Italie : record historique du nombre de travailleurs précaires

Par Lepetitjournal Milan | Publié le 05/06/2022 à 17:15 | Mis à jour le 05/06/2022 à 17:23
Photo : (fauxels sur Pexel)
deux personnes se serrent la main

Le nombre de personnes occupant un emploi temporaire a passé la barre des 3 millions en Italie, selon l’Institut National de Statistique (ISTAT). Un pic inégalé depuis le premier relevé, en 1977.


Depuis le début de l’année 2022, tout portait à penser que le marché du travail italien se portait à merveille : après avoir atteint un taux d’emploi record de 59,9 % en mars, la Péninsule enregistrait un taux de chômage historiquement bas, autour de 8,4%, à la fin du mois de mai. Si le recul des chiffres du chômage est en partie imputable à l’augmentation du nombre d’inactifs, c'est-à-dire des personnes qui ont cessé de chercher un emploi, il faut bien chercher les raisons de la hausse du taux d’emploi du côté de la création de contrats de travail. Mais de quel travail parle-t-on ?

 

L’emploi précaire : acteur principal du recul du chômage ?

En décembre 2021, l’ISTAT relevait déjà 3 077 000 travailleurs précaires. L’emploi précaire concerne toutes les personnes qui connaissent une situation générale d'incertitude involontaire et prolongée, due à de mauvaises conditions de travail, à des revenus inadaptés ou à un manque de continuité. Sur le marché du travail, les contrats à durée déterminée, notamment délivrés aux travailleurs intermittents et saisonniers, constituent la forme plus répandue d’emploi précaire.

Des « contrats courts » qui enregistrent une augmentation spectaculaire, ces derniers mois, en Italie : au mois d’avril 2022, ils concernaient 350.000 travailleurs de plus que l’année précédente, soit une hausse de 12,6% en un an. Selon les données de l’Institut National de Sécurité Sociale (INPS), ces contrats précaires étaient responsables de plus de la moitié de la hausse du taux d’emploi, l’année dernière en Italie. Une tendance qui ne va pas en s’arrangeant. Au mois de janvier 2022, presque 80% de la création d’emploi relevait des contrats précaires.

 

Différentes propositions contre « les sables mouvants de la précarité »

Flagrante et inédite, la progression de l’emploi à durée déterminée a fait réagir le ministre du Travail italien, Andrea Orlando. Cette tendance reflète selon lui « le cadre de grande incertitude qui caractérise encore la vie sociale et économique du pays », dans un contexte plus large de crise. Le ministre affirme toutefois la nécessité d’interroger les formes de précarité qui existent sur le marché du travail italien. La prochaine étape : « évaluer si l'ensemble des contrats actuellement prévus par la loi ne peut pas être repensé et révisé. »

Aux yeux des syndicats, cela ne suffira pas à freiner la dynamique de précarisation de l’emploi qui sévit dans la Péninsule. Le secrétaire général de l’Union Italienne du travail, Pierpaolo Bombardieri, tire la sonnette d’alarme : « Nous sommes pour une flexibilité négociée, mais ce que nous voyons, c'est une flexibilité sauvage : les chiffres montrent malheureusement qu'une économie se construit sur les sables mouvants de la précarité.» Selon lui, la seule option viable serait d’adopter le modèle espagnol, fondé sur l’élimination des contrats à durée déterminée.
Luz Escoubes

 

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