4500 enfants handicapés abandonnés par l’entreprise chargée de leur transport

Par Noé MALAPRIS | Publié le 17/11/2021 à 12:54 | Mis à jour le 17/11/2021 à 12:54
Photo : 4500 enfants handicapés abandonnés par Tundo, l’entreprise chargée de leur transport. | ©Roma Today
4500 enfants handicapés abandonnés par Tundo, l’entreprise chargée de leur transport.

Fin octobre, plusieurs milliers d’enfants handicapés de Rome ont dû rester chez eux. Le bus spécialisé de ramassage scolaire n’est pas venu les chercher, et un SMS de dernière minute envoyé aux parents fut la seule communication de l’entreprise envers ces derniers.

 

Tundo Vincenzo Spa est une entreprise privée de la province de Lecce qui, pour le compte de la mairie de Rome, assure des services de transport, y compris éducatifs, pour les utilisateurs handicapés depuis 2013. Fondée en 2003, elle inaugure en 2012 une unité locale de dépôt de bus à Rome, qui grandit rapidement : la branche romaine de Tundo possède 140 minibus et emploie 269 personnes, une part non-négligeable donc des 831 salariés que compte l’entreprise. Fin octobre, une grève massive des employés protestant contre leurs conditions de travail a empêché que le service ne se déroule normalement, entravant l’accès à leur école de 4500 élèves handicapés.

 

Un énième manquement à ses responsabilités de l’entreprise

Tundo a une longue histoire de litiges. Une grande part d’entre eux concerne le non-paiement des employés, et la suspension du service de transport pour lequel l’entreprise a signé des contrats avec un grand nombre de municipalités en Italie. Par exemple, en mai dernier, près d’un millier d’enfants handicapés de Lecce et Brindisi ont été laissés-pour-compte par Tundo, tout comme l’ont été plusieurs communes de la région des Marches en septembre. Il était donc à prévoir que ce phénomène se produise dans la Capitale.

 

Des salariés maltraités

Les enfants en situation de handicap ne sont pas les seules victimes de défaillances de Tundo. Les employés le sont également, et depuis longtemps ; les enfants en payent les répercussions. Une pétition a été lancée par les travailleurs de Tundo, protestant contre les impayés chroniques de l’entreprise. Entre les salaires contractuels, les treizièmes mois ou les indemnités de licenciement, beaucoup d’argent n’a pas été payé comme dû à des salariés. En plus de cela, de nombreuses heures supplémentaires ne sont pas reconnues par l’entreprise, par exemple, lorsque les chauffeurs ont fini un service et qu’ils doivent retourner au dépôt, attendre pour repartir, etc. La pétition reproche aussi des retards de paiement des salaires, malgré les rappels récurrents.

 

Des employés parfois chargés de payer eux-mêmes l’essence

Un employé interrogé par RomaToday explique qu’il est arrivé plusieurs fois des mésaventures à ses collègues concernant l’essence : alors qu’ils devaient refaire le plein afin d’assurer le service, l’entreprise refusait de payer, et ils devaient payer de leur propre poche le plein d’essence pour ne pas interrompe leur travail. Les manquements de Tundo ne s’arrêtent pas là : d’après les réponses à l’appel aux témoignages, il semblerait que l’hygiène et la maintenance des bus soient plus que discutables. Entre le matériel défectueux non-remplacé et le manque de masques ou de désinfectant efficace, tout est à revoir.

 

Pourquoi la mairie n’a-t-elle pas réagi plus tôt ?

Tundo Vincenzo Spa a signé un contrat de 8 ans, en 2013, avec la mairie de Rome. Malgré les défaillances parfaitement connues de son prestataire, le Capitole a choisi de prolonger le contrat. Pourtant, il avait publié un communiqué en novembre 2020, dans lequel il affirmait exiger de l’entreprise qu’elle paye ses salariés comme il se devait. Une information, toutefois, peut faire comprendre davantage cette action étrange : le directeur général de Tundo a fait un don pour la campagne de Virginia Raggi, qui était alors maire de Rome en campagne de réélection, à hauteur de 1500 euros… Il semble légitime de s’interroger sur la possibilité de la présence d’un conflit d’intérêts, une interrogation qui ne semble pour le moment pas partagée par la justice italienne qui n’a pas ouvert d’enquête.

 

Un accord trouvé pour la reprise du service

Les syndicats et Tundo ont trouvé un accord pour reprendre partiellement le service, le 3 novembre. Pour accepter de travailler à nouveau, les salariés ont dû négocier le paiement légitime des salaires ainsi que la maintenance des bus pour qu’ils soient utilisables sans mettre en danger leurs passagers. Le service reviendra à la normale le 15 novembre, avec toutes les lignes assurées par Tundo.

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Noé MALAPRIS

Noé MALAPRIS

Étudiant à Sciences Po, j'ai la chance de passer ma 3e année à Rome, où j'effectue un stage d'un semestre au Petit journal.
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Marie Astrid Roy

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