Les revendications des lycéens et de leurs professeurs sont-elles comprises en Pologne ? Comment la colère et le chaos de la journée du 17 octobre sont-ils perçus de ce côté-ci de l’Europe ? À un an des élections parlementaires qui se tiendront en automne 2027, la crise française donne l’occasion de prendre la parole et de se positionner. Tour de la toile polonaise, entre réactions politiques, commentaires et prises de position.


Un article de Bénédicte Mezeix-Rytwiński et d'Agathe Cateau
Les revendications des lycéens touchent les médias polonais
Dès le début des mouvements en France, les médias polonais ont largement couvert les revendications des lycéens, traitant de la pénurie d'enseignants, des classes surchargées, de la dégradation des bâtiments, des inégalités scolaires qui polarisent la société et de leurs difficultés d'orientation avec la plateforme Parcoursup.
Parcoursup permet aux lycéens et aux étudiants en réorientation de formuler leurs vœux d’études supérieures et de recevoir directement, les réponses des établissements. En théorie, le système pourrait permettre aux jeunes bacheliers d’échapper à la corvée des dossiers de candidature à fournir pour chaque établissement envisagé.
Au lieu de cela, la plateforme est devenue une source d’angoisse pour de nombreux jeunes ainsi que leurs parents. En cause : des critères de sélection difficiles à comprendre, le stress des listes d’attente et des inégalités face à l’orientation. Si 91,5 % des lycéens ont reçu au moins une proposition d’admission en 2026, cela ne signifie pas qu’ils ont obtenu la formation qu’ils souhaitaient. On peut ajouter qu’au-delà des inégalités créées par Parcoursup, la question est aussi de savoir si les élèves maîtrisent les bases et sont suffisamment préparés aux études supérieures en général et pour les formations qu’ils souhaitent intégrer, en particulier.
💡 PISA 2026 : le niveau des élèves français continue malheureusement de baisser, alors que la Pologne est dans le peloton de tête
- L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a publié le 8 septembre 2026 les résultats de son enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), qui évalue tous les trois ans les compétences des élèves de 15 ans en mathématiques, en lecture et en sciences.
- Menée auprès de 760.000 élèves dans 91 pays et territoires, cette neuvième édition confirme la baisse du niveau scolaire en France.
- En mathématiques, les élèves français obtiennent 458 points, contre 474 en 2022. La France se classe 34e sur 91, sous la moyenne de l’OCDE (463 points). Les résultats français atteignent leur plus bas niveau depuis le lancement de l’enquête.
- La Pologne obtient de meilleurs résultats que la France dans l'enquête PISA publiée en septembre 2026.
- En mathématiques, les élèves polonais de 15 ans décrochent 484 points, contre 458 pour les Français. La Pologne se classe ainsi 12e au niveau mondial et 2e dans l'Union européenne. Elle devance également la France en lecture et en sciences.
17 octobre 2026 : quand la mémoire du 17 octobre 1961 nourrit les tensions, entre commémoration et instrumentalisation
L’embrasement révolutionnaire de la journée du 17 octobre 2026 a, quant à lui, enflammé les médias, le débat politique et les réseaux sociaux en Pologne, mais la référence à cette date historique semble avoir échappé à Varsovie…
Loin d’avoir été choisie par hasard, elle fait écho au 17 octobre 1961 : alors que la France patauge dans la décolonisation, à Paris, des milliers d’Algériens manifestent pacifiquement contre le couvre-feu discriminatoire imposé par le préfet de police Maurice Papon. La manifestation est violemment réprimée par la police française : des participants sont tués, certains jetés dans la Seine, et plus de 11.000 personnes sont arrêtées.
En 2026, l'appel initial : « 17 octobre : Jaunes et jeunes, nos luttes se rencontrent ! », porté par des militants Gilets jaunes, des collectifs citoyens et des représentants de la jeunesse appellent à se rassembler, car : « Le 17 octobre 1961, à Paris, la police de Papon massacrait des Algérien·nes qui manifestaient pacifiquement. Soixante-cinq ans après, le racisme sert toujours à diviser celleux qui ont les mêmes fins de mois. » [NDLR Écriture inclusive]
Crise française : lu, entendu, vu dans les médias polonais
Wirtualna Polska, dès le 3 octobre 2026, dans un article titré “Francja wrze. Licealiści wyszli na ulice. Żółte kamizelki powracają ?” de Tomasz Skowronek, décrit la mobilisation lycéenne en prenant l’exemple du blocus ayant eu lieu devant le lycée Masséna à Nice, enseignants absents jamais remplacés, bâtiments vétustes… Leurs revendications ne diffèrent pas de celles de leurs camarades parisiens. Tomasz Skowronek rappelle d’ailleurs que le mouvement a d’abord commencé en région parisienne avant de s’étendre et de gagner en ampleur au niveau national.
Amanda Dziubińska, analyste de la France au PISM (Polski Instytut Spraw Międzynarodowych - l’Institut polonais des affaires internationales), a décrit, pour TOK FM, le 19 octobre 2026, les difficultés rencontrées par les lycéens : charge scolaire importante, insuffisance de fonds publics, problèmes d'organisation des cours, pénurie d'enseignants, problème d’accès aux études supérieures et inégalités entre établissements, replaçant ces revendications dans le contexte français, marqué par l’incertitude économique et les inégalités sociales. La journaliste, Marta Szumna-Mitek, rappelle qu’ : « Une vague d’émeutes se propage en France, accompagnée de manifestations contre la hausse du coût de la vie. Cependant, ce sont les photos de Limoges, où la mairie a été incendiée, qui ont percé dans l’opinion publique, et non les revendications que les manifestants pacifiques ont prises dans la rue ».
Dans un article publié le 20 octobre sur le site internet de la chaîne de télévision publique, TVN24, le journaliste Adam Styczek revient plus précisément sur les événements du 17 octobre : “Dlaczego we Francji dochodzi do protestów? Zamieszki bez oczywistego związku z migrantami” - « Pourquoi y a-t-il des manifestations en France ? Des troubles sans lien évident avec les migrants.» Interrogé dans l'émission "Tak jest", le politologue Aleksander Smolar, ancien président de la Fondation Batory, a relevé qu’on pouvait identifier trois types de manifestations en France : d’une part, les soulèvements de masse menés par des étudiants et par le mouvement ouvrier, ensuite, les manifestations impliquant l'extrême gauche, puis celles plus problématiques, représentées par les pillages organisés.
Le journaliste polonais Piotr Moszyński, qui vit en France, a argumenté que « (...) je ne mêlerais pas la question migratoire aux émeutes et aux manifestations auxquelles nous assistons. C’est un problème beaucoup plus vaste, car il faudrait s’interroger sur ses origines et comprendre pourquoi une partie de la génération issue de l’immigration - puisqu’il s’agit souvent d’enfants de migrants, et non de migrants eux-mêmes - se comporte de cette manière ». Il a également ajouté que « les individus qui pillent les magasins appartiennent à des groupes criminels très bien organisés, qui ne sont pas nécessairement liés aux migrants, contrairement à ce qu’affirme le président américain Donald Trump ».
Presse : les titres incontournables du paysage médiatique polonais
Les réactions politiques polonaises : Donald Tusk : « (...) Nous défendons fermement notre frontière face à l’immigration illégale (...) »
Au lendemain des émeutes du 17 octobre en France, le chef du gouvernement polonais s’est exprimé sur X, réaffirmant sa position : « La Pologne ne répétera pas les erreurs commises par d’autres pays européens et n’en paiera pas non plus le prix. Nous défendons fermement notre frontière contre l’immigration clandestine, nous menons notre propre politique d’asile (nous n’acceptons pas les demandes) et nous expulsons ceux qui enfreignent la loi polonaise. En matière de sécurité, nous serons intraitables. C’est ce que j’ai dit aux dirigeants européens à Bruxelles. »
Polska nie powtórzy błędów innych europejskich państw, nie będzie też za nie płacić. Twardo bronimy granicy przed nielegalną migracją, mamy własną politykę azylową (nie przyjmujemy wniosków), deportujemy tych, którzy łamią polskie prawo. W kwestii bezpieczeństwa będziemy bezwzględni. To usłyszeli ode mnie liderzy Europy w Brukseli.
— Donald Tusk (@donaldtusk) October 18, 2026
D’autres membres de la Coalition civique-Koalicja Obywatelska (KO), comme Krzysztof Brejza, ont commenté l’actualité française et notamment les événements du 17 octobre. Lors d’un entretien le 19 octobre 2026, dans l'émission "Tłit" du WP Wiadomości, service d’actualité du média en ligne Wirtualna Polska, l’eurodéputé polonais a défendu les positions de Donald Tusk en matière de sécurité : « Nombreux sont ceux qui reprochent au gouvernement de mener une politique trop restrictive, trop axée sur la sécurité des Polonais, et ces critiques fusent de toutes parts. Cependant, cette politique du gouvernement de Donald Tusk est une véritable politique qui, pourrait-on dire, a pris de l'avance sur celle de nombreux pays d'Europe occidentale. Et c'est une politique – comme je le constate lors de mes échanges avec des eurodéputés – que nos collègues des autres États membres de l'Union européenne nous envient et dont ils commencent eux aussi à s'inspirer ».
De leur côté, les membres du parti polonais nationaliste Konfederacja ont réagi avec véhémence à l’actualité française, critiquant le gouvernement polonais dans un post Facebook, daté du 18 octobre, où il déclare : « La France brûle, et nos dirigeants essaient encore et encore de mettre le feu à la Pologne. C'est le résultat d'une migration incontrôlable et d'une idéologie gauchiste ! » . Plus subtilement, il rappelle également l’échéance de la campagne parlementaire en Pologne, en 2027 : « Il est temps d'avoir un gouvernement sans complexes envers l'Occident, qui apprécie notre sécurité, notre ordre et nos réalisations culturelles ! ».
Parmi les membres de Konfederacja, on peut également noter la prise de position assumée de Krzysztof Mulawa, qui a réagi, le 18 octobre, après les émeutes du week-end dernier en France, par un post sur Facebook. Grâce à un montage, il y critique à la fois les manifestations et les décisions du Premier ministre polonais Donald Tusk en sortant des archives l’un des posts du dirigeant datant de 2022. Suite à la réélection du président français Emmanuel Macron en 2022, Donald Tusk avait en effet déclaré sur X : « Félicitations, @EmmanuelMacron. Grâce à votre victoire, il y aura plus d’Europe en Europe - et moins de Russie. Et, bientôt, viendra le jour où nous aurons Paris à Varsovie.» Le député Krzysztof Mulawa répond directement à cette déclaration : « Non, Monsieur Tusk. Nous ne voulons pas d’un “Paris à Varsovie” ! ».
Dans son post, le député reprend également une photo de manifestants à moitié cagoulés, l’air agressif devant un mur de flammes : « Nous voulons une Pologne sûre et souveraine - un pays où les Polonais se sentent chez eux, et non comme s’ils étaient en Afrique ! ».
Ce récit sur les manifestations françaises, centré sur la question migratoire, est assumé par le député du Sejm face à la presse polonaise dans un entretien dans l’émission radio “Poranny Ring” du 19 octobre 2026, diffusée sur Radio VOX FM. Krzysztof Mulawa y livre une analyse alarmiste sur la signification des émeutes survenues en France : selon lui, il y a un risque que cette situation survienne également en Pologne : « Récemment, nous avons battu des records en Europe en matière de migration massive et incontrôlée. Nous avons accueilli davantage de migrants — une initiative que je juge extrêmement imprudente — que le Royaume-Uni ou l’Italie. Nous avons tout fait pour que des scènes semblables à celles observées en France puissent se reproduire en Pologne dans quelques années. Il s’agit d’un effet différé, qui ne se manifestera pas dans l’immédiat. Nous avons atteint un stade où de tels événements pourraient effectivement survenir. » .
Ce cadrage est repris dans un autre post publié le 18 octobre 2026 sur X par une membre de Konfederacja, la députée européenne Ewa Zaączkowska-Hernik. Elle y résume la crise française et les manifestations en ces mots : « Une racaille issue de l'immigration et des militants d'extrême gauche détruisent les villes, incendient des monuments du patrimoine national, pillent des commerces et s'en prennent même aux commissariats ! » avant de conclure : «Si vous faites entrer le tiers-monde chez vous, vous obtenez le tiers-monde. Et ces individus ne s'imposent absolument aucune limite. » .
Selon elle, la crise que traverse la France est un symptôme d’un mal-être à l’échelle européen : « Il s'agit d'une guerre civilisationnelle que l'Europe est en train de perdre, alors qu'elle se noie dans une idéologie gauchiste toxique et un afflux massif de migrants. (...) La seule solution réside dans une politique migratoire radicale et des expulsions sans concession. Pour d'autres, il est peut-être déjà trop tard, mais la Pologne, elle, doit défendre sa propre sécurité ! » .
🚨 Francja płonie❗ 🔥 Imigrancka hołota i lewicowe bojówki niszczą miasta, palą budynki dziedzictwa narodowego, rozkradają sklepy, atakują nawet komisariaty policji❗ Ściągasz trzeci świat, to masz trzeci świat. A oni nie mają żadnych hamulców. Spalili ratusz w Limoges zbudowany w 1873 roku, wdarli się do ratusza w Marsylii, szturmowali historyczną Operę Garnier wzniesioną na polecenie Napoleona III, zdewastowali i spalili budynki w Paryżu, Lyonie i wielu innych miastach. Wczoraj zatrzymano 1200 osób co policja określa jako rekord. Państwo pogrąża się w chaosie, bo wciąż nie ma woli politycznej, by działać stanowczo! To wojna cywilizacyjna, którą Europa przegrywa, bo tonie w chorej lewicowej ideologii i masowym ściąganiu migrantów. Europa przez lata lekceważyła problemy z integracją, bezpieczeństwem, radykalizacją i przemocą uliczną. Do tego dochodzi polityczny radykalizm, który coraz częściej zamienia demonstracje w regularne starcia z państwem. Skutki tej mieszanki widzimy właśnie na francuskich ulicach. Francja nie umiera. Francja walczy sama ze sobą. Między tymi, którzy chcą odzyskać bezpieczeństwo, wspólnotę i własne korzenie, a tymi, którzy odpowiadają na kryzys przemocą i chaosem. To nie jest żaden „gniew społeczny”. To nie jest „walka o sprawiedliwość”. Podpalanie, grabież i atakowanie ludzi to zwykła przemoc i bandytyzm. Tylko radykalna polityka imigracyjna i bezwzględne deportacje. Dla innych może być już za późno, ale Polska musi obronić własne bezpieczeństwo! 🇵🇱
— Ewa Zajączkowska-Hernik (@EwaZajaczkowska) October 18, 2026
Quant à l’eurodéputé d'Unia Centrum, Michał Kobosko, il a condamné les violences sur la radio TOK FM le 19 octobre, deux jours après les émeutes du 17 octobre en France. « Ce sont des images effrayantes. Espérons que nous n'en verrons jamais de semblables en Pologne » a-t-il déclaré tout en rejetant également les explications attribuant globalement les troubles à l'immigration, les jugeant excessivement simplificatrices.
D’autres voix contestent également le fait que les manifestations en France seraient le fruit d’une mauvaise politique migratoire et notamment à gauche. Ainsi, le 18 octobre, une déclaration d’Andrzej Szejna (Nouvelle Gauche - Nowa Lewica), sur Polsat News est rapportée par le média Niezależna qui revient sur la crise en France et sa réception en Pologne. Selon l’eurodéputé polonais : « Les syndicats et les agriculteurs se sont joints aux étudiants, ce qui n’a rien d’inhabituel. En France, la culture et le droit de manifester - ainsi que le droit de grève - sont considérés comme sacrés ; ils sont profondément ancrés dans la culture politique du pays. » .
Le politicien critique également ouvertement la manière dont les événements en France ont été traités et réceptionnés en Pologne : « (...) Des groupes extrémistes — à l’image de la faction de M. Braun, ou, dans une certaine mesure, du parti Droit et Justice (PiS) au sein du Tribunal constitutionnel en Pologne aujourd’hui — ont commencé à s’en mêler. Et qui en tire le plus grand profit ? L’extrême droite, représentée par Marine Le Pen, qui est actuellement en tête dans les sondages. »
Par ailleurs, un second eurodéputé de Nowa Lewica (Nouvelle Gauche), Krzysztof Śmiszek, a établi une comparaison entre les violences françaises et certains affrontements associés à la Marche de l'indépendance à Varsovie, selon un article de Niezależna publié le 19 octobre qui reprenait une interview donnée le même jour au député par la radio RFM FM : « Enfin, on a bien connu quelque chose de similaire à Varsovie, pendant un certain temps, chaque 11 novembre, lorsque des groupes militants d’extrême droite s’en prenaient à… » a-t-il avancé avant que l’animateur ne l'interrompe : « Évitons les comparaisons ; on n’est pas du tout dans les mêmes proportions. Nous n’avons jamais vu des centaines de voitures brûler en Pologne », a-t-il fait remarquer. Ce à quoi Śmiszek a répondu : « Certes, mais là encore, nous, Polonais, ne sommes tout simplement pas habitués à ce genre de choses. »
Enfin, terminons ce tour de la toile avec le parti écologiste polonais des Verts - Zieloni qui déclare soutenir ouvertement les manifestations en France dans une publication Facebook datant du 20 octobre, soit trois jours après les émeutes du 17 octobre. Ils y rejettent les thèses qui associent l’immigration au soulèvement. Pour eux, « Il s’agit, avant tout, de mobilisations de la jeune génération, qui réclame des changements pour pouvoir mener une vie normale ».
Le parti progressiste rappelle également que « Comme toujours, la droite exploite la situation pour diffuser de la désinformation et en tirer un profit politique, en attisant l’hostilité envers les immigrés » avant de conclure : « Ne vous laissez pas piéger par la désinformation ».
La construction de l’opinion publique polonaise sur la crise française, manipulée par les fake news ?
Malheureusement, la désinformation n'est pas en reste. L’organisation polonaise de vérification des faits (fact-checking) Demagog a mené l’enquête, révélant la propagation de plusieurs fake news et de fausses interprétations d'informations sur le déroulé et l’ampleur des manifestations d’automne 2026 en France, et ce, bien avant le 17 octobre. Ainsi, dans une publication du 4 octobre 2026, Demagog confirme que le député de Konfederacja, Konrad Berkowicz a relayé de fausses vidéos sur X censées illustrer la violence des manifestations en France, alors qu’elle datait de mars 2023 et représentait des personnes assises dans l'arrière-cour d’un café, près d'un incendie déclenché par des manifestants… tout semblait correspondre, mais, en réalité, c’était un cliché pris pendant les soulèvements contre les réformes des retraites en France.
Ten filmik z Francji przeraża chyba najbardziej… https://t.co/mZBNHroMZK
— Konrad Berkowicz (@KonradBerkowicz) October 4, 2026
Toujours selon Demagog, cette manipulation n’est pas un cas isolé : « Autour de l’actualité en France, il y a plus de messages qui réduisent la cause des manifestations uniquement à la question de la migration ». Par exemple, le 4 octobre 2026, le député du Parti Droit et Justice - Prawo i Sprawiedliwość (PiS), Dariusz Matecki, a posté sur X un enregistrement d'un groupe de gens qui défilent, dont l'un porte une bouteille incendiaire. Le film est sous-titré « Les nègres brûlent la France ».
Murzyni palą Francję. https://t.co/TuwqxSBIiV
— Dariusz Matecki (@DariuszMatecki) October 4, 2026
D’ailleurs, Dariusz Matecki n’en est pas à sa première manipulation des faits. Toujours selon l’organisation polonaise de fact checking, le 30 septembre 2026, le député a publié sur X une vidéo montrant Bally Bagayoko, actuel maire de Saint-Denis en France, à proximité d'un conteneur en feu lors d'une mobilisation lycéenne. Il accompagne les images d'un commentaire accusant l’élu français de participer à l'incendie : « Un maire noir participe à l'embrasement de la France ; cela ne me surprend pas. Toute personne sensée sait que permettre l'africanisation de l'Europe revient à rabaisser l'Europe au niveau de l'Afrique. Ils finiront par brûler les cathédrales gothiques pour construire, à la place, des huttes en bouse de vache ». Dans une vérification publiée le 12 octobre, Demagog recontextualise l’interprétation du député, en expliquant que : « Sur la version plus longue de l'enregistrement, cependant, nous voyons que le politicien français a d'abord tiré le conteneur en feu de la clôture de l'école et a ensuite aidé à le mettre dehors. Ces fragments ne sont pas sur la vidéo partagée par Matecki. ».
Burmistrz murzyn bierze udział w paleniu Francji, nie jestem zaskoczony. O tym wie każdy normalny człowiek, że przyzwolenie na afrykanizację Europy, sprowadza Europę do poziomu Afryki. Spalą gotyckie katedry i postawią lepianki z krowiego łajna. https://t.co/EEC3xgknvO
— Dariusz Matecki (@DariuszMatecki) September 30, 2026
Outre les manipulations et sur-interprétations, Demagog a également remarqué que certains propagent directement de fausses informations, comme le député du PiS Michał Woś qui, le 18 octobre 2026, a publié sur Facebook des images, créées de toutes pièces par une intelligence artificielle, d’un couple de 80 ans qui avaient été soi-disant dépouillés et déshabillés par des migrants à Paris.
L’organisation ajoute que le recours à l'IA pour traiter des événements en France est récurrent et cite une déclaration du Dr Katarzyna Bąkowicz, de l’université SWPS faite à l’agence de presse polonaise - PAP : « Chaque fois qu’un événement suscite de fortes émotions, de faux récits font leur apparition.»
D’une jeune femme révoltée par les pillages, à la Dame à l’hermine…
À mi-chemin entre la manipulation des faits et la fake news, une autre image des manifestations du 17 octobre 2026 à Paris a été réinterprétée et propagée à travers les réseaux sociaux : celle d’une jeune femme, témoin des événements de la rue du Faubourg-du-Temple à Paris et qui a tenté désespérément de convaincre les personnes qui pillaient le magasin de s'arrêter.
Largement relayée en France comme en Pologne, cette vidéo a suscité des vagues de commentaires extrêmement hostiles, les internautes lui prêtant des convictions politiques sans en apporter la preuve, tandis que d’autres estimaient qu’elle avait bien mérité ce qui lui arrivait…
Le quotidien français Le Monde, l’a identifié dans un article du 19 octobre, comme étant E.K., 24 ans, étudiante en intérim et apprentie comédienne. Notre rédaction a choisi de préserver son anonymat, par souci de protection de ses données personnelles et dans le respect des principes du RGPD - RODO en Pologne.
Tomasz Jakubowski, dans son article du 20 octobre 2026, publié dans Sprawdzamto - un média numérique polonais spécialisé dans la vérification des informations (fact-checking) et la lutte contre la désinformation, précise que cette vidéo a été largement réinterprétée sur les réseaux sociaux, prêtant à la jeune femme une appartenance « à un parti de gauche français partisan de la migration » ou des propos qu’elle aurait tenu lors de la manifestation : « Elle a dit aux agresseurs qu'elle soutenait l'asile, et ils lui ont craché dessus et l'ont piétiné. » D’après les médias : « Selon des gens qui diffusent une telle interprétation, la vidéo dépeint la confrontation entre des idéaux de gauche et une réalité brutale et inacceptable. Elle se veut une mise en garde contre un humanisme “naïf” ». Sprawdzamto avance que la vidéo ne montre pas d’éléments concrets pouvant affirmer que cette jeune femme est « de gauche » ou/et « pour l’immigration ». À cela le média ajoute que les images ne montrent pas avec certitude que les pilleurs sont issus de l’immigration : « Le pillage est un fait, la perte personnelle et le statut des migrants des auteurs n'ont pas été établis. »
Enfin, le journaliste Tomasz Jakubowski précise que de nombreux utilisateurs ont manipulé cette vidéo et l’image de la jeune femme sur les réseaux sociaux, par exemple, en utilisant l’IA pour la faire apparaître, dans une manifestation pour les droits des migrants ou dans une interprétation du tableau de Léonard de Vinci, exposé à Cracovie, La Dame à l'hermine, devenu, La Dame à l'enrichissement culturel.
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