Aujourd’hui, en 2026, malgré les instabilités de l’ordre mondial, le couple polono-étatsunien n’est pas près de divorcer : « [L]es États-Unis ne trouveront nulle part ailleurs de meilleur allié » assurait le Premier ministre polonais Donald Tusk le 18 mai 2026, lors de la signature d'un accord commerc,ial entre les ateliers aéronautiques militaires polonais et l’industriel américain Honeywell spécialisé dans les technologies innovantes, concernant la création d’un centre de maintenance agréé pour les moteurs des chars américains Abrams. Des États-Unis à la l’Atlantique, ce sont ces projets politico-militaires communs qui renforcent les liens outre-atlantiques entre les membres et partenaires de l’OTAN, le temps pour nous de revenir sur les conditions de ces coopérations.


Un dossier de Bénédicte Mezeix-Rytwiński, d'Agathe Cateau et de Paul Mercier.
États-Unis et Pologne : une coopération historique
Depuis la chute du communisme, la Pologne regarde vers Washington comme vers l’un des piliers de sa sécurité. Les États-Unis ont fortement soutenu son entrée dans l’OTAN, effective en 1999. En retour, les soldats polonais ont participé aux opérations militaires conduites par les Américains et l’Alliance en Irak et en Afghanistan. Plus d’un quart de siècle plus tard, le lien n’a rien perdu de son caractère stratégique : le ministère polonais des Affaires étrangères qualifie encore la relation avec Washington de « partenariat stratégique » et la coopération en matière de sécurité et de défense de « fondement des relations polono-américaines ».
Au fil des années, cette alliance a surtout pris corps sur le sol polonais. Signé en 2020, l’accord de coopération renforcée en matière de défense (EDCA) a installé dans la durée la présence militaire américaine et les infrastructures nécessaires à son fonctionnement.
Malgré le mépris manifeste de l’administration Trump vis-à-vis de l’OTAN et son recul dans l’aide à l’Ukraine, les liens restent encore forts entre les deux pays et avec les alliés des États-Unis.
La guerre en Ukraine, une opportunité pour restaurer une amitié de longue date
À Poznań siège aujourd’hui le commandement avancé du Vᵉ corps américain ; à Powidz se concentrent d’importantes capacités logistiques ; à Redzikowo, sur la Baltique, le dispositif Aegis Ashore participe à la défense antimissile de l’OTAN. Au total, quelque 10.000 militaires américains sont aujourd’hui stationnés en Pologne, principalement par rotations.
Les coopérations entre la Pologne et les États-Unis sur la défense se limitent donc au cadre de l’alliance atlantique. Ainsi, le 6 juillet 2026, la signature d’un accord de coopération entre le groupe public polonais d’armement PGZ S.A. (Polska Grupa Zbrojeniowa), l’entreprise aéronautique militaire polonaise WZL-2 (Wojskowe Zakłady Lotnicze Nr 2 S.A ) et Anduril Industries (entreprise américaine de technologies de défense) permettait le lancement de l'assemblage en Pologne - avec un projet de production, de missiles de croisière autonomes étatsuniens Barracuda-500.
Cet exemple illustre également les efforts de coopération entre les industries militaires des deux pays, fruit de l’Accord bilatéral de coopération en matière de défense avec la Pologne (EDCA : Enhanced Defense Cooperation Agreement ) signé le 15 août 2020 et entré en vigueur le 13 novembre 2020.
Ce traité renforce depuis 6 ans la coopération militaire et ce notamment par l’envoi de troupes sur le sol polonais à travers le Vᵉ Corps de l'armée américaine, par exemple, mais aussi par la construction d’infrastructures permettant d'accueillir davantage de forces américaines afin de faciliter leur déploiement.
En outre, des initiatives polonaises contribuent à enrichir cette relation, la Pologne ayant proposé, par exemple, durant l’été 2026, d’héberger un centre de production de missiles américain Patriot à destination de l’Ukraine. De plus, la vice-ministre polonaise de la Défense nationale, Magdalena Sobkowiak-Czarnecka, a présenté officiellement, le 26 septembre 2026 sur TVN24, un projet de loi qui viserait à construire une nouvelle base militaire américaine permanente dans l’ouest du territoire polonais - qui prévoit d’accueillir près de 5.000 militaires américains, d’ici les prochaines années.
L’OTAN : à la fois facilitateur et entrave des relations polono-étatsuniennes
Il faut toutefois préciser que, tout comme le pacte de la Baltique ou encore l’accord franco-allemand sur la défense, l’EDCA n’est pas un traité de défense mutuelle, les États-Unis considérant que l’OTAN est déjà une garantie de sécurité amplement suffisante.
Par ailleurs, si les États-Unis consentent depuis quelques années à revoir le déploiement de leurs troupes dans les pays à la frontière européenne orientale de l’OTAN, leur stratégie consisterait surtout à déplacer leurs soldats stationnés en Allemagne ou en Italie vers la Bulgarie, la Roumanie et la Pologne.
Au final, la Pologne se retrouve dans une situation similaire à ce qu’avait vécu l’Allemagne de l’Ouest naguère, alors dernier bastion de l’armée américaine face au rideau de fer, bien que les velléités de la guerre hybride qu’elle mène actuellement contre la Russie soient autrement différentes que la « simple » menace nucléaire engendrée par la Guerre Froide.
La stratégie coup de poing de Donald Trump, qui proposait en janvier 2025 « de mettre fin à la guerre en Ukraine en 24 heures », semble être un lointain souvenir…
L’Ukraine se prépare comme elle peut à un nouvel hiver de combats, qui sera immanquablement marqué par une limitation de livraisons d’armes américaines – les intercepteurs Patriot font déjà cruellement défaut. Quant aux Européens et autres alliés, ils doivent passer à la caisse de l’Oncle Donald, et paient désormais l'essentiel des équipements américains destinés à l'Ukraine, notamment via le mécanisme PURL.
Pologne-Corée du Sud : une coopération militaire renforcée face aux menaces russe et nord-coréenne
Par Paul Mercier
Ce qui unit Varsovie et Séoul va au-delà des contrats commerciaux. Les deux pays partagent une psychologie stratégique commune : ils vivent à l'ombre de voisins dotés de l'arme nucléaire, agressifs et imprévisibles (la Russie d'un côté, la Corée du Nord de l'autre).
Cette menace réelle pousse la Pologne à consacrer 4,8 % de son PIB à la défense, soit la proportion la plus élevée de l'OTAN. En choisissant Séoul, Varsovie s'offre un partenaire qui comprend l'urgence du « prêt à combattre » , là où les industries européennes peinent parfois à monter en cadence.
Cette proximité stratégique dépasse désormais le champ de bataille conventionnel. Les deux nations ont réaffirmé leur engagement à contrer les menaces hybrides mondiales, reconnaissant que la stabilité de leurs démocraties est menacée par la désinformation et les ingérences extérieures. Pour la Pologne comme pour la Corée du Sud, renforcer la résilience nationale est devenu aussi vital que de blinder ses frontières.
Le réarmement massif de la Pologne prend désormais un accent coréen très marqué. Trois piliers incarnent cette mutation :
- La défense terrestre du pays : les chars K2 Black Panther et les obusiers K9 forment désormais le nouveau bouclier opérationnel du pays.
- La soudure aérienne : les chasseurs légers FA-50 assurent l'intérim opérationnel après le retrait des MiG-29 de conception soviétique, garantissant la continuité de la défense du ciel polonais jusqu'à la livraison des F-35 américains.
- La saturation d'artillerie : avec les lance-roquettes Chunmoo, Varsovie mise sur une puissance de frappe longue portée. Le dernier contrat de 4 milliards de dollars scellé avec Hanwha Aerospace confirme la Pologne comme le partenaire numéro un de l'industrie de défense sud-coréenne.
Pologne-Corée : une alliance renforcée face à des voisins menaçants et imprévisibles
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