19 avril 1943 : insurrection du ghetto de Varsovie, des murs chargés d'histoire

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 19/04/2022 à 00:00 | Mis à jour le 19/04/2022 à 00:00
photo d'époque du ghetto de Varsovie

Il y a 79 ans jour pour jour, la veille de la Pâque juive, les troupes allemandes entrent dans le ghetto de Varsovie afin de terminer ce qu’ils ont commencé en juillet 1942 : la déportation des Juifs du ghetto vers les camps d’extermination. Les 60.000 survivants aux premières vagues de déportation sont conscients du terrible sort qui les attend et décident, sans espoir de victoire, de résister à leurs oppresseurs. Cet acte de bravoure est le premier soulèvement d’une ville dans l’Europe nazie et sera un exemple de résistance notamment pour les ghettos de Bialystok et Minsk ou les camps de la mort de Treblinka et Sobibor.

 

Le plus important ghetto d’Europe : 40% de la population parquée sur 8% du territoire de Varsovie

Immortalisé par Roman Polanski dans Le Pianiste, le ghetto de Varsovie était le plus important ghetto d'Europe, et le plus terrible de tous. A partir d'octobre 1940, près de 40% de la population de Varsovie y vécut, contrainte de tenter de survivre sur 8% du territoire de la ville. Au printemps 1943, le ghetto s’est révolté contre les déportations, et pour sauver l'honneur des juifs de Pologne.

La liquidation du ghetto devait durer 3 jours, elle s’achèvera au bout de 4 semaines. La raison n’est autre que la résistance juive qui a décidé d’affronter les forces allemandes. Les résistants savent qu’ils n’ont aucune chance mais comme le dit Simchat Rotem, un des derniers combattants encore en vie,  ils souhaitaient simplement choisir la façon dont ils allaient mourir. 

 

"Nous ne voulons pas sauver notre vie. Personne ne sortira vivant d'ici. Nous voulons simplement sauver la dignité humaine" déclarait également Izrael "Arie" Wilner en avril 1943, peu avant l'insurrection.

 

Lorsque les 850 soldats allemands entrent dans le ghetto, les rues sont vides, les habitants se sont tous réfugiés dans des abris aménagés, des caves et des bunkers. Les troupes allemandes se retrouvent face aux résistants de la ZOB (Żydowska Organizacja Bojowa : Organisation juive de combat) menée par Mordechaj Anielewicz  et la ŻZW (Żydowski Związek Wojskowy : l'Union militaire juive). 

 

Des jonquilles pour ne pas oublier : « La mémoire nous unit », "Łączy nas pamięć"

Ulica Mila, un monticule de terre et un monument se dressent à l'endroit où s'élevait le plus grand bunker du ghetto, poste de commandement de l'insurrection. Bien entendu, les combats sont totalement disproportionnés. Sans aucune chance de survie, mais voulant mourir les armes à la main, les 500 à 1.000 combattants des organisations de résistance juive réussirent pendant près d'un mois à tenir tête à des SS pourtant supérieurs en nombre et en armement, jusqu'au 8 mai. Le 8 mai 1943, le plus grand bunker avec près de 300 personnes à l'intérieur est encerclé. Certains de ses occupants parviennent à s'échapper tandis que la majorité se rend alors que les Nazis décident de gazer le bunker. Les derniers résistants, dont Anielewicz, préfèrent se suicider. Ces héros de l'insurrection sont aussi célébrés par le grand monument à Zamenhofa.

Depuis 2013 en souvenir de cet événement tragique de larges campagnes mémorielles sont organisées, notamment par le Musée d'histoire des Juifs polonais, POLIN.

Le dernier dirigeant de l'Organisation juive de combat (Żydowskiej Organizacji Bojowej), Marek Edelman, qui a survécu à la liquidation du ghetto, a entretenu pendant des années la mémoire des événements de 1943. Jusqu'à la fin de sa vie, le jour de l'anniversaire du soulèvement, il se rendait au monument dédié aux héros du ghetto pour rendre hommage à ses camarades tombés au combat. De nombreuses personnes portant des fleurs jaunes l'accompagnaient, la jonquille est le symbole de la mémoire collective.

 

 

 

Sur les traces du ghetto dans Varsovie d'aujourd'hui

 

Des restes de murs, quelques immeubles, sont les uniques traces de ce qui fut le plus grand ghetto d'Europe, dans lequel 90.000 Varsoviens juifs ont péri. 

 

La place des Juifs en Pologne avant la guerre

Jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale, la Pologne a toujours été un pays très accueillant pour les juifs et leur histoire est intimement liée à celle des Polonais. Les juifs commencent à arriver en Pologne au Xème siècle et s’installent principalement dans l’Est de la Pologne d'avant guerre, donc sur les territoires qui ne correspondent plus à la Pologne d'aujourd'hui. Dès la création de Varsovie, déjà quelques maisons sont habitées par des familles juives.

Sur les 1,2 millions d'habitants de la ville d’avant guerre, 350.000 sont juifs et cette communauté est variée. Certains sont très riches, propriétaires de maisons et souvent de commerces. D'autres ne s’intègrent pas, ne parlent pas polonais, seulement yiddish, et restent entre eux sans se mélanger aux Polonais. Enfin une partie de la population juive vivant à Varsovie sont des juifs convertis au catholicisme, qui sont donc très intégrés dans la population polonaise. Les juifs et les Polonais cohabitent dans la ville, les juifs habitant principalement les quartiers au nord de la gare et dans le quartier de Praga, des quartiers très dynamiques qui représentent le centre de Varsovie. Place Grzybowski, s’élève une église à quelques centaines de mètres d'une synagogue, témoignage de cette cohabitation pacifique

 

L'occupation allemande et la création du ghetto

 

Le 1er septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologne marquant ainsi le début de la Seconde Guerre Mondiale, et l’armée allemande entre dans Varsovie le 29 septembre. A cette époque, les nazis n'ont pas encore d'idée très précise du sort qu’ils comptent réserver aux juifs, mais ils commencent par diminuer leurs libertés et les marginaliser dans la société. A partir de 1939, la communauté juive de la ville est gérée par le Judenrat (conseil des juifs en Allemand) et dès 1940, ils doivent porter l'étoile de David.

La construction du ghetto de Varsovie se termine le 16 novembre 1940. Cette zone a alors une superficie de 3 km² et rassemble environ 350.000 personnes. Tous les Juifs de Varsovie ont l'obligation d'habiter à l'intérieur. Sur ces 350.000 personnes, 90.000 périrent, principalement à cause du froid, de maladies ou de la faim. Le mythe selon lequel les nazis tiraient sur les habitants du ghetto n'est pas exact. Ceux-ci ne rentraient que très rarement à l'intérieur par peur d'attraper des maladies. La sécurité à l'intérieur était assurée par la police varsovienne.

Ce ghetto, le plus important en Europe, se divise en 2 parties, le « petit » et le « grand ghetto », reliés en 1941. Notre visite se concentre sur le « petit ghetto » qui est la partie la plus au sud. Contrairement au grand ghetto, celui-ci n'a pas été entièrement détruit en 1943. En effet, ses occupants ayant tous été déportés, il n’était plus occupé et ne faisait plus partie du ghetto. Bien que la plupart des bâtiments de cette partie de la ville ont été reconstruits après la guerre, on peut encore observer certains bâtiments qui sont d'origine.

 

La vie dans le ghetto

 

Les conditions de vie dans le ghetto étaient terribles. Avec environ 117.000 personnes au km², la densité du ghetto était énorme, plusieurs familles habitaient dans un même appartement et on pouvait souvent retrouver jusqu'à 7 personnes dans une même chambre. Chaque homme juif entre 16 et 50 ans devait aller travailler, et pour tout salaire recevait une ration de nourriture. Ils devaient se rendre le matin à certains points de rendez-vous comme par exemple devant la synagogue Nozyk, qui existe encore aujourd'hui, pour se voir confier des tâches diverses et variées, souvent très dures physiquement. Malgré ces conditions extrêmement pénibles, les habitants du ghetto conservaient une vie culturelle et sociale riche en se rendant dans des cafés ou bien au théâtre.

 

La fin du ghetto

 

A partir du 22 juillet 1942, les Juifs de Varsovie commencent à être déportés vers le camp d'extermination de Treblinka. Au total, 300.000 juifs du ghetto seront tués là-bas. Le 19 avril 1943, alors qu'il ne reste plus que 70.000 juifs dans le ghetto, ceux-ci, conscients du peu de chance pour eux de sortir vivant de cette guerre, décident de se révolter. En effet, beaucoup se sont demandés après 1945 pourquoi les juifs ne s'étaient pas révoltés. Tout d'abord, historiquement, les juifs ne sont pas de nature à se révolter et se soumettent plutôt aux conditions. Ensuite, en ce qui concerne le ghetto, le Judenrat préconisait de ne pas se révolter et les juifs pensaient qu'ils auraient ainsi plus de chance de survivre. Le 19 avril, les juifs restant dans le ghetto se révoltent contre les soldats nazis. Les affrontements durent jusqu'au 16 mai, et font environ 13.000 morts. La plupart des juifs survivants sont déportés vers Treblinka et tués. Lors de ce soulèvement de Varsovie, les nazis incendient et détruisent le ghetto avec la volonté d'effacer les traces de leurs barbaries, ainsi que toute preuve de l'existence de juifs à Varsovie.

 

Si vous voulez aussi aller sur les traces du ghetto de Varsovie, vous pouvez suivre notre tracé sur Google Maps

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1: Plac Grzybowski, place centrale du ghetto de Varsovie, de cette place, on peut voir la rue Próżna qui est la seule rue dont les deux côtés datent de l'époque du ghetto.

 

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Plac Grzybowski
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Rue Prozna

 

2: Synagogue Nożyk, seule synagogue du ghetto à ne pas avoir été détruite. Pendant la période du ghetto, elle servait à stocker les denrées alimentaires et servait aussi d'écurie. Les Juifs entre 16 et 50 ans devaient entre autre se retrouver devant la synagogue pour aller travailler.

 

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3: Restes du mur du ghetto

              

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4: Hôpital pour enfants ‘Bersohn et Bauman’, Janusz Korczak, médecin célèbre pour s'être occuper d'orphelins juifs lors de la Guerre et les avoir accompagnés jusqu'à Treblinka, travaillait dans cet hôpital.

 

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5: Immeuble du ghetto. Après la période communiste, beaucoup de familles ont revendiqué la propriété d'immeubles du ghetto, c'est pour cela que beaucoup tombent en ruine car la ville ne veut plus investir dedans.

 

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6: Autre immeuble, dans la cour on peut observer une petite chapelle.

 

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7: Restes de la passerelle qui reliait le petit et le grand ghetto. Le ghetto était séparé par la rue Chlodna, qui était une artère importante de transport et ne pouvait donc pas être intégrée au ghetto. Cette passerelle était le seul moyen pour les Juifs d'observer la vie en dehors du ghetto. Celle-ci n'a été créé qu'en 1941.

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Passerelle à l'époque du ghetto
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Restes de la passerelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Bénédicte Mezeix

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