Écriture des Sept Monts : Rêve sans rimes aux arômes de Rome

Par Le Petit Journal de Rome | Publié le 21/03/2021 à 13:00 | Mis à jour le 22/03/2021 à 09:01
statues-of-Rome- écriture - concours

Laissez vous bercer par la douce mélancolie du poème-nouvelle  de Marie Derley, arrivée troisième au concours de nouvelles littéraires « Écriture des Sept Monts » du Petit Journal de Rome

 

C’est dimanche, il fait glacial et c’est la pandémie.

Double peine.

Je voudrais retourner à Rome.

Je peux : j’ai jeté une pièce dans la Fontaine de Trevi.

Mais je ne peux pas : les frontières sont fermées.

Fermer les yeux. Faire le tour des sept collines.

 

Aventin, partir à l’aventure, franchir les murs,

je m’y vois, fouler les avenues, entre azur et avenir,

découvrir les rues, les places, la beauté, la pauvreté,

trouver le passé, s’enivrer

 

Cælius, son nom en « ussse »

comme Romulus et Remus, Septimius Severus, Janus, Vénus

Passer du mythe, aux antiques splendeurs des bâtisseurs

regarder le ciel par la fenêtre, sur le lit d’hôtel, en decubitus

le ciel découpé de pins parasols où s’accrochent les cumulus

rêver, rêver toujours, malgré le satané virus

 

Esquilin, je m’esquiverais, je partirais sans laisser de trace

pour recommencer une vie sous une autre identité

avec un aquilon qui rafraîchirait les étés trop chauds

De ruelles en escaliers, passer dans le moyen-âge

les tours, les forteresses et les églises exquises

plus nombreuses que les dévots, mille excuses

 

Palatin, regard au loin sur la colline des potins

Papoter devant les palais, les villas de la Renaissance

Quand j’étais petite, ayant appris le latin dans Obelix

je croyais que Domus Augustana

c’était le domicile de dame Augusta

 

Quirinal qui ne cesse de construire

qui s’embarque et s’enquille dans le baroque

revoir la fontaine de Trevi où les êtres ravis

jettent les pièces de leurs envies

 

Viminal, descendre par les voies vicinales

vitales pour la ville devenue capitale

revoir le Vittoriano, au coin de la via où j’ai vécu

et les palais Mussolini, aux lignes fluides et pures

 

Capitole, les oies sont devenues folles

les certitudes capitulent pendant qu’un virus pullule

nous voici, espèce menacée comme des colonnes décapitées

les civilisations passent, les humains passent

s’en aller en voiture décapotée, capter le vent

Tous les chemins mènent à Rome,

alors pourquoi pas mon chemin ?

 

Ce pays où je n’ai pas vécu

qu’en coup de vent

en coup de pierres, en coup de mer,

pour quelques jours de voyage, d’impressions,

marcher à en avoir les mollets durs

et les pieds sales dans les sandales

ce pays où je n’ai pas vécu

qu’en pensées

tous les siècles à la fois,

 

ce pays où je n’ai pas vécu

que j’ai lu dans ses pierres

dans ses livres, dans ses gens

ses marchands, ses passants et

ses voyageurs amoureux

 

ce pays où je n’ai pas vécu

qui me manque

comme s’il était celui d’une vie défunte

comme s’il était de mon passé

comme si je l’avais oublié

 

il y a eu un avant dont je me souviens

il y aura des après

 

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Marie Astrid Roy

Rédactrice en chef de l'édition Rome.

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