Feu vert de l’UE sur les salaires minimaux : quel avenir pour l’Italie ?

Par Marie-Astrid Roy | Publié le 08/06/2022 à 11:23 | Mis à jour le 08/06/2022 à 12:38
Photo : @Mikhail Nilov sur Pexels
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Les institutions européennes ont signé un accord sur une directive fixant de nouvelles règles pour des salaires minimaux adéquats dans l’UE. L’accord réalimente le débat sur la mise en place d’un salaire minimum légal en Italie.

 

A l’issue d’un marathon nocturne dans la nuit de lundi à mardi, et de négociations ayant duré un an et demi, le Parlement et le Conseil de l’Union européenne ont signé un accord historique, sur une directive relative aux salaires minimaux pour toute l’Union européenne. La législation ayant fait l’objet d’un accord vise à garantir que des salaires minimaux dans tous les pays de l’UE soient « adéquats et équitables » afin d’assurer un niveau de vie décent aux travailleurs.
Pour être approuvée, la directive doit encore être votée en plénière par le Parlement de l’UE et le Conseil et publiée à la Gazette officielle.

La directive – qui devra alors être transposée par les Etats membres dans les deux ans de son approbation - ne peut en aucun cas imposer de changer les systèmes nationaux existants, dès lors que les Traités interdisent à la Commission européenne de légiférer en matière de rémunération.
Le nouveau texte se limite donc à établir un cadre procédural assurant l’existence d’un salaire digne dans l’Europe des 27, aujourd’hui jugé insuffisant dans certains pays.

 

Six pays membres n’ont pas de salaire minimum légal, dont l’Italie

A ce jour, le salaire minimum légal existe dans 21 pays Etats membres, avec des différences notables entre les pays. Il va de 332 euros en Bulgarie à 2.256 euros au Luxembourg, alors que l’Allemagne vient de le rehausser à 12 euros l’heure du fait de l’inflation.
Six pays font exception et préfèrent la négociation collective au salaire minimum légal : Chypre, la Finlande, le Danemark, la Suède, l’Autriche et l’Italie.

 

Des salaires minimaux adéquats et une négociation collective renforcée

L’accord prévoit que les États membres devront évaluer si leur salaire minimum légal existant est suffisant pour assurer un niveau de vie décent au travailleur, en tenant compte de leurs propres conditions socioéconomiques, du pouvoir d'achat ou des niveaux nationaux de productivité et de développement à long terme.

Pour cette évaluation, les pays de l'UE peuvent soit établir un panier de biens et de services à prix réels, soit appliquer des valeurs de référence indicatives couramment utilisées au niveau international, telles que 60% du salaire médian brut et 50% du salaire moyen brut.

Les négociateurs de l'UE ont également convenu que les pays de l'Union devront renforcer la négociation collective sectorielle et interprofessionnelle pour protéger les travailleurs en leur assurant un salaire minimum. Les États membres dans lesquels moins de 80% de la main-d'œuvre est protégée par une convention collective devront créer un plan d'action pour augmenter progressivement cette couverture. A cet effet, ils devront impliquer les partenaires sociaux, informer la Commission des mesures adoptées et rendre ce plan public.

Salaire minimum en Italie, un débat qui oppose

En Italie, plus de 85% des salariés voient leur rémunération garantie par les conventions collectives, soit plus que le seuil de 80% qui devrait être requis par la future directive. Et la question d’un plancher national légal pour les travailleurs pauvres n’a pas sérieusement émergé avant la création d’un revenu citoyen pour chômeurs et inactifs, en 2019. D’après un sondage de l’Institut Swg, publié le 25 mai 2022 dans la Repubblica, 86% des Italiens seraient aujourd’hui pour l’adoption d’un salaire minimum légal.

Si les acteurs sociaux et politiques s’accordent à dire que la question salariale est devenue incontournable, à l’heure où l’inflation générale enterre le pouvoir d'achat des ménages,  l’instauration d’un salaire plancher légal est évidemment loin de faire l’unanimité.

Le président de Confindustria (équivalent du Medef), Carlo Bonomi a ainsi rappelé le week-end dernier à l’occasion du festival annuel de l’Economie de Trente, son opposition à l’institution d’un salaire minimum légal, lui préférant la réduction de la charge fiscale. Une position également adoptée par l’un des principaux syndicats de travailleurs, (CISL) qui préfère « tout confier à la négociation collective ». Au contraire, pour le leader du syndicat CGIL, Maurizio Landini : « Les bas salaires et les travailleurs précaires sans droits, sont des éléments qui mettent en discussion la démocratie dans notre pays. »

Et au sein même de la majorité, les positions sont différentes Le Parti démocrate (PD) et le Mouvement Cinq étoiles poussent en faveur d’une loi érigeant un salaire minimum légal. Au contraire, pour le parti de centre-droit Forza Italia, dirigé par Silvio Berlusconi : « Le revenu minimum imposé risquerait au contraire de baisser le salaire, il est préférable d’abaisser la pression fiscale qui pèse sur les entreprises afin qu’elles puissent augmenter les salaires », affirme Antonio Tajani, vice-président de FI. Une position également adoptée par Matteo Salvini, chef de la Ligue.

Trois millions de travailleurs pauvres en Italie

Face à ce débat, comme le rappelle le ministre du travail Andrea Orlando, l’Italie compte aujourd’hui plus de trois millions de travailleurs pauvres, ayant une rétribution inférieure à 60% du salaire médian et sous le seuil de 9 euros par heure. Principalement des travailleurs précaires, des jeunes et des femmes.

 

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Marie-Astrid Roy

Rédactrice en chef et Directrice des éditions Lepetitjournal.com Milan et Rome
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