Cyberattaques, désinformation, espionnage… depuis 2014 et l’annexion de la Crimée, une nouvelle forme de conflit a vu le jour sur le continent européen. La guerre hybride que mène la Russie frappe toute l’Europe et il est difficile de réussir à l’identifier.


Depuis l’annexion de la Crimée en 2014 et le début de la guerre en Ukraine en 2022, le conflit qu’instaure Vladimir Poutine en Ukraine a donné naissance à un nouveau type de confrontation, la guerre hybride. Ce type de conflit combine une guerre conventionnelle (avec des armes), une cyber-guerre (informatique) et différents autres outils comme le sabotage, l’espionnage ou la désinformation. « La guerre hybride, ce sont les actions qui sont en dessous du seuil de l'agression, de ce que nous appelons la guerre conventionnelle, qui sont difficiles à détecter », nous explique Kinga Torbicka, chercheuse polonaise en sécurité d’Europe centrale et orientale.
La particularité de cette guerre est qu’il est difficile de trouver un coupable. « Ce type de conflit est difficile aussi à prévenir parce qu'ils changent en permanence et exigent une certaine adaptation », continue la chercheuse.
Qu’est-ce qu’une cyberguerre ? La Cyberguerre rassemble une série de cyberattaques stratégiques commises par un État-nation causant un préjudice. Ils peuvent perturber le système informatique d’un autre pays, d’une organisation ou d’une institution. L’objectif est d’affaiblir le pays ciblé. Les cyber-attaques sont de plus en plus fréquentes et diverses : « Elles touchent l'infrastructure militaire, l'infrastructure civile, la disponibilité des services, les systèmes administratifs, les médias, les institutions, les universités », poursuit Kinga Torbicka.
L’Europe, cible de cette guerre hybride russe
L’Europe est la cible privilégiée de la désinformation et de surcroît de la guerre hybride. La désinformation est une caractéristique de la guerre hybride détenant une grande importance. Celle-ci fragilise l’Europe tout entière. Les partis politiques au pouvoir sur le continent européen, déjà fragmentés, sont donc sujets à la désinformation. Selon SOS International, des scrutins européens ont déjà été infiltrés par des opérations russes, en Roumanie, en Géorgie et en Moldavie. Cette stratégie sophistiquée approfondit les divisions sociales sur le continent. À travers la désinformation, la Russie pousse les citoyens européens à ne plus croire en rien et à délégitimer les institutions européennes ou l’OTAN, d’après RTBF actus.
« Les objectifs à court et à long terme sont la déstabilisation de l'État comme institution, mais aussi de la société civile », ajoute Kinga Torbicka. La guerre hybride est un outil de déstabilisation majeure pour la Russie. Vladimir Poutine souhaite disloquer l’Europe notamment à travers les élections. Il souhaite affaiblir la cohésion européenne, afin de renforcer sa puissance impérialiste. Il cherche à gagner davantage d’influence en Europe centrale.

En 2025, des drones ont violé les espaces aériens de plusieurs pays européens, comme celui de la Lituanie, de l’Estonie, de la Roumanie, du Danemark ou encore de la Pologne. La Lituanie subit de nombreuses attaques russes et a décrété l’état d’urgence le 9 décembre 2025. « Le voisinage de la Russie est faible, poursuit la chercheuse polonaise. Plus la Russie est forte, plus elle est prête à mener des actions hybrides.»
La situation critique de la Pologne
La Pologne et ses 38 millions d’habitants, est le pays le plus visé par cette guerre hybride. Située en Europe centrale, elle est frontalière avec l’Ukraine, lieu où se déroule le conflit. Le pays est limitrophe de la Russie avec l’exclave de Kaliningrad et du Bélarus, qui est allié avec cet État « agresseur » que qualifie Kinga Torbicka, avec le corridor de Suwalki.

La Pologne est régulièrement victime de cyberattaques, dont la Russie est soupçonnée. Entre le piratage de données et les attaques visant les systèmes de paiement, cette cyberguerre est un nouveau champ de bataille. Le 8 mars 2025, un hôpital de la ville de Cracovie avait été infiltré provoquant l’arrêt de plusieurs systèmes informatiques. Des patients avaient dû être dirigés vers d’autres établissements de santé. En l’absence de systèmes informatiques, tout avait dû être traité à la main. Ces attaques inquiètent quant à des vols de données médicales potentielles.
« La Pologne repousse plus de 99 % de ces attaques, a déclaré le ministre des Affaires numériques polonais, Krzysztof Gawkowski, en septembre 2025. Nous figurons parmi les leaders mondiaux. Nous disposons d'une cyberdéfense militaire et civile exceptionnelle. Nous sommes le pays le plus attaqué de l'Union européenne ». Le ministre des Affaires numériques polonais, explique que la Russie sait qu’il est plus facile pour elle d’attaquer la Pologne de manière hybride que de déployer des chars à la frontière polonaise.
L’État polonais a été victime de 80.000 cyberattaques entre janvier et octobre 2024, mentionnées par le ministre et selon la chaîne publique TVP. Kinga Torbicka explique que « Selon le dernier rapport du Microsoft Digital Defense Report, la Pologne occupe la troisième place en Europe en termes de nombre de cyber-attaques. Elle occupe aussi la neuvième place dans le monde.» D’après elle, 5.000 cyber-attaques sont recensées par jour.
Mathilde Kozlowski - Cyber : entre guerres et menaces, comment y faire face ?
Mais les attaques ne sont pas qu’informatiques et cultivent une tension et une anxiété permanente auprès de la population. Les Polonais sont confrontés au quotidien à la réalité de la guerre qui se déroule derrière leurs frontières, depuis plusieurs années. Avec des bactéries présentes dans l’eau comme Écolie, les moyens de paiement dans les grandes surfaces inopérants, des attaques concernant les réserves d’électricité et de chauffage, cette guerre hybride touche au quotidien les Polonais.
Les perspectives pour 2026 ne sont pas particulièrement optimistes. Le risque est que la guerre s’enlise et que le reste de l’Europe s’en détourne. Selon SOS International, une certitude demeure : l’Europe est entrée dans une phase de confrontation hybride durable.
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