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Porta Venezia rhabillée pour la Art Week et Design week

Par Safae Taouih | Publié le 02/04/2019 à 23:45 | Mis à jour le 03/04/2019 à 09:46
Photo : Patchwork de toile de jute, une installation promue par la Fondation Trussardi à Porta Venezia | @ST
a friend milan trussardi

Jusqu’au 14 avril, la fondation Trussardi met en lumière l'exposition A Friend, un projet urbain qui recouvre Porta Venezia de morceaux de toile de jute usée dans le cadre de l’Art Week de Milan.

Un échafaudage ? Du vandalisme ? Les tissus à l'allure délabrée qui recouvrent les péages néoclassiques de la Porta Venezia à Milan attisent la curiosité des passants. Du 2 au 14 avril, la fondation Trussardi et son directeur artistique Massimiliano Gioni réalisent l'exposition A Friend, conçue par l'artiste ghanéen Ibrahim Mahama. L'initiative est coordonnée par la ville de Milan à l'occasion de l'Art Week, rendez-vous annuel de l'art contemporain à Milan et restera visible pendant toute la durée de la semaine du design.

Les anciens péages de Porta Venezia, patrimoine historique de la ville, sont recouverts de fragments de toile de jute usée. Des morceaux de tissus troués, déchirés, tachés puis rapiécés, pour créer un patchwork géant.

« On les voit tellement qu'on finit par ne plus les voir »

Recouvrir un monument ancien de toile de jute, le projet à de quoi interpeler. Historiquement, Porta Venezia était l'une des six portes principales qui séparait Milan de sa périphérie. L'endroit n'a pas été choisi au hasard. Depuis toujours, Porta Venezia représente une plaque tournante où transitent chaque jour des flux de personnes. A Friend invite à la réflexion sur le concept de seuil, ce lieu de passage qui départage l'intérieur de l'extérieur et par extension, le soi de l'autre, l'ami de l'ennemi. « Je voulais que l'on ne transite pas, mais que l'on s'arrête. Un instant. Que l'on regarde et que l'on apprécie le moment présent. Et que l'on apprécie l'histoire aussi. Il est de ces monuments que l'on voit tellement, qu'on finit par ne plus les voir », explique l'artiste ghanéen qui n'en est pas à son coup d'essai. Avant Porta Venezia, Ibrahim Mahama a investi d'autres villes du monde, riches par leur histoire, comme Athènes ou Venise. Là encore, il a recouvert des monuments de ces tissus usés.

La réflexion va plus loin qu'une simple lecture du présent et du passé, ajoute l'artiste. « Ce sont des morceaux de tissus en littérale décomposition. C'est un écho aux conditions dans lesquelles nous vivons aujourd'hui. Aux conditions dans lesquelles les biens sont extirpés du sol africain. À la façon qu'a l'homme de faire du commerce ». Les sacs de Mahama représentent un symbole fondamental de son art. Fabriqués en Asie et importés en Afrique, notamment au Ghana, ils servent au transport international de nourriture et de marchandises, comme le cacao, le riz, ou encore le charbon. Une invitation à apprécier l'histoire, mais aussi un immense patchwork qui entend représenter l'écho des plaies ouvertes de l'humanité, causées par un commerce international à l'éthique parfois contestable.

 

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Marie Astrid Roy

Rédactrice en chef de l'édition Milan.

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