Édition internationale

Simona Kossak : une vie sacrée dans la dernière forêt primaire d’Europe

Dans la série de portraits que France Culture consacre aux figures qui murmurent à l’oreille du vivant, une silhouette se détache de la brume polonaise et s’invite dans deux épisodes d’Une histoire particulière, produits par Simonetta Greggio. Simona Kossak, biologiste issue d'une dynastie d'artistes, a choisi de quitter sa vie professionnelle à Cracovie pour la solitude de la forêt, frontière végétale entre la Pologne et Bélarus. Retour sur le destin d'une femme devenue l'âme de la dernière forêt primaire et ô combien fragile d'Europe.

Maison forestière de la forêt de Bialowieza - © S. GreggioMaison forestière de la forêt de Bialowieza - © S. Greggio
Maison forestière de la forêt de Bialowieza - © S. Greggio
Écrit par Paul Mercier
Publié le 9 mars 2026

 

 

Une rupture avec la tradition familiale

Issue d'une illustre lignée de peintres originaires de Cracovie, Simona Kossak semblait promise à un destin tracé par les traditions de la haute société polonaise. Pourtant, elle a fait le choix de rompre avec cet héritage pour se consacrer à la biologie et à la préservation du vivant.

Son refuge ? La forêt de Białowieża, située à la frontière entre la Pologne et le Bélarus. Ce lieu n'est pas un simple décor : c'est une forêt unique en Europe, un sanctuaire où elle a choisi d'installer son lieu de vie, dans un respect de l'écosystème, avec des bisons comme plus proches voisins

 

Białowieża : le sanctuaire oublié

Le paradis de Simona n'est pas un bois ordinaire. Située à la frontière entre la Pologne et le Bélarus, la forêt de Białowieża est le dernier vestige de la forêt tentaculaire qui recouvrait autrefois la plaine européenne. Ici, les chênes sont millénaires et les bisons d'Europe, rescapés de l'extinction, règnent en maîtres. C’est dans ce décor unique, à la fois somptueux et hostile, que Simona Kossak s’est créée un véritable foyer.

 

Une biologiste au combat

Décédée en 2007, son engagement ne fut pas celui d'une contemplation passive des beautés de la nature. Scientifique rigoureuse, Simona Kossak s'est battue avec une ténacité rare pour la protection de ce sanctuaire. Elle s'opposait fermement à l'exploitation forestière et à la chasse de loisir, dénonçant la vision anthropocentrée de la gestion des forêts.

Elle était convaincue que l'homme devait réapprendre à être un invité de la nature, et non son propriétaire. Ses travaux sur l'écologie comportementale des mammifères ont jeté un pont entre la science dure et une empathie profonde pour l'animal.

 

Sa cabane "Dziedzinka" : vivre au cœur du vivant

Le symbole de sa vie est sa maison, Dziedzinka. Une cabane forestière isolée, sans électricité ni eau courante, où elle a vécu pendant plus de trente ans. Ce lieu n'était pas une forteresse, mais une arche.

Les auditeurs de France Culture imagineront sans peine, au fil des deux épisodes, l'ambiance sonore de ce refuge : le craquement de la neige, le souffle des sangliers qu'elle soignait, ou encore le cri d'un corbeau apprivoisé qui volait à ses côtés. Les arbres respirent. Ils pleurent même quand on les tronçonne. Vivre à Dziedzinka était un acte politique et spirituel : prouver qu’une cohabitation totale, respectueuse et dénuée de domination était possible entre l’humain et la bête sauvage. Bref, « faire corps » avec la forêt.

 

Esprit de la forêt

 

💡 Simona Kossak, l’esprit de la forêt - Documentaire en deux parties, pour l'écouter Cliquez ici

Un documentaire de Simonetta Greggio.
Romancière franco-italienne partageant sa vie entre Paris et la Provence, Simonetta Greggio publie en janvier 2026 son nouveau récit intitulé Le Souffle de la forêt. Ce « roman du réel » retrace le destin de Simona Kossak. L’enquête minutieuse de l'autrice a d'ailleurs servi de base au documentaire de France Culture. Déjà reconnue pour ses ouvrages marquants comme Dolce Vita, Bellissima, L'Ourse qui danse ou Mes nuits sans Bardot, elle explore ici avec poésie le lien entre l'humain et l'animal. En redonnant vie à cette figure majeure de la défense environnementale, elle signe un portrait vibrant d'une icône écolo trop longtemps méconnue.

Dans ce documentaire interviennent :
Le cercle proche : Joanna Kossak, nièce de Simona et peintre, ainsi que Małgorzata Kwiędacz, amie et voisine de Simona à Dziedzinka.

Le regard des experts et activistes : Anna Kamińska, journaliste et biographe de Simona Kossak, et Adam Wajrak, journaliste et activiste écologiste polonais.

La perspective scientifique et créative : Le biologiste et auteur de bandes dessinées naturalistes Tomasz Samojlik.

Le récit gagne en émotion grâce aux voix d'archives de Simona Kossak elle-même et de son compagnon, le photographe Lech Wilczek, témoignant de leur vie en immersion totale dans le respect le plus total de la forêt.

 

 

 

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