« Dessiner des vies », une exposition de l’artiste allemande Barbara Yelin
À la Villa Massimo, l’autrice de bande-dessinée dévoile une exploration de la mémoire à travers le roman graphique. Plus de 80 planches retracent des destins individuels devenus récits collectifs.


De passage à Rome, Barbara Yelin présente une exposition inédite consacrée aux vies des autres. Lauréate du Prix Rome Villa Massimo, la bédéiste allemande est depuis septembre 2025 résidente à l’Académie allemande à Rome. Dessiner des vies. Mémoire et biographie dans l’œuvre de Barbara Yelin réunit plus de 80 planches issues de ses œuvres. Son travail mêle narration classique et expérimentation visuelle, oscillant entre les frontières de la bande dessinée, de l’illustration et des arts visuels.
Reconstituer la vie des autres
À travers ses histoires, Barbara Yelin explore un terrain particulier : la mémoire et la manière dont le dessin, la parole et la séquentialité permettent de reconstruire l’Histoire. L’autrice aborde la thématique de la mémoire à travers la vie de plusieurs figures et personnages : Therese Giehse, figure révolutionnaire du théâtre allemand et interprète historique de Brecht ; Emmie Arbel, survivante des camps d’extermination de Ravensbrück et Bergen-Belsen ; Irmina, personnage fictif inspiré d’une histoire vraie, qui raconte le choix difficile, à l’époque du nazisme, entre sentiments, liberté personnelle et désir de reconnaissance sociale ; et Kidane, immigré érythréen dans la Berne contemporaine.
Reconstituer la « vie des autres » est une marque de fabrique de la poétique de Barbara Yelin, qui se construit à travers une recherche approfondie et minutieuse. Elle s’attache à se rapprocher au maximum des sources, qu’elles soient académiques et archivistiques (pour reconstruire événements et contextes avec une attention aux moindres détails) ou vivantes, comme en témoignent ses longues conversations avec Emmie Arbel. En 2024, l’autrice a notamment reçu pour Emmie Arbel le Prix Gustav Heinemann pour la paix destiné aux livres jeunesse.
Le roman graphique
Avec ses ouvrages, Barbara Yelin interroge la manière de se confronter à l’Histoire et de relier le passé à ses traces dans le présent. Le roman graphique lui permet de « dire sans dire » et de « montrer sans montrer », donnant corps à des émotions et sensations tout en respectant la fragilité de la mémoire, faite de pleins et de vides. Par cette approche, elle transforme la narration en un acte à la fois artistique et politique : les fragments d’une histoire personnelle deviennent collectifs. L’artiste allemande sera présente le 26 juin 2026 pour le Festival de l’art, à la Villa Massimo.
