Le cœur humain mis à nu dans « The Place »

Par Anaïs Lucien-Belliard | Publié le 21/02/2022 à 09:02 | Mis à jour le 21/02/2022 à 09:02
Photo : « The Place » de Paolo Genovese (2017) un film qui explore la noirceur des passions humaines.
The Place de Paolo-Genovese.

« Le cœur est tortueux plus que tout, et il est incurable. Qui peut le connaître ? » dit la Bible. Ange ou démon, psychopathe ou être clairvoyant, l’Homme (Valerio Mastandrea) vous prose un pacte. Faites-lui votre requête, soumettez-lui votre souhait et en échange d’un acte abominable vous en verrez peut-être la réalisation.

 

 

The place (2017) est un long-métrage en huis clos réalisé par Paolo Genovese. Adapté de la série américaine The Bouth at the End, il suit les péripéties de dix personnages en proie aux doutes, à la confusion, mais surtout au désespoir. Un homme mystérieux, assis à la même table d’un café, reçoit la visite de dix hommes et femmes qui entrent et sortent à toute heure de la journée pour le rencontrer et se confier. Il a la réputation d’exaucer le vœu de chacun en échange d’un défi à relever. Tous se précipitent à sa rencontre. Mais pourquoi et jusqu’où iront-ils pour réaliser leurs désirs ?

 

La légende de Faust réactualisée

On ne peut pas regarder The Place tout en ignorant la légende de Faust ou à minima celle d’Aladin et la Lampe Magique. Un souhait, un vœu contre une promesse de réalisation feraient perdre la tête aux plus sensés d’entre nous. C’est la quête effrénée du bonheur dans toute sa splendeur, l’homme et la femme face à leur l’hybris.

 

The Place de Paolo Genovese

 

Le cœur de l’Homme mis à nu

Sacrifier l’enfant d’un autre pour voir le sien vivre. Détruire le mariage d’un voisin pour voir le sien restaurer. Retrouver la vue, récupérer l’être aimé, obtenir une faveur imméritée… Il existe pléthore de raisons pour un être humain de passer de l’autre côté du voile des passions ; celles que l’on cache et que l’on se cache. The Place, est ce lieu où des individus viennent à leur propre rencontre. L’Homme est un miroir qui garde tout, qui retient tout. Jamais il ne prodigue de conseils, il vous observe, vous écoute attentivement en prenant ses notes, vous laisse vous battre et vous débattre contre vous-même, tandis que l’horreur s’impose à vous de manière inéluctable car, « vous le ferez », ou du moins vous essaierez.

 

The Place

 

L’individualisme occidental porté à son paroxysme

Faire le mal pour un bien, est bien peu de chose lorsque l’on sait qu’au bout se trouve la clé de notre Salut. Et c’est bien là tout le nœud du problème exposé dans The Place. Jusqu’où une femme, un homme, peuvent-ils aller pour se sentir à nouveau heureux, sans même avoir la garantie que leur soumission produira les fruits escomptés.

 

 « On m’a dit que vous aidiez les gens à obtenir ce qu’ils voulaient. – Disons que j’offre des possibilités. »

L’Homme qui donnait à manger aux monstres

Le film de Paolo Genovese n’est assurément pas une œuvre fantastique. On ne voit ni apparitions surnaturelles, ni implications occultes. C’est un drame qui joue sur le mystère d’un phénomène que l’on ne comprend pas et qui prend la forme d’un homme que l’on pourrait au premier abord prendre pour un psychanalyste. Tout au long du film, on s’interroge sur sa nature, ses objectifs, ses désirs, sa vie à l’extérieur de ce bar où il semble demeurer du soir au matin, à tel point que l'on en vient à se demander s’il n’en est pas le propriétaire.

 

The Place

 

Un individualisme rompant avec le pacte social

Pourtant, quelques indices viennent perturber le spectateur. L’omniprésence du principe du pacte, la présence du feu qui consume les vœux accomplis ou définitivement renoncés, l’extrême vanité des dix personnages et cette question qui plane constamment : « Croyez-vous en Dieu ? » Ce à quoi l’Homme répond finalement et, non sans malice : « J’aime les détails. » Alors, est-il le diable ? Ou bien, est-il un diable, celui de nos passions, celui des monstres que Femmes et Hommes apprennent à discipliner depuis leur plus tendre enfance afin de vivre en société.

 

The Place de Paolo Genovese

 

The Place a été nominé six fois aux David di Donatello, dont une nomination pour meilleure réalisation et une autre pour meilleur acteur pour Valerio Mastandrea. Doté d’un fabuleux casting parmi lequel on retrouve Alessandro Borghi, Sabrina Ferilli, Marco Giallini, Vittoria Puccini, Rocco Papaleo et Alba Rohrwacher, le long-métrage de Genovese est un magnifique drame qui nous emmène aux confins les plus immondes de l’âme humaine.

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