de Mikhaïl Gorbatchev, ce mardi 30 août, dernier dirigeant de l'URSS et fossoyeur malgré lui de l'empire soviétique

Mikhaïl Gorbatchev est mort mardi 30 août au soir à l'âge de 91 ans des suites d'une "longue maladie grave", a indiqué l'Hôpital clinique central (TSKB) de Moscou, où il était soigné.

Figure admirée en Occident, mais honnie par une frange des Russes, Mikhaïl Gorbatchev était une figure marquante de l'époque de la Guerre froide, dont les échos résonnent particulièrement depuis l'offensive massive de l'actuel président russe Vladimir Poutine en Ukraine, lancée le 24 février.

 

Lech Walesa a rendu hommage à Mikhaïl Gorbatchev, en publiant une photo les réunissant, sur les réseaux sociaux, accompagnée du commentaire :

Michaił Gorbaczow. 2 marca 1931- 30 sierpnia 2022 . Żegnaj Uczestniku Wielkich Wydarzeń Historycznych - Mikhail Gorbachev.  2 mars 1931- 30 août 2022 . Adieu Participant aux grands événements historiques

 

 

Pour aller plus loin

Nous vous invitons à visiter le Centre européen de la Solidarité - Europejskie Centrum Solidarności

Pl. Solidarności 1

80-863 Gdańsk

 

Vous pourrez y découvrir l'exposition temporaire, jusqu’au 30 septembre 2023 :

STOCZNIA
Człowiek. Przemysł. Miasto

L’histoire de la construction navale de Gdańsk est étroitement liée aux histoires de la politique et de l’industrie, mais aussi à l’impact des chantiers navals sur la ville et des villes sur les chantiers navals. Gdańsk n'existe pas sans le chantier naval. Et les traditions démocratiques dans le monde sans l’héritage de Solidarnosc.

 

 

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