Ballet, orchestre symphonique, adaptations et mises en scène inédites : le spectacle vivant propose un riche éventail. Sélection des immanquables du mois de février.


Teatro dell’Opera – La Bayadère du 03 au 08 février 2026
« La Bayadère est ma madeleine de Proust, confie Benjamin Pech, chorégraphe de la nouvelle version de La Bayadère dansée en ce moment dans le sublime Teatro Costanzi. C’est un ballet magnifique mais un peu ancien dans la façon de raconter l’histoire. » Dans son interprétation du ballet original de Marius Petipa – avec la partition de Ludwig Minkus –, l’ancien danseur étoile de l’Opéra de Paris a souhaité mettre davantage en avant les rôles masculins et renforcer l’accent dramatique pour tenir le public en haleine. On y retrouve son goût prononcé pour la narration, au-delà de l’excellence technique. La version, créée spécialement pour le Teatro dell’Opera, continue d’éblouir par ses variations virtuoses, ses ensembles impressionnants et la pureté de son « Acte des Ombres ». Pour certaines représentations, les danseurs étoiles du ballet de l’Opéra de Paris, Sae Eun Park et Paul Marque, endosseront les rôles respectifs de la princesse Nikiya et du guerrier Solor.
Teatro Ghione – Uno, nessuno, centomila du 05 au 15 février 2026
« La synthèse de tout ce que j’ai fait et la source de ce que je ferai » : Uno, nessuno, centomila est le roman le plus radical d’après son auteur Luigi Pirandello. Le lecteur rencontre Vitangelo Moscarda, qui après avoir découvert que son nez penche vers la droite, entreprend un voyage vertigineux à l’intérieur de lui-même, jusqu’à se libérer de tout masque et devenir « air, vent, pur esprit ». À la fois grotesque et critique, la mise en scène de Nicasio Anzelmo continue d’explorer la structure interne du personnage principal, tout en démasquant les fictions sociales. La troupe de cinq comédiens parvient à moderniser un texte puissant, publié il y a plus d’un siècle.
Auditorium della Conciliazione – Concert des musiques d’Harry Potter, le 10 février 2026
4ème au Box-office global, les films de la franchise Harry Potter sont devenus une référence mondiale et intergénérationnelle. Et avec eux, leurs musiques mythiques. L’orchestre symphonique, Les Lords of the Sound, présenteront un hommage à la saga magique. Les musiques envoûtantes de John Williams, qui accompagnent les aventures de Harry, Hermione et Ron, prennent vie sur scène grâce à l’ensemble symphonique, accompagné de solistes virtuoses et d’un ensemble vocal. L’expérience est enrichie par des effets visuels et des scénographies reproduisant l’univers de Poudlard. Les 52 musiciens de l’orchestre seront également en tournée dans le pays.
Teatro Olimpico – Le Petit Prince, du 11 au 22 février 2026
Le chef-d’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry revient à Rome à travers un nouveau spectacle inédit. Chaque scène sollicite plus que la vue, l'ouïe ou l'odorat et offre une expérience totale mêlant narration, musique, chant, cirque et théâtre. L’intention du metteur en scène, Stefano Genovese, est de traduire l’essence poétique du livre, en exploitant toute la palette expressive du théâtre vivant pour captiver le cœur des spectateurs. La représentation est conçue pour être accessible à un large public, des enfants aux adultes. Le Petit Prince — l’un des livres les plus traduits et lus dans le monde, après la Bible (plus de 600 langues et dialectes, avec plus de 200 millions d’exemplaires vendus) — sert de base à une expérience scénique émotive et universelle.
Teatro India – La principessa di Lampedusa, du 10 au 15 février 2026
Plongée dans l’histoire et dans la chaleur magnétique de la Sicile. Sonia Bergamasco, metteuse en scène et interprète principale, met en voix le roman La Principessa di Lampedusa de Ruggero Cappuccio. L’action se déroule en mai 1943, alors que Palerme est bombardée et presque entièrement détruite par la guerre. Au cœur de la pièce : Beatrice Tasca Filangeri di Cutò, mère de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, l’auteur de Guépard. Figure réelle mais peu connue, elle devient sur scène une héroïne tragique et visionnaire. Pianiste brillante, femme cultivée, polyglotte, elle incarne une aristocratie sicilienne finissante, mais surtout une conscience en lutte. Beatrice est morte mais son esprit subsiste. « Il n'y a ni rêve, ni réalité. Il n'y a ni passé, ni présent. Il n'y a qu'une ligne continue qui traverse toutes les dimensions », explique Ruggero Cappuccio dans une interview accordée à Rai Cultura. La pièce se déroule dans cet entre-deux, un espace de frontière où le temps, la matière et l’identité se dissolvent. Le public est immergé dans la conscience d’une femme au moment où elle doit choisir entre rester attachée aux corps, aux souvenirs, aux désirs — ou s’en libérer.
Teatro Argentina – Mein Kampft, du 18 février au 1er mars 2026
Une œuvre délicate mais assumée. Stefano Massini insiste : mettre ce texte sur scène ne signifie pas lui donner une tribune, mais le désamorcer en le montrant dans toute sa mécanique verbale. Mein Kampf n’est ni une adaptation littérale, ni une reconstitution historique classique du livre d’Adolf Hitler, il s’agit d’une opération dramaturgique critique. Seul sur scène, le metteur en scène et unique interprète part du texte de Mein Kampf (1924-1925), mais le croise avec d’autres matériaux historiques (discours publics de Hitler, fragments de conversations privées, archives et documents de propagande). L’objectif : révéler une logique obsessionnelle, des mécanismes de répétition et une capacité de manipulation émotionnelle. Massini lui-même parle souvent de Mein Kampf comme du « verbe monstrueux du XXᵉ siècle » : un texte dont la dangerosité réside moins dans les idées que dans la forme verbale, capable d’hypnotiser les masses. À la façon du film choc La Vague (2008), le spectateur est placé dans une position inconfortable où la force persuasive du langage effraye et étouffe.
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