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Accueil des migrants : Gabriel Attal, Jarosław Kaczyński twittent, Donald Tusk marche

Depuis le jeudi 23 mai 2024, on assiste à une véritable mêlée de rugby à l’échelle européenne. Le coup d’envoi a été lancé à Paris sur le plateau de France 2, à l’occasion d’un débat organisé entre Gabriel Attal, Premier ministre français et Jordan Bardella, président du Rassemblement National et tête de liste pour les élections européennes, prévues le 9 juin 2024, qui a pointé le manque de coopération des « pays qui aujourd’hui refusent d'accueillir des demandeurs d’asile : les pays de l’Est. (...) ». La rédaction décrypte pour vous les réactions en France et en Pologne. 

Photo : Pixabay RosZiePhoto : Pixabay RosZie
Photo : Pixabay RosZie
Écrit par Cécile Aurand
Publié le 7 juin 2024, mis à jour le 16 juin 2024

 

« Les pays de l’Est » ne sont pas solidaires, dixit Gabriel Attal 

Sur le plateau de France 2, à l’occasion d’un débat organisé entre Gabriel Attal, Premier ministre français et Jordan Bardella, président du Rassemblement National et tête de liste pour les élections européennes, prévues pour le 9 juin 2024, qui a lancé :

« Mais cette solidarité, ce n’est pas la France, ou les villages français qu’elle va concerner en premier lieu comme vous le dites [ en s’adressant à Jordan Bardella ], c’est les pays qui aujourd’hui refusent d'accueillir des demandeurs d’asile : les pays de l’Est. Et vous vous rendez compte : on a réussi à leur faire signer un accord dans lequel ils disent : Soit on accueille, comme le fait la France, l’Italie, l’Espagne, soit on contribue financièrement aux mesures qui sont prises pour protéger la frontière extérieure. »

Pendant ce temps, du côté de Varsovie, Donald Tusk n’en démord pas et continue d’affirmer que la Pologne ne serait ni obligée d'accueillir des migrants, ni de verser des compensations. 

Cependant, Gabriel Attal campe sur sa position et a défendu que les pays d’Europe de l’Est [NDLR la Pologne est un pays d’Europe centrale] sont dans l’obligation d’accueillir des migrants ou bien d’apporter un soutien financier aux pays fortement touchés par les crises migratoires. Il n’en faut pas plus à Jarosław Kaczyński pour internationaliser la partie : selon le PiS, Prawo i Sprawiedliwość, Droit et Justice, le parti qu’il dirige, le Premier ministre polonais, Donald Tusk trahit ses engagements. Pour l’instant, ce dernier botte en touche et n’a pas répondu. L’arbitre de cette partie d’invectives ? Les élections européennes. 

 

💡 La pomme de discorde : la refonte du règlement Dublin
- Le règlement Dublin, adopté en 2013 se veut clair : c’est dans le premier pays européen que traverse un migrant que sa demande doit être traitée. Malte, l’Italie, la Grèce et l’Espagne ont vu la pression migratoire à leurs frontières augmenter. 
- Selon l’étude réalisée par le Parlement européen, entre 2008 et 2017, dix pays de l’Union Européenne (sur les 27 actuels) ont traité 90 % des demandes d’asile de l’Union. 
- Une réforme de cette procédure est en cours : elle est actuellement étudiée au Parlement européen et doit ensuite être validée par les chefs d’État et de gouvernement des pays membres. 
Les enjeux sont immenses pour la Pologne, qui a toujours refusé d'accueillir ces migrants : le pays y sera obligé, ou bien il devra payer un équivalent financier de 20.000 euros par migrants. 
- Les pays récalcitrants pourront également apporter une contribution financière à la gestion des frontières extérieures de l’Union européenne.
- Cette répartition des migrants entre les différents pays européens pourrait concerner jusqu’à 30.000 personnes par an, selon les données de l'Union européenne.

 

 

Donald Tusk (KO) maintient une position similaire à celle de Mateusz Morawiecki (PiS)

Le 10 avril 2024, le vote au Parlement européen du Pacte européen sur la migration et l'asile a été l’occasion pour Donald Tusk de faire entendre une position similaire à celle de l’ancien gouvernement du PiS, sur cette question : 

« Nous verrons quelle sera la version finale de ce pacte, j'ai certaines capacités ou aptitudes à construire certaines alliances, et il est certain que le mécanisme de relocalisation, ou le fait de payer pour ne pas accepter [ les migrants] , ce mécanisme ne s'appliquera pas à la Pologne. » Donald Tusk, le 10 avril 2024.

"Zobaczymy, jaka będzie ostateczna wersja tego paktu, ja mam pewne możliwości, czy zdolności budowania pewnych sojuszy i z całą pewnością mechanizm relokacji, albo płacenia za to, że nie przyjęło się (migrantów), ten mechanizm Polski nie będzie dotyczył". Donald Tusk, le 10 avril 2024.

Une position similaire à celle du PiS, Prawo i Sprawiedliwość, Droit et Justice, pour un texte négocié en partie par l’ancien Premier ministre, Mateusz Morawiecki, issu de ce parti.

Et les correspondances ne s’arrêtent pas là : les deux partis à l'échelle européenne se sont prononcés contre. NDLR : la Coalition Civique, parti de Donald Tusk est nommée Europosłowie Koalicji Obywatelskiej au Parlement européen.

 

💡 Sur quels critères Tusk se fonde-t-il pour exempter la Pologne ? 
-  Donald Tusk est formel : l'accueil massif d’Ukrainiens permettra à la Pologne d’obtenir une dérogation à ces nouvelles règles : « La Pologne a accepté des centaines de milliers de migrants en lien avec la guerre en Ukraine » “ Polska przyjęła setki tysięcy migrantów w związku z wojną w Ukrainie “.
- La Pologne pourrait alors bénéficier de la solidarité des autres pays membres de l’Union européenne.

 

 

Le 23 mai 2024, Gabriel Attal affirme que la Pologne devra se plier aux règles 

Sur le plateau de la chaîne de télévision publique française, France 2, Gabriel Attal, lors de la soirée-débat télévisée avec Jordan Bardella « Évènement, Européennes 2024 » sur le thème « Immigration, quelles solutions européennes ? » a réaffirmé que les nouvelles règles n’étaient pas négociables.

Si sa virée sur l’Europe centrale est passée inaperçue dans les médias français, elle a enflammé les scènes politiques et médiatiques en Pologne : « La question qui est posée, c’est comment est-ce qu’on trouve le moyen le plus efficace de mettre fin à cette immigration clandestine ? J’assume, avec Valérie Hayer [ tête de liste du parti Renaissance aux élections européennes ], de soutenir le Pacte Asile et Migration qui vient d’être adopté (...). Et on a effectivement une solidarité dans l'accueil. Mais cette solidarité, ce n’est pas la France, ou les villages français qu’elle va concerner en premier lieu comme vous le dites [ en parlant à Jordan Bardella ], c’est les pays qui aujourd’hui refusent d'accueillir des demandeurs d’asile : les pays de l’Est. Et vous vous rendez compte : on a réussi à les faire signer un accord dans lequel ils disent “Soit on accueille, comme le fait la France, l’Italie, l’Espagne, soit on contribue financièrement aux mesures qui sont prises pour protéger la frontière extérieure. Vous [ Jordan Bardella],  proposez des mesures sans queue ni tête qui ne sont partagées par personne en Europe. »  

 

 

 

Pour le PiS, l’occasion fait le larron 

C’est le patron du PiS en personne, Jarosław Kaczyński, qui monte au créneau. Il ne prend pas de détour pour attaquer Donald Tusk, son adversaire du KO, Koalicja Obywatelska : Gabriel Attal l’a publiquement désavoué.

« Le mensonge de Tusk a été exposé par le Premier ministre français Gabriel Attal, qui, lors d’un des débats télévisés, a explicitement déclaré que le pacte migratoire ne concernerait pas les villes françaises, mais les pays d’Europe de l’Est, qui seraient les premiers à en faire les frais. » Jarosław Kaczyński, le 26 mai 2024

"Kłamstwo Tuska obnażył francuski premier Gabriel Attal, który podczas jednej z debat telewizyjnych wprost stwierdził, że pakt migracyjny nie będzie dotyczył francuskich miasteczek, ale państw ze wschodniej Europy i że to one będą nim obciążone w pierwszej kolejności". Jarosław Kaczyński, le 26 mai 2024

 

 

 

Les députés du PiS exigent des explications de Donald Tusk

Mardi 28 mai 2024, sur le compte Twitter du PiS, les députés Droit et Justice (PiS) Mariusz Błaszczak et Krzysztof Szczucki ont appelé le Premier ministre Donald Tusk à contester le Pacte européen sur la migration et l'asile devant la Cour de justice de l’Union européenne.

 

 

Le parti du PiS a également demandé l’ouverture d’une session extraordinaire du Sejm, nadzwyczajne posiedzenie Sejmu.

Pour le PiS, c’est la dernière pièce du puzzle qui s’imbrique : « Si le gouvernement actuel ne réagit pas, ce sera une nouvelle vérification de la thèse selon laquelle il s'agit d'un gouvernement extérieur, qui représente en fait des intérêts étrangers et poursuit un programme étranger ici. » “Jeżeli ten obecny rząd nie zareaguje, to będzie to kolejna weryfikacja tezy, że to jest rząd zewnętrzny, w istocie reprezentujący obce interesy i realizujący tutaj obcą agendę.”

 

 

 

Le président Macron s’en mêle 

Lors de sa visite d’État en Allemagne, Emmanuel Macron a saisi l’occasion de la Fête de l’Europe à Dresde le 27 mai 2024 pour dénoncer, sans les nommer, les politiques polonaises à l’égard de l’Union européenne. 

« Regardons en Europe le moment illibéral que nous vivons, où beaucoup regardent et se disent à quelques kilomètres d’ici “ Prenons l’argent de l’Europe, mais oublions l'indépendance des juges ! Prenons l’argent de l’Europe, mais oublions la liberté de la presse ! Prenons l’argent de l’Europe, mais oublions la diversité de la culture.” (...) Ce vent mauvais souffle en Europe, c’est une réalité. Alors, réveillons-nous ! ». Emmanuel Macron à Dresde, le 27 mai 2024, à l’occasion de la Fête de l’Europe.

 

 

Valérie Hayer vise la Pologne, mais pas uniquement

Sur la chaîne de télévision privée française CNews le 30 mai 2024 dans l’émission « Quelle France, Quelle Europe » à l’occasion d’un débat avec François-Xavier Bellamy, Valérie Hayer renouvelle les affirmations de Gabriel Attal. La candidate tête de liste du parti Renaissance, le parti présidentiel, a réaffirmé l’obligation pour tous les pays de l’Union européenne, y compris la Pologne, de respecter l’ensemble des dispositions du Pacte européen sur la migration et l'asile : « Aujourd’hui la France assume sa part sur l'accueil des demandeurs d'asile. et demain, avec les textes qu’on a voté, la Pologne assumera sa part, la Slovaquie également, la Suède assumera sa part également. »

 

 

Donald Tusk en marche vers les élections européennes

Donald Tusk a profité du rassemblement organisé par la Plateforme Civique, Platforma Obywatelska,  sur la place du château de Varsovie, Plac Zamkowy w Warszawie, le 4 juin 2024 à 18h pour répondre à ses adversaires du PiS : « Les listes électorales du parti Droit et Justice pour le Parlement européen sont en fait des mandats d’arrêts » , "Listy wyborcze PiS do Parlamentu Europejskiego są tak naprawdę listami gończymi". 

 

💡 Si la réponse de Donald Tusk s’est longtemps faite attendre, c’est que la date n’a pas été choisie au hasard : le 4 juin est une date très symbolique en Pologne : le 4 juin 1989, la fin du communisme a été votée dans le pays.
- Le 4 juin 2023, Donald Tusk avait également organisé un rassemblement sur la place du château de Varsovie.

 

4 juin : 500.000 manifestants à Varsovie pour « une Pologne européenne démocratique »

 

 


Pour Donald Tusk, l’enjeu des élections européennes est en Ukraine

Le Premier ministre n’a pas répondu sur le fond du débat sur la mise en place en Pologne du Pacte européen sur la migration et l'asile, car selon lui, les débats pour l’élection du 9 juin 2024 devraient plutôt concerner la réponse européenne face aux menaces russes :

« Aujourd'hui, je vous ai convoqués à Varsovie pour que nous puissions dire tous ensemble, le plus fort possible, à tout le monde, en Pologne et en Europe : ce jour-là, le 9 juin, ces élections seront aussi importantes que les élections du 4 juin 1989. (...) Croyez-moi, là-bas, au Kremlin, pour eux, la possible conquête politique de Bruxelles serait plus importante que la conquête de Kharkiv. » Donald Tusk le 4 juin 2024 à Varsovie

“Dzisiaj zwołałem was do Warszawy po to, żebyśmy wszyscy razem, jak najgłośniej, zwrócili się do wszystkich i w Polsce i w Europie: ten dzień - 9 czerwca, te wybory będą równie ważne jak te 4 czerwca 1989 roku. (...) Uwierzcie mi - tam, na Kremlu dla nich ewentualne polityczne zdobycie Brukseli byłoby ważniejsze niż zdobycie Charkowa.” Donald Tusk 4 czerwca 2024 r. w Warszawie

 

 

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