L’espace social et culturel de San Lorenzo risque la fermeture

Par Noé MALAPRIS | Publié le 09/11/2021 à 08:11 | Mis à jour le 09/11/2021 à 08:11
Photo : Espace social et culturel de San Lorenzo / RomaToday
L’espace social et culturel de San Lorenzo risque la fermeture

L’ESC, centre social du quartier romain de San Lorenzo, risque la fermeture. La justice italienne lui réclame 220 000 euros de loyers rétroactifs, dont il ne peut s’acquitter.

 

En 2009, l’association s’est vu attribuer un bâtiment à loyer très modéré par la mairie de Rome. En raison de la vocation sociale et culturelle de l’ESC, la mairie lui a permis de ne payer que 20% du loyer du bâtiment. Or, depuis 2015, ce statut était menacé par l’adoption de la résolution 140, qui autorisait la justice à retirer le privilège accordé à l’association si son caractère social et culturel n’était plus reconnu. C’est ce qu’il s’est passé le 20 octobre dernier : le tribunal civil a exigé le paiement de 100% du loyer, décision à caractère rétroactif. Basée sur les prix du marché, la somme que doit rendre l’association est d’environ 220 000 euros, ce à quoi s’ajoutent les nouveaux loyers et les frais juridiques qui, cumulés, amènent à un montant de 300 000 euros.

 

Une association à vocation humaniste

L’ESC, fondée il y a dix-sept ans, est une association d’engagement à vocation sociale et culturelle. Elle est à but non-lucratif, et propose par exemple des cours de langue italienne ou des guichets juridiques, tous gratuits. Favoriser l’éducation et l’accès à la culture est sa raison d’être, des objectifs sous-tendus par une orientation politique revendiquée de gauche radicale. En plus de l’aide pratique bénévole, l’association organise notamment des activités parascolaires pour les enfants du quartier et héberge les assemblées de l’association féministe Non Una di Meno. Autogéré et autofinancé depuis sa création, l’ESC a grandi au fil des ans jusqu’à devenir l’épicentre de la vie associative du quartier de San Lorenzo.

 

Des militants sous le choc

Les militants de l’ESC sont désemparés. Après que la procédure de justice a été engagée contre eux, ils ont réuni des témoins, des preuves, qu’ils voulaient utiliser afin de prouver leur utilité sociale, et leur légitimité à bénéficier de ces réductions substantielles de loyer. Un militant interrogé par l’édition romaine de La Repubblica a déclaré que ces éléments en faveur de l’ESC ont été ignorés par la justice italienne : « Dans le cadre de la procédure engagée contre nous, le juge civil n'a admis aucun des nombreux témoins que nous avions cités pour relater l'incroyable richesse des initiatives sociales, solidaires, politiques, culturelles et musicales que nous avions vécues ». D’après lui, la justice s’est basée uniquement sur un rapport de la police signalant que de la musique était jouée au sein de l’ESC, accompagnée d’une vente de boissons. « Un rapport que nous n'avons jamais pu voir et qui, de plus, était contredit par au moins deux rapports similaires de la police de la circulation, mais au contenu opposé. Ces derniers n'ont toutefois pas du tout été pris en compte dans le résultat de la décision », conclut ce militant.

Une incompréhension d’autant plus forte que la Cour des Comptes italienne a statué que les bâtiments loués par l’ESC doivent être à vocation sociale et culturelle, et ne peuvent donc être rendus disponibles sur le marché de l’immobilier.

 

Des répercussions potentiellement définitives pour l’ESC

Les militants de l’association, qui doivent payer collectivement 300 000 euros, sont pour beaucoup des travailleurs précaires. Il est probable qu’ils ne pourront tout simplement pas s’acquitter de cette somme, ce qui fait craindre à certains que leurs comptes bancaires soient saisis, et que des prélèvements soient réalisés sur leurs salaires. Pour tenter d’éviter cette situation, un fonds de garantie a été mis en place.

Si les militants ont fait appel de cette décision, ils ne comptent pas s’en tenir au champ juridique. Après avoir été ignorés pendant tout le mandat de Virginia Raggi, ils espèrent que le maire nouvellement élu, Roberto Gualtieri, se montrera concerné par ce qu’ils estiment être une affaire politique. Un soutien clair de la mairie pourrait en effet faire pencher la balance de leur côté…

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Noé MALAPRIS

Noé MALAPRIS

Étudiant à Sciences Po, j'ai la chance de passer ma 3e année à Rome, où j'effectue un stage d'un semestre au Petit journal.
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Marie Astrid Roy

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