Centrale Montemartini : les collections Capitolines

Par Nina Malleret | Publié le 20/05/2021 à 07:00 | Mis à jour le 20/05/2021 à 07:00
Vue de l'intérieure de la Centrale Montemartini

Située à quelques minutes de l’arrêt de métro Garbatella, se trouve une centrale thermoélectrique pour le moins atypique. En effet, elle accueille depuis octobre 1997 ce qui ne devait alors constituer qu’une exposition temporaire : plusieurs collections d’œuvres antiques, d’origine Grecques ou Romaines et provenant du Capitole, qui ont fait d’elle un musée permanent aussi étonnant qu’impressionnant.

 

Brève histoire de la centrale

Inaugurée en juin 1912, la centrale thermique bénéficiait à l’époque d’une position stratégique, proche du Tibre et aux abords de l’axe central de circulation qu’était la Via Ostiense. Faisant partie du programme électoral du Blocco Popolare (bloc populaire) d’Ernesto Nathan (alors maire de la ville), sa mise en place avait été lancée suite aux réponses positives d’un référendum municipal trois ans plus tôt. Lors de son inauguration, elle fut présentée comme le premier centre public de production d’électricité de la Société Municipal Eletric (aujourd’hui ACEA). C’est en 1913 qu’elle fut renommée Centrale Montemartini, d’après l’économiste Giovanni Montemartini qui n’était autre que l’un des principaux artisans lors de sa construction et qui devint son chef technique. Ensuite nationalisée sous Mussolini, elle fut réaménagée en 1942 en vue d’une Exposition Universelle pour laquelle elle devait fournir l’électricité. Interrompus par la seconde guerre mondiale, les travaux ne se terminèrent qu’en 1952, donnant à la centrale sa configuration et son agencement actuel. Seulement, après des décennies de bon fonctionnement, la centrale devint obsolète et coûteuse en 1960, et fut rapidement laissée à l’abandon.

 

Centrale Montemartini

 

L’exposition de 1997 : « Les Machines et les Dieux »

Alors qu’elle était vouée à la destruction afin d’être remplacée par un grand parc muséal, elle est finalement restaurée en 1990, afin d’y accueillir en 1997 une exposition temporaire : « Sculptures de l’Ancienne Rome. Les collections du musée du Capitole à la centrale électrique Montemartini ». Ce dernier, alors en rénovation à l’époque, devait répandre ses œuvres dans des annexes, et l’exposition avait pour but d’accueillir des ensembles monumentaux et à grande échelle, tel que les vastes espaces de la centrale le permettaient. Avec le parti pris de conserver les équipements originels du bâtiment, et notamment en termes de chaudières, turbines, générateurs, l’effet était saisissant, et le contraste entre les différents éléments des pièces connut un grand succès. Ce qui était censé n’être qu’une exposition temporaire, devant un tel enthousiasme des visiteurs, se transforma rapidement en musée permanent, ainsi qu’en annexe officielle des musées Capitolins en 2001.

 

Centrale Montemartini

 

La Centrale et les salles aujourd’hui

Aujourd’hui, les espaces du musée communal ont été ingénieusement adaptés à leur nouvelle utilisation. Les collections se visitent désormais sur trois pièces, vastes et particulièrement adaptées à la déambulation, permettant ainsi au spectateur de se plonger dans cet univers artistique au cœur d’un environnement industriel atypique. La salle des colonnes, consacrée à la Rome républicaine, offre au regard de nombreux et précieux vestiges archéologiques, issus de l’Esquilin, de San Lorenzo ou encore des objets du quotidien. On y retrouve de nombreux bustes et portraits, parmi lesquels figurent par exemple Jules César, Auguste et Aggripa. La salle des machines ensuite, frappe par sa monumentalité et sa collection de grands ensembles architecturaux. Alors que deux énormes moteurs y figurent encore (chacun d’environ 20 mètres de hauteur, et d’un poids de 81 tonnes !), elle permet un slalom entre les statues grecques et les vestiges antiques, dont certains proviennent directement du Temple d’Apollon (face au théâtre Marcellus), de Largo Argentina ou de la colline du Capitole. C’est également ici que l’on y retrouve les vestiges d’une statue colossale au visage féminin, ainsi que le chef d’œuvre de la Statue d’une Muse, représentant probablement Polimnia. La troisième et dernière salle, celle des chaudières, comportent des découvertes faites dans les jardins ou résidences, comme ceux de Salluste ou de la Domus de Via Cavour. Toutes sont entreposées parmi les tuyauteries monumentales et au cœur de l’ensemble métallique, ce qui donne à la salle une aura puissante et un style tout à fait innovant.

 

Un musée qui marque par son décor hors du commun

De par son aspect tout à fait extraordinaire, les vastes espaces de la Centrale Montemartini offrent à la vue de gigantesques machines restaurées, qui sont harmonieusement liées aux collections archéologiques, et notamment les statues qui sont d’une grande douceur. Ce contraste de deux mondes que tout oppose est un parti pris à saluer, tant il offre à ses visiteurs une expérience hors du temps et particulièrement soignée. L’opposition industrielle-artistique est l’une des grandes forces de l’espace, qui fait preuve d’une grande innovation muséologique de par son agencement et la fluidité de sa visite. Avec 400 statues antiques, mélangées à un univers industriel historique, la Centrale Montemartini se démarque par son authenticité et une archéologie qui marque les esprits.

Elle abrite par ailleurs depuis le 24 avril, et jusqu’au 15 septembre prochain, l’exposition « Colori dei Romani », qui présente un nombre impressionnant de mosaïques, chefs-d’œuvre méconnus du public provenant directement du Capitole. Rassemblant de nombreux fragments de l’histoire de la capitale, cette exposition permet d’étudier et d’interpréter les motifs et les goûts de la société romaine, sur une période allant du premier siècle avant J.C. au quatrième après J.C.

 

 

Informations pratiques 

Date de l’exposition temporaire : du 24 avril au 15 septembre

Lieu : Centrale Montemartini, via Ostiense 106, 00154 Roma

Horaires : Du mardi au dimanche 9.00-19.00

Tarifs : tarif normal € 10,00, tarif réduit € 9,00

Nina Malleret

Nina Malleret

Étudiante en Master 1 Culture à Angers, Nina effectue un stage de 4 mois au sein du Petit Journal de Rome. Curieuse, investie et forte d’ambition, elle est une passionnée d’arts visuels ainsi que de littérature, et aspire au journalisme culturel Européen.
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Marie Astrid Roy

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