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Rétro et anachronisme dans « Luna Park »

Par Anaïs Lucien-Belliard | Publié le 03/11/2021 à 08:55 | Mis à jour le 08/11/2021 à 20:54
Photo : Lia Grieco est Rosa Gabrielli, soeur jumelle d'Adele/Nora (Simona Tabasco) dans la série évènement "Luna Park"
Lia Grieco est Rosa Gabrielli, soeur jumelle d'Adele/Nora

À Rome dans les années 1960, la rencontre entre une jeune foraine et une jeune privilégiée mène à des intrigues, des secrets et des amours aussi nouvelles qu'inattendues.

 

 

Quand Cinecittà régnait sur le cinéma 

De la Dolce Vita de Fellini, à La ciociara de De Sica, en passant par L'Éclipse d’Antonioni, l’âge d’or du cinéma italien fait toujours autant rêver et fantasmer les cinéastes. Produite par Netflix et réalisée par Leonardo D’Agostini et Anna Negri, la série d’Isabella Aguilar nous offre une Rome d’après-guerre dominée par Cinecittà et gangrénée par la chasse aux communistes.

Tandis que l’Amérique post-seconde guerre mondiale fait rêver ses contemporains Européens, une fête foraine, un Luna Park plus exactement, devient le lieu de tous les coups de théâtres. Tout commence avec une histoire d’enlèvement, puis s’invite le désir, la politique, l’amour, la guerre, la trahison, un meurtre et finalement des fantômes. On pourrait croire que tout cela fait beaucoup. Et, effectivement le tout mis ensemble n’est pas nécessairement évident, ni même toujours très convaincant.

 

Tandis que l’Amérique fait rêver les Européens, une fête foraine devient le lieu de tous les coups de théâtres

 

Toutefois, on se prend rapidement au jeu d’une intrigue complexe mais intelligemment structurée autour du personnage de Nora/Adele (Simona Tabasco). On s’attache aux personnages, et notamment à cette mère (Fabrizia Sacchi), bourgeoise au premier abord frivole et superficielle, en réalité profondément traumatisée par l’enlèvement de son bébé. On apprécie avec curiosité et suspicion le clin d’œil fait à Gigi Proietti et son discours sur la responsabilité des acteurs. On admire cette jeune étudiante en littérature (Lia Grieco) se dépatouillant pour amener celui qu’elle aime dans la modernité ; ce journaliste consciencieux (Alessio Lapice) et déterminé à renverser un système corrompu et protégeant les criminels aux sourires enjôleurs.

 

On s’attache à cette mère (Fabrizia Sacchi), bourgeoise au premier abord frivole et superficielle, en réalité traumatisée par l’enlèvement de son bébé.

 

Portrait d’une Italie vivant à l’heure américaine

Luna Park fait le portrait d’un pays divisé socialement, entre un monde prolétaire et un univers paré d’une insolente opulence. Reflet d’une Italie dominée culturellement par les Etats-Unis et tiraillée par la promesse d’égalité sociale du communisme, on assiste au déchirement d’une nation, de deux familles coupées en deux par la guerre, et peinant à recoller les morceaux d’un passé douloureux et honteux.

 

Rétro et anachronisme dans « Luna Park »

 

Luna Park ce sont aussi des moments pleins d’humour et de légèreté, où l’on se prend au jeu de l’amour et du hasard à l’italienne.

 

Tandis que l’Amérique fait rêver les Européens, une fête foraine devient le lieu de tous les coups de théâtres

 

Une intrigue captivante, mais des faiblesses narratives à la Netflix

Si l’on est séduit par l’histoire personnelle des personnages, on est malheureusement souvent rattrapé par la pauvreté d’un scénario où tout va trop vite et qui manque d’élégance et de finesse.

 

Rétro et anachronisme dans « Luna Park »

 

Agacé par le besoin qu’a Netflix de constamment « wokiser » le passé, on croise les bras, l’air un tantinet dubitatif par les quelques raccourcis anachroniques criblant la série. La mise en bouche de discours aux parfums des années 2000-2020, appauvrit ce qui aurait pu être la force argumentative d’une série aussi ambitieuse que Luna Park. Après tout, les baby-boomers ont bouleversé les normes sociales des années 1960. Leur désir d’affranchissement et leurs revendications étaient plein d’originalité et de force coercitive. La jeunesse italienne de cette époque avait une voix, des idéaux qui bien que ressemblant à certains égards aux nôtres, se distinguaient profondément de nos expectatives et préoccupations modernes et qui valaient d’être mis en lumière.

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Marie Astrid Roy

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