Le 23 janvier 1919, les forces tchécoslovaques envahissent la Pologne. S’ensuivent sept jours de combats donnant son nom à cette guerre : guerre des Sept Jours, aussi appelée guerre polono-tchécoslovaque en Pologne. Pour commémorer les 107 ans du début de cette courte guerre, découvrez les causes, le déroulement et les conséquences, encore actuelles, de ce conflit oublié de l’histoire de l’Europe centrale.


Une guerre sous fond de tensions frontalières et de résurrection nationale
La fin de la Première Guerre mondiale marque la renaissance de l’État polonais et la naissance de l’État tchécoslovaque. Ces deux nouvelles puissances ayant combattu pour leur indépendance s’engagent alors dans le maintien de leurs frontières et de leurs souverainetés dans une Europe bouleversée par les conséquences de la Grande Guerre.
Côté polonais, en 1919, la Pologne se bat contre l’Union soviétique et la République populaire d’Ukraine.
Côté tchécoslovaque, le nouvel État peine à faire reconnaître ses frontières, notamment face à la Hongrie et à la République populaire d’Ukraine. Elles ne seront finalement entérinées qu’en juin 1920 par le traité du Trianon.
C’est dans ce contexte tumultueux qu’une crise polono-tchécoslovaque voit le jour autour de la ville multiethnique de Cieszyn en polonais – Ćešyn en silésien et Teschen en allemand, capitale de l’ancienne région de la Silésie de Cieszyn – Śląsk Cieszyński.
Cette ville au cœur d’un bassin charbonnier devient un objet de discorde entre la Pologne et la Tchécoslovaquie, mais cette tension, selon l’historienne Isabelle Davion, se transforme en une « étape fondatrice de leurs nations ».
Les désaccords atteignent un point de non-retour le 23 janvier 1919 lorsque l’armée tchécoslovaque envahit la ville et la région, à la suite d’un ultimatum tchécoslovaque rejeté par les forces polonaises.
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La « guerre des Sept Jours » : un conflit éclair pour la ville de Cieszyn et sa région
Les forces armées tchécoslovaques qui envahissent Cieszyn sont composées de soldats des Légions tchécoslovaques, des unités combattant pour la Triple-Entente pendant la Première Guerre mondiale, c’est-à-dire la France, le Royaume-Uni et la Russie. Certains de ses légionnaires présents dans le conflit de Cieszyn ont même reçu leur formation militaire en France.
Pour la Pologne, la majorité de ses hommes étant en prise contre la République populaire d'Ukraine occidentale, les forces commandées par Franciszek Latinik sont en infériorité numérique.
Le 23 janvier 1919, l’armée tchécoslovaque s’empare donc de la ville de Cieszyn et force les autorités polonaises à se replier vers la ville de Bielsko, aujourd’hui municipalité de Bielsko-Biała de la voïvodie de Silésie.
La ligne de front s’est par la suite stabilisée au-delà de la Vistule où les Polonais ont pu réorganiser leur défense.
💡 Les combats ont fait en tout une quarantaine de morts et une centaine de blessés.
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Une résolution diplomatique sous l’égide des puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale
Après un affrontement ayant duré sept jours sans qu’aucun camp n’ait pu lancer une campagne militaire d’envergure, un cessez-le-feu est décidé sous la pression des puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale, la France et le Royaume-Uni.
Le 3 février 1919, à Paris, un accord est signé dans le but de désigner une frontière provisoire entre les deux belligérants.
Ce n’est finalement qu’en juillet 1920 que le litige frontalier est résolu diplomatiquement. Les Français et les Britanniques pressent alors les deux pays de régler par la diplomatie ce conflit lors de la conférence de Spa, organisée en Belgique.
Au terme de cette conférence, une frontière est décidée. La ville de Cieszyn est coupée en deux, la rivière Olza ayant été choisie comme frontière naturelle. La Pologne récupère également les villages contestés de Spiš et d’Orava, deux territoires situés plus à l’est, à la frontière avec la Slovaquie actuelle, qui constituaient un autre point de discorde entre les deux pays.
En fin de compte, la Pologne et la Tchécoslovaquie ne sont pas satisfaites de cette résolution. Les Polonais ressentent une profonde injustice et une déception face à la perte d’une partie importante de la Silésie de Cieszyn, notamment la région industrielle de Zaolzie. Ces sentiments d’injustice et de déception alimentent un ressentiment de la part des Polonais durant l’entre-deux-guerres qui ne permet pas une amélioration des relations avec leur voisin du sud.
De leur côté, les Tchécoslovaques sont également déçus d’avoir abandonné une partie des territoires qu’ils revendiquaient, d’autant plus qu’un tronçon du chemin de fer Bohumín-Jablunkov, considéré comme essentiel par Prague, se situe encore en territoire polonais.
Un conflit qui pèse sur les relations polono-tchèques de l’entre-deux-guerres
Malheureusement, cette résolution diplomatique imposée ne permet pas d’atténuer les tensions entre les deux États.
En 1938, Varsovie profite de la crise de Munich pour envoyer un ultimatum à Prague en septembre demandant la cession immédiate de la Zaolzie. Étant dans une position précaire face à la menace nazie, la Tchécoslovaquie répond favorablement à l’ultimatum.
La satisfaction polonaise n’est que de courte durée, puisque le territoire disputé de Cieszyn est annexé par l’Allemagne après l'invasion de la Pologne en septembre 1939.
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Et aujourd’hui ?
L’entrée de la Pologne et de la Tchéquie dans l’Union européenne et dans l’espace Schengen en 2008 a permis d’apaiser les tensions persistantes autour de la ville de Cieszyn en éliminant physiquement la frontière délimitant la ville polonaise de Cieszyn et la ville tchèque de Český Těšín, jumelle de Cieszyn, sur la rive gauche de l’Olza.
La libre circulation de part et d’autre de la rivière Olza permet aux Polonais et aux Tchèques de traverser la frontière pour travailler, pour entretenir des relations familiales ou amicales : pour vivre dans une seule et même ville, pour renouer avec son passé et sa mémoire.
Tchèques et Polonais peuvent aujourd'hui librement circuler de part et d'autre, pour le travail, pour les loisirs, le tourisme, la culture et les relations amicales ou familiales. Si la division de la ville en 1920 a toujours été considérée comme une blessure par les locaux, depuis 2008, il n'a jamais été aussi facile de renouer avec le passé où les deux communes partageaient un même destin.
Ces bonnes relations s’observent également au niveau étatique, puisque la Tchéquie, en 2015, a décidé de céder pacifiquement quelques centaines d’hectares à la Pologne afin de mettre fin à un litige frontalier datant du traité entre Prague et Varsovie de 1958 relatif à la délimitation des frontières entre les deux pays.
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