Édition internationale

Une Europe de la défense ? “Le contexte n’a jamais été aussi favorable”

Face au retour des conflits de haute intensité et à l’affirmation de nouvelles ambitions impériales, l’Union européenne est confrontée à un choix stratégique majeur : disposer ou non de sa propre capacité industrielle de défense. Dans un rapport d’information rendu au printemps 2025, la sénatrice des Français de l’étranger Hélène Conway-Mouret revient sur les enjeux, les faiblesses et les perspectives de la Base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE), pilier encore fragile mais indispensable à la sécurité des citoyens européens.

un soldat en France qui se forme pour lutter pour la sécurité du pays un soldat en France qui se forme pour lutter pour la sécurité du pays
Écrit par Capucine Canonne
Publié le 14 janvier 2026

 

La BITDE doit prendre en considération des pays hors-UE mais partenaires importants : Royaume-Uni, Norvège et Suisse, Turquie ou Ukraine.

 

Pour nos lecteurs qui ne savent pas ce qu'est la Base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) pouvez vous l'expliquer ? 

La définition de la base industrielle et technologique de défense européenne repose dès lors sur deux caractéristiques complémentaires : elle désigne tout d'abord l'ensemble des entreprises, infrastructures, savoir-faire et capacités industrielles impliqués dans la conception, la production et le maintien des équipements et technologies de défense à l'échelle de l'Union européenne. Elle est, par ailleurs, composée d'entreprises dont les sièges sont localisés sur le territoire de l'Union européenne et qui ne sont pas contrôlées depuis l'extérieur de l'Union européenne

 

Lire le rapport d'information sur la Base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) 

 

La BITDE, qui emploie 500.000 personnes en Europe, est à la fois un horizon et une réalité embryonnaire, partielle et fragmentée. Elle repose encore largement sur des industries nationales aux niveaux de coopération variables, traversée de concurrences et de réflexes nationaux persistants. sans véritablement constituer un ensemble intégré et harmonisé à l'échelle de l'UE. Elle doit prendre en considération des pays hors-UE mais partenaires importants : Royaume-Uni, Norvège et Suisse, Turquie ou Ukraine.

 

 

Nous vivons  le retour des ambitions impériales : l'Ukraine attaquée par la Russie, Taïwan menacée par la Chine – et le Groënland par les Etats-Unis.

 

port de Toulon en France
port de Toulon en France 


 

À quoi sert concrètement la BITDE pour les citoyens européens ? Sans BITDE, qu'est-ce que l'Europe risque aujourd'hui ?

Nous sortons définitivement de la période des « dividendes de la paix » et vivons le retour des ambitions impériales : l'Ukraine attaquée par la Russie, Taïwan menacée par la Chine – et le Groënland par les Etats-Unis. L'Europe est un espace politique avec deux organisations supranationales – l'Union européenne et l'OTAN, dont les Etats-Unis se détachent. Afin de contrer les ambitions impérialistes, il lui est nécessaire d'atteindre une certaine autonomie stratégique et par conséquent d'avoir les capacités de concevoir, produire et vendre des équipements militaires. Sans capacités industrielles les plus autonomes possibles, nous nous contraignons à une dépendance matérielle et politique, voire à la soumission à un chantage à la protection ou à la vassalisation.

Les Etats européens sont engagés dans un effort massif qui constitue un investissement de long terme dans notre sécurité, notre souveraineté et notre résilience économique. La politique de défense est aussi une politique d'aménagement du territoire, au sens le plus concret du terme, à travers l'emploi, la formation, les infrastructures, l'ancrage industriel et les services publics qui y concourent.

 

 

la défense en France mont en puissance


 

Lancée au printemps 2025, la mission d'information sur la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) rend son rapport. Qu'y retenir surtout ? 

Les cinq thèmes principaux et les propositions que nous avons défendues avec mon corapporteur concernent :

-        La défense et souveraineté économique : faire de l'effort de défense un investissement stratégique au service de la sécurité, de la croissance et de la réindustrialisation européennes.

-        L'intégration de la BITDE : dépasser la fragmentation nationale en construisant une base industrielle européenne cohérente, ouverte aux partenaires clés comme le Royaume-Uni.

-        Les coopérations et l'interopérabilité : renforcer les coopérations capacitaires, l'entraînement conjoint et la convergence des besoins opérationnels européens.

-        Les programmes et technologies d'avenir : accélérer les grands programmes communs et investir collectivement dans les technologies de rupture.

-        Le rôle de l'Union européenne : adapter les règles, augmenter les financements, standardiser les équipements et instaurer une véritable préférence européenne.

 

La défense nationale reste une compétence des Etats, néanmoins....

 

 

 Votre rapport appelle à une clarification des choix européens. Aujourd'hui, avec les menaces et les tensions géopolitiques, faut-il éviter une Europe de la défense à plusieurs vitesses ? 

La défense nationale reste une compétence des Etats, néanmoins il nous est possible de favoriser les coopérations grâce à l'Union européenne et les organismes adhoc de coopération, comme l'OCCAr (Organisation for Joint Armament Cooperation / Organisation conjointe de coopération en matière d'armement). La BITD française a elle-même une révolution à mener pour montrer l'exemple en la matière. Le contexte n'a jamais été autant favorable.

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.