Édition internationale

Menace russe (2/3) : Rappel des troupes, la Pologne compte (sur) ses alliés au sein de l’OTAN

« Aujourd’hui, depuis Westerplatte, nous lançons un appel retentissant à l’ensemble du monde libre : soyez solidaires ! » a déclaré Donald Tusk lors de la célébration du 87e anniversaire du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le 1er septembre 2026, dans une ville qui s’appelait alors Dantzig. Et solidaires, les Européens se doivent de l’être aux côtés de l’Ukraine, mais aussi entre eux afin d’offrir un front uni, sans failles, contre la démultiplication des attaques hybrides russes près des frontières polonaises. Ainsi, le Premier ministre polonais, dans un discours plus récent à la Sejm, le 17 septembre 2026, tirait la sonnette d’alarme et appelait à un sursaut collectif visant à mobiliser, l’OTAN et ses alliés. De l’Europe aux États-Unis, Varsovie resserre ses alliances et multiplie les accords de défense face à la menace russe, entre traités de Nancy, de Northolt, coopération germano-polonaise, pacte pour la Baltique.

Soldats de l'OTAN en exercice Guerre en ukraine, protection frontières PologneSoldats de l'OTAN en exercice Guerre en ukraine, protection frontières Pologne
©NATO
Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 29 septembre 2026

 

 

Un dossier de Bénédicte Mezeix-Rytwiński et d'Agathe Cateau

 

La défense polonaise, le fer de lance de l’Europe ? 

« [N]ous avons besoin de la loyauté de nos alliés et de la certitude que, si la Russie venait à envisager autre chose qu’un simple incident, nous pourrions réellement compter sur une réaction rapide et efficace de l’ensemble du bloc, et que nous ne serions pas livrés à nous-mêmes »  

"A więc chcemy liczyć, potrzebujemy lojalności sojuszników i takiej pewności, że gdyby Rosji przyszło do głowy coś więcej niż incydent, to naprawdę możemy liczyć na szybką i skuteczną reakcję całego bloku, że nie zostaniemy sami." Donald Tusk 

Ce sont les mots du Premier ministre polonais Donald Tusk dans son discours au Sejm du 17 septembre 2026, rappelant que, malgré les tentatives de déstabilisation russe, l’Europe doit rester unie et continuer à soutenir l’Ukraine.

Aux côtés du président français Emmanuel Macron, le Premier ministre polonais se positionne en faveur de la construction d’une Europe de la Défense. Tous deux ont d'ailleurs participé, au nom de leurs États respectifs, à une rencontre, le 13 juillet 2026 à Paris, entre 25 chefs d’État et de gouvernement membres de la Coalition volontaire. 

La Coalition volontaire, réunie pour la première fois en janvier 2025, regroupe 37 États d’Europe (Allemagne, Moldavie, Macédoine du Nord, France, Grande-Bretagne…)  souhaitant renforcer la coopération militaire ainsi que garantir la sécurité régionale et celle de l’Ukraine. 

Cette année, certains de ses membres, en particulier la France et la Grande-Bretagne, ont prévu d’effectuer des exercices militaires cet automne sur le sol polonais afin de dissuader la Russie d’attaquer, renforcer la coopération entre les États-majors des différents pays et affirmer leur soutien à la Pologne. 

Ainsi, au cours de ces derniers mois, au sein de l’Europe, on assiste à la démultiplication des échanges d’informations, de technologies militaires et de techniques de combat entre armées. Ces dernières s’appuient notamment sur la toute nouvelle expertise de la Pologne en ce qui concerne la gestion de la guerre hybride, comme par exemple en Belgique où les troupes s’exercent en compagnie de nouveaux systèmes de drone et de port de munition sans pilotes, issus de la compagnie polonaise spécialiste dans les technologies d’armement MACRO-SYSTEM. 

 

💡 Le mécanisme de prêts “Safe” , une aide européenne bienvenue 

Afin d’améliorer et de favoriser le développement de la défense du continent, l’Union européenne met la main à la bourse pour certains de ces membres, un coup de pouce bienvenu pour les industries nationales, la plupart en crise. 

Ainsi, le 30 mai 2026, la Pologne est le premier pays européen bénéficiaire du programme de prêts “Safe” (Security Action for Europe : « Action de sécurité pour l’Europe »)  mis en place par l’Union européenne. Elle a déjà reçu 6,6 milliards d’euros en mai 2026 (environ 28 milliards PLN) pour renforcer son industrie de défense et prévoit d’obtenir 43,7 milliards d’euros (soit environ 190 milliards de PLN) qu’elle devra rembourser d’ici 2071. 

Quasiment tous les pays de l’UE sont bénéficiaires de ce programme, mais la part des aides accordées diffère selon le pays et ses besoins. Ainsi, les fonds les plus importants sont surtout donnés à la Pologne (16,68 milliards d’euros), à la France (15,09 milliards) ou encore à l’Italie (14,9 milliards). 



La stratégie de multi-alignement de Varsovie : le nouveau bouclier géant de l'Europe 

 

Face à la Russie, la Pologne fait jouer ses anciennes relations : traités de Nancy, de Northolt, coopération germano-polonaise, pacte pour la Baltique…

L’ombre de l’OTAN ne suffisant plus à effrayer la Russie, la Pologne se doit de démultiplier les alliances afin de dissuader son ennemi d’attaquer encore, ou à défaut, avec plus de violence. 

Suite au recul des États-Unis concernant la coopération transatlantique depuis le nouveau mandat de Donald Trump, les partenaires historiques de l’alliance atlantique sont donc obligés de se serrer les coudes et d’organiser une défense européenne autonome. 

Il faut également rappeler qu’en tant que partenaire principal de l’Ukraine, la Pologne est obligée de non seulement assurer sa propre sécurité, mais également celle de l’approvisionnement et du soutien financier, militaire, matériel, humanitaire aux Ukrainiens. Tissant des accords à travers toute l’Europe, elle se fait d’une certaine manière intermédiaire entre l’Ukraine et l’aide extérieure. 

 

 

Défense et sécurité mutuelle entre la France et la Pologne : le traité de Nancy 

Signé le 9 mai 2025, le traité pour une coopération et une amitié renforcées entre la République de Pologne et la République française est l'une des alliances les plus importantes conclues par la Pologne de ces dernières années. 

S’il couvre de nombreux domaines de coopération, comme la culture, la science, l’économie et l’énergie, la spécificité de ce traité réside dans l’article 4.2 consacré à la défense mutuelle qui proclame que : 

« Conformément aux dispositions de l'article 51 de la Charte des Nations Unies, en cas d'attaque armée contre leur territoire, les Parties s'entraident, y compris avec des moyens militaires. Cette aide et cette assistance seront mises en œuvre conformément aux engagements découlant de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord et du paragraphe 7 de l’article 42 du traité sur l’Union européenne. » 

💡 Quid de l’article 51 de la Charte des Nations Unies, de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord et de l’article 42.7 du traité de l’Union européenne

- Article 51 de la Charte des Nations Unies : un État a un droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective en cas d’agression armée

- Article 5 du traité de l’Atlantique Nord : l’un des articles les plus importants issus du traité fondateur de l’OTAN stipule qu’une agression armée contre un État membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord « survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties »

- Article 42.7 du traité de l’Union européenne : « Au cas où un État membre serait l'objet d'une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir. » 

Il est important de préciser que l’article 5 du traité de l’OTAN ne fonctionne pas comme l’article 4.2 du traité de Nancy ! 

En effet la défense mutuelle prévue par l’article 4.2 est limitée : 

  • elle ne peut pas outrepasser les règles et accords conclus dans le cadre de l’ONU, de l’UE ou/et de l’OTAN 
  • elle ne peut pas s’organiser ou se déployer indépendamment de ces organisations internationales en cas d’agression armée.
  • Il n’y a aucune obligation d’utiliser tous les moyens disponibles du pays en cas d’attaque de son allié : le format de l’aide donnée est décidé par l’État concerné. 
  • En cas d’incertitude, c’est les dispositions du traité de l’OTAN qui prévalent et qui doivent donc être directement appliquées. 


Verbatim-traité de Nancy, mots forts et fondateurs de Donald Tusk et Emmanuel Macron

Que contient le traité de Nancy entre la Pologne et la France signé le 9 mai ?  

 

Le traité britannico-polonais de Northolt : une coopération dans l’armée, dans l’industrie militaire et dans la cybersécurité

Signé le 27 mai 2026, le traité de Northolt, de son vrai nom traité entre la République de Pologne et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord sur le partenariat dans le domaine de la sécurité et de la défense (Traktat o Partnerstwie w Dziedzinie Bezpieczeństwa i Obronności w wojskowej bazie lotniczej Northolt) , prévoit entre autres une coopération dans l’armée, dans l’industrie militaire et dans la cybersécurité. 

Conclu de manière symbolique à Norholt, base militaire historique ayant hébergé les aviateurs polonais de l’escadron 303 durant la Seconde Guerre mondiale, cet accord a une dimension symbolique. Il rappelle que les menaces russes ne s’arrêtent pas aux frontières de l’Union européenne : 

« Nous agissons ainsi pour renforcer l'OTAN. Nous voulons être plus concrets et réagir plus rapidement si nécessaire. L'essence politique de cet accord réside dans le renforcement de la solidarité européenne et des liens transatlantiques. »

“Robimy to, aby wzmocnić NATO. Chcemy być bardziej praktyczni i szybsi w reagowaniu, jeśli będzie taka potrzeba. Istotą polityczną porozumienia jest wzmocnienie solidarności europejskiej i więzi transatlantyckich “ Donald Tusk, le 27 mai 2026

Ce traité établit un cadre de coopération large, avec une clause bilatérale d'assistance militaire en cas d'attaque armée, explicitement rattachée à l'article 5 de l'OTAN, comme l’article 4.2 du traité de Nancy. 

En outre, il prévoit également des exercices et des formations militaires communes, des échanges de personnel, ainsi que le soutien mutuel dans l’industrie de défense afin de développer les outils de contre-attaques de la guerre hybride. Tous les deux ans, les chefs de gouvernements devront par ailleurs se réunir pour suivre la mise en œuvre du traité. 

Cependant, ce dernier ne se limite pas au domaine de la défense, mais pousse la coopération en matière de politique étrangère (orientations communes axées sur l’OTAN et l’ONU), défendant le droit international et la souveraineté de l'Ukraine. Il couvre aussi notamment les domaines de l’économie (investissements et transferts technologiques) ainsi que de l’énergie. 

 

 

La coopération germano-polonaise renouvelée, réactualisant un partenariat bilatéral dans le domaine de la défense qui datait de 2011

Trente‑cinq ans après le traité d’amitié et de bon voisinage signé en 1991 - Traktat między Rzecząpospolitą Polską a Republiką Federalną Niemiec o dobrym sąsiedztwie i przyjaznej współpracy, célébrant la réconciliation germano-polonaise après la Guerre froide, un nouvel accord de défense voit le jour entre la Pologne et l’Allemagne, le 17 juin 2026 : Accord entre le gouvernement de la République de Pologne et le gouvernement de la République fédérale d’Allemagne relatif à la coopération dans le domaine de la défense - Umowa między Rządem Rzeczypospolitej Polskiej a Rządem Republiki Federalnej Niemiec o współpracy w dziedzinie obronności. Il permet ainsi de réorienter et d'approfondir la relation germano-polonaise tout en réactualisant un partenariat bilatéral dans le domaine de la défense qui datait de 2011. 

Cette coopération en matière de défense passe donc principalement par la mise en lien des administrations militaires respectives ainsi que des domaines de la recherche et de l’innovation technologique pour contrer la guerre hybride. Elle permet également l’organisation d’exercices militaires conjoints, comme le “Grand Eagle 2026”  (Grand Aigle 2026) qui prévoit en novembre des déplacements de troupes sur le territoire polonais jusqu’en Lituanie et qui doit favoriser, à terme, la formation et le développement des capacités de défense. 

De plus, afin d’assurer la sûreté des frontières de l’Union européenne, les deux États envisagent la participation des troupes d’ingénierie de la Bundeswehr (armée allemande) à la construction de fortifications composant le « Bouclier Est », le long de la frontière polono-russe. 

De là à ce que cette collaboration inclut dans le futur les États baltes, il n’y a qu’un pas, puisque la Pologne et l’Allemagne visent à développer la collaboration multilatérale en matière de sécurité dans la mer Baltique. 

Contrairement au traité de Nancy, signé entre la France et la Pologne,  il n’y a pas de clause dans l’accord germano-polonais garantissant une défense mutuelle, car l'objectif des deux gouvernements était de mettre en avant la nécessité d'une coopération mutuelle, mais sans créer de nouvelles obligations conventionnelles, afin de ne pas concurrencer l’OTAN. 

Pour autant les Allemands ont d'ores et déjà  déployé des systèmes de défense militaire Eurofighter et Patriot notamment aux abords de l’aéroport Rzeszów-Jasionka qui, en tant que hub stratégique de l’aide à l’Ukraine, est dans le viseur russe. 



Triangle de Weimar à Varsovie : déclaration Allemagne-France-Pologne sur l’Ukraine  

 

Pologne-Suède : le « pacte pour la Baltique » 

La déclaration conjointe de la République de Pologne et du Royaume de Suède - Wspólne oświadczenie Rzeczypospolitej Polskiej i Królestwa Szwecji w sprawie Paktu dla Morza Bałtyckiego, sur le pacte pour la mer Baltique a été conclue le 29 juin 2026 à Gdynia, et scellé symboliquement par un contrat d’achat de 3 sous-marins militaires A26 suédois. 

Ce pacte régional à pour but d’assurer la sécurité et la défense de la mer baltique, mais, ne comprend pas la défense mutuelle de ses signataires, comme le stipule le traité de Nancy. 

Il permet avant tout la coopération dans la planification, l’échange d’informations et la formation militaire tout en développant l’industrie de la défense, grâce à des transferts technologiques : le but étant de favoriser le développement des capacités militaires des deux pays. 


 

Accord de sécurité polono-ukrainien : pour compléter la déclaration commune de soutien à l’Ukraine conclue à Vilnius le 12 juillet 2023

Le 8 juillet 2024, un accord de sécurité polono-ukrainien “Agreement on Security Cooperation between Ukraine and the Republic of Poland ” a été signé, visant à compléter la déclaration commune de soutien à l’Ukraine conclue à Vilnius le 12 juillet 2023 dans le cadre du G7. C’est avant tout un partenariat approfondi sur la sécurité et la défense. 

Cela s’illustre concrètement par des consultations régulières sur les questions stratégiques, l’équipement et la formation des forces ukrainiennes, mais également par la coopération industrielle dans le domaine de la défense, en matière de renseignement, ou encore face aux menaces hybrides. 

Le soutien de la Pologne passe aussi par une valorisation du processus d’intégration de l’Ukraine dans les structures euro-atlantiques et européennes : l’objectif est donc également de voir sur le long terme et de préparer la reconstruction de l’Ukraine en tant qu’État souverain et démocratique. 

Pour autant, selon le Sejm, cet accord polono-ukrainien n’est pas considéré comme un traité international au sens strict, c’est plutôt  « un accord sans caractère juridiquement contraignant qui, à ce titre, n'entraîne aucune obligation financière pour les parties » ("lecz porozumieniem niewiążącym prawnie, i jako takie nie tworzy zobowiązań finansowych dla stron"). C’est donc une alliance plus politique que juridique qui est principalement conditionnée par l’évolution de la guerre menée par la Fédération de Russie contre l’Ukraine. 


Retour sur plus de 30 ans de relations diplomatiques entre la Pologne et l’Ukraine 


Ukraine Recovery Conference : le plan Marshall souhaité depuis 2022 
 

💡Encadré : Quid de l’aide polonaise à l’Ukraine 

Le 6 juin 2026, le vice-premier ministre W. Kosiniak-Kamysz est revenu sur le soutien infaillible de la Pologne à l’Ukraine depuis 2022 :
- en tout 16,45 milliards de PLN ont été alloués à la défense de l’Ukraine depuis le début du conflit : dans la période 2024-2026, cela représente 1,55 milliard de PLN ;
- plus de 30.000 soldats ukrainiens ont été formés par la Pologne dans le cadre de la mission européenne.

En outre, les Polonais ont œuvré à soutenir l’effort de guerre ukrainien grâce à :
- des dons de matériel militaire très importants : chars, avions MiG-29, munitions, véhicules blindés de transports de troupes…
- la création d’un hub, centre de logistique basé sur l’aéroport de Rzeszów-Jasionka, qui transfère du matériel humanitaire et de l'aide
- la création du Centre conjoint d’analyse, de formation et d’éducation OTAN-Ukraine (JATEC) en Pologne
- l’accueil des réfugiés ukrainiens
- la préparation à la reconstruction de l’Ukraine 



Odyssée des Mig-29 polonais : l'envol des derniers stocks de chasseurs vers l'Ukraine  

Paix et sécurité en Ukraine et «face à face» entre Emmanuel Macron et Donald Tusk 

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