Noble polonais élu roi de la République des Deux Nations en 1704, Stanislas Leszczyński est déchu avant de redevenir roi en 1733, après un long exil européen. Sa deuxième expérience royale étant encore plus précaire que la première, Stanislas Leszczyński abandonne définitivement ses prétentions en Pologne pour devenir duc de Lorraine et de Bar grâce à son gendre : le roi de France, Louis XV, qui a épousé Marie Leszczyńska. Découvrez l’histoire remarquable, de ce roi polonais, visionnaire, opiniâtre malgré les coups du sort, ami des Lumières et de leurs idées, qui a contribué à faire rayonner la Pologne ainsi que la Lorraine au XVIIIe siècle. Voici l’histoire du Polonais qui a marqué la ville de Nancy au point d’en faire un symbole de l’amitié franco-polonaise.


Stanislas Leszczyński : noble polonais devenu roi de la République des Deux Nations avant de finir sur les routes de l’exil
Né en 1677 à Lviv – Lwów en polonais, dans l’actuelle Ukraine, Stanislas Leszczyński vient au monde dans une puissante famille noble d’origine polonaise, son père étant le représentant du roi de Pologne dans la région de Poznań et grand trésorier de la couronne.
Éduqué selon les normes exigeantes de la szlachta – la noblesse polonaise, il parcourt une première fois l’Europe occidentale dans sa jeunesse, mais est contraint de revenir en 1696, à la mort du célèbre roi Jean III Sobieski.
La mort de ce roi marque son entrée en politique, puisqu’il devient comte de Leszno et est élu à la Sejm, la diète de la République des Deux Nations. En 1698, son mariage avec Katarzyna Opalińska, fille d’une autre grande famille noble polonaise, lui permet d’accéder à une grande fortune à seulement 21 ans.
En 1702, tout s’accélère pour Stanislas Leszczyński lorsque le roi de Suède, Charles XII, envahit la Pologne, détrône le roi Auguste II, également roi de Saxe en Allemagne, et installe à la place Stanislas Leszczyński à la tête de la Pologne en 1704.
Le monarque qui règne sur la République des Deux Nations sous le nom de Stanislas 1er, perd malheureusement son trône dès 1709, lorsque son protecteur, le roi de Suède, est défait par la Russie de Pierre le Grand à la bataille de Poltava. Stanislas Leszczyński est contraint de quitter la Pologne en abandonnant tous ses biens et de vivre une vie d’exil.
Du frère aîné de Stanislas II, Kazimierz Poniatowski à Guillaume de Louvencourt
Disgrâce et errance européenne
Contraint à l’exil, Stanislas Leszczyński se réfugie en Suède chez son protecteur, qui n’a pas abandonné l’idée de mettre ce noble polonais sur le trône de la République des Deux Nations. Après une expédition armée infructueuse en 1713 pour reconquérir son titre, le roi déchu pose ses valises en 1714 dans la ville allemande de Deux-Ponts, alors propriété du roi de Suède, qui se situe dans la région actuelle de Rhénanie-Palatinat, non loin de son futur duché lorrain. En 1718, à la mort de Charles XII, roi de Suède, son allié, Stanislas Leszczyński est de nouveau contraint à l’errance. Il s’installe finalement, avec sa famille, dans la ville de Wissembourg en Alsace, sur invitation du régent du royaume de France et du duc de Lorraine Léopold 1er.
La Providence commence à sourire à nouveau à l’ancien roi de Pologne lorsque sa fille, Marie Leszczyńska, est choisie pour épouser le roi de France Louis XV, alors âgé de 15 ans et de 7 ans plus jeune que sa promise. Son gendre fait loger son beau-père au château de Chambord et lui offre une maigre pension, mais qu’importe, sa fille est désormais reine de France.
Retour triomphal éphémère
En 1733, Auguste II, roi de Pologne après la chute de Stanislas Leszczyński, meurt. Apprenant la nouvelle, Stanislas Leszczyński se rend à Varsovie et est élu roi par la Diète grâce au soutien que lui apporte l’ambassadeur de France à Varsovie, le marquis de Monti.
De retour sur le trône de la République des Deux Nations, le roi Leszczyński est directement assailli par la Russie et l’Autriche, qui craignent l’influence de la France sur ce roi polonais.
Sachant que l’armée russe du tsar Pierre le Grand avance sur Varsovie, Stanislas Leszczyński se rend à Gdańsk pour attendre des renforts de la France. Entre-temps, la pression russe oblige la Diète à destituer le roi à peine élu. À sa place, le fils d’Auguste II, Frédéric-Auguste II de Saxe, est élu par la Diète sous le nom de règne d’Auguste III, avec le soutien de la Russie tsariste.
Assiégé à Gdańsk, avec des renforts français qui n’arrivent qu’en 1734 et en sous-nombre, Stanislas Leszczyński prend la décision de fuir la ville, déguisé en paysan, pour se rendre à Königsberg, l’actuel Kaliningrad – Królewiec en polonais. Sous la protection du roi de Prusse, Frédéric Guillaume 1er, le roi doublement déchu mène une rébellion contre Auguste III et ses alliés russes.
Néanmoins, la lutte n’apporte pas les lauriers espérés à Stanislas Leszczyński. En 1738, le traité de Vienne met fin à la guerre de succession de Pologne. Auguste III est confirmé sur le trône de la République des Deux Nations, Stanislas 1er perd son rôle, mais, particularité, garde son titre.
Au sein de ce même accord, Louis XV reconnaît l'archiduchesse Marie-Thérèse de Habsbourg et son mari François III, duc de Lorraine et de Bar, héritiers du Saint-Empire romain germanique.
En compensation, le duc de Lorraine et de Bar abandonne ses domaines au royaume de France. Louis XV en profite pour offrir ce duché à Stanislas Leszczyński en viager afin que celui-ci ne se retrouve pas roi sans royaume et pour modérer son énergétique beau-père.
💡 Le Traité de Nancy
Le 9 mai 2025 a été signé un traité pour une coopération et une amitié renforcées entre la France et la Pologne. Ce traité est composé d’un préambule et de 19 articles ayant pour objectif de renforcer les liens bilatéraux entre les deux pays sur des questions telles que la sécurité, l’industrie, le climat, l’enseignement ou la culture.
La ville de Nancy a été choisie pour la signature du traité grâce à son lien historique avec la Pologne, laissé par Stanislas Leszczyński en tant que duc de Lorraine.
Que contient le Traité de Nancy entre la Pologne et la France signé le 9 mai ?

Stanislas Leszczyński : le duc des Lumières
Durant sa vie en Lorraine, le duc Stanislas Leszczyński développe grandement les arts et les lettres dans son duché. D’une part, le duc entreprend de grands travaux dans tout le duché et participe à l'embellissement des villes de Lorraine, comme Nancy, et sa fameuse place Stanislas classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, ou Lunéville.

D’autre part, l’ancien roi de Pologne reçoit à sa cour de nombreuses personnalités du siècle des Lumières, dont les plus connus sont Montesquieu, philosophe célèbre pour De l’esprit des lois, et Voltaire, qui est accueilli avec les honneurs à la cour. Il s’installe à Lunéville en 1748 pour échapper à la censure et au pouvoir royal de Paris. L’écrivain apprécie la tolérance et l’ouverture d’esprit du duc de Lorraine, mais il apprécie surtout la compagnie de son amante, Émilie du Châtelet, remarquable femme de science dont la grande œuvre de sa vie est la traduction en français des Principia de Newton, œuvre maitresse du savant, écrite en latin. Voltaire quitte finalement la Lorraine en 1749 après la mort d’Émilie du Châtelet, qui succombe des suites d’une fièvre puerpérale.
💡 Un visionnaire (un peu trop) en avance sur son temps
L’émulation artistique et intellectuelle de la cour de Stanislas Leszczyński est aussi marquée par les ouvrages écrits par l’ancien roi de Pologne, lui-même philosophe et écrivain.
De son vivant, il publie trois ouvrages de philosophie et de politique : La voix libre du citoyen, ou observations sur le gouvernement de Pologne en 1749 ; Entretien d'un Européen avec un insulaire du royaume de Dumocala en 1754, où il expose ses idées avant-gardistes d’une Union européenne ou d’un revenu minimum pour les miséreux versés en farine ; et Œuvres du Philosophe bienfaisant en 1763.
Ses idées politiques ne sont pas cantonnées au monde des Lettres, puisqu’il applique une partie de son « programme » en instaurant des consultations médicales pour tous, la gratuité de l’école, ou encore la mise en place d’un collège de médecine et de chirurgie sur l’actuelle place Stanislas à Nancy.
Une mort enflammée
En février 1766, au vénérable âge de 88 ans, un record à cette époque, le duc Stanislas Leszczyński chute près de l’âtre de sa cheminée alors qu’il fumait la pipe de bon matin. Sa robe de chambre prend alors feu et brûle gravement le vieux duc qui, à son âge, était presque aveugle, quasiment sourd, souffrant de varices et d’obésité.
Pendant 18 jours, le malheureux agonise sous la douleur des brûlures profondes qui consument son épiderme adipeux et aucun soin ne parvient à calmer sa souffrance, une souffrance qui n’en finit pas.
Le 23 février 1766, le roi et duc Stanislas Leszczyński succombe. Enfin.
Cette mort marque la fin d’une vie singulière, celle d’un noble polonais devenu roi de Pologne, ayant sillonné l’Europe une grande partie de sa vie, puis s’étant consacré au développement des Arts et de la connaissance dans son duché au crépuscule de son existence.
Pour la France, cette mort marque également le rattachement définitif des duchés de Lorraine et de Bar au royaume de France, royaume qui prend, par cette acquisition, presque la forme de notre Hexagone contemporain.
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