Place Cavour, l’association qui accompagne les artistes français à Rome

Par Lepetitjournal Rome | Publié le 10/05/2022 à 23:00 | Mis à jour le 10/05/2022 à 23:00
montage de photos d'une exposition d'art

Rencontre avec Emilie Courtel, chargée de projet pour l’association place Cavour - art contemporain, qui accompagne les artistes français à Rome pour mettre leur travail en valeur.

 

Quel parcours vous a conduit à Rome et à la création de cette association pour l’art contemporain ?

Je suis arrivée à Rome pour un Erasmus, après un cursus Exposition - production des œuvres d’art contemporain à l’université de Lille. J’ai ensuite travaillé chez les collectionneurs Mario Pieroni et Dora Stielfelmeier, qui ont créé une radio en ligne et un musée dédié aux formes sonores de l’art. De retour en France, j’ai travaillé pour le projet du prix Wicar de la Ville de Lille, qui permet des résidences d’artistes à Rome. Connaissant la ville, je pouvais aider les artistes à créer des liens avec Rome, par exemple en montrant leur travail sur place. Aussi, de retour en Italie, j’ai constitué en février 2020 avec Benjamin Masil et Ludivine De Souza l’association place Cavour - art contemporain. Elle vise à créer des échanges entre la France et d’autres pays, et ne se focalise par sur l’exposition comme point final, mais s’intéresse à ce qui fait œuvre. Je suis chargée de projet pour l’association à Rome, mon rôle est donc de mettre en valeur tous les éléments qui permettent de créer l’œuvre finale, à travers des rencontres, des visites d’ateliers, tout en accompagnant les artistes.

Pourquoi ce nom, place Cavour - art contemporain ?

Nous voulions nous interroger sur les lieux de l’art contemporain autres que les musées, et l’idée de la place représentait un lieu beaucoup plus ouvert. Cavour est un personnage historique très important en Italie, on trouve une piazza Cavour dans chaque ville, mais aucune en France. La France et l’Italie formaient le point de départ de l’association, maintenant nous essayons de développer des projets ailleurs, notamment en Belgique, en Allemagne et au Royaume-Uni.

Quelles sont les principales initiatives de place Cavour ?

En vitrine est un projet mené en collaboration avec l’Institut français Centre Saint-Louis de Rome, qui permet de valoriser des artistes français dans les vitrines de l’Institut. Ce projet est né de la volonté de montrer l’art dans des lieux non institutionnels, comme des restaurants, des magasins ou des hôpitaux. L’espace de la vitrine nous a paru évident avec le Covid, puisqu’il nous permettait de montrer à tous de l’extérieur, sans être dépendant des restrictions. Actuellement, une œuvre d’Hugo Villaspasa et ses carnets y sont exposés.
La deuxième principale initiative est Open studio, qui donne un aperçu d’ateliers d’artistes, principalement à travers la résidence Wicar de la Ville de Lille. Nous documentons et archivons nos rencontres avec des artistes, en décrivant sonorement leurs ateliers et en prenant quelques photos. L’open studio est ensuite disponible en ligne, avec ces premiers éléments nous voulons donner envie au public d’en découvrir plus.

Avez-vous cherché à réaliser des partenariats avec d’autres institutions pour en vitrine ?

Les vitrines de l’Institut Français Centre Saint-Louis de Rome sont particulièrement adéquates pour exposer. Il existe beaucoup de contraintes à montrer des œuvres d’art dans un tel endroit, davantage que dans un lieu fermé : la lumière du soleil est directe, les variations de températures sont très importantes. Dans l’avenir, nous pourrions utiliser d’autres vitrines remplissant les conditions pour exposer, mais en évitant que ce soit associé à une logique purement commerciale.

Place Cavour porte une attention particulière au processus de création artistique, comment pensez-vous développer cet aspect ?

L’une de nos idées est d’utiliser la vidéo pour montrer le processus de fabrication d’une œuvre, dans l’espace public ou bien dans un musée, par exemple avec un grand timelapse. Ce projet fait partie, avec en vitrine et open studio, des trois champs que nous cherchons vraiment à développer.
Au cours de mon expérience avec Dora Stiefelmeier et Mario Pieroni, j’ai notamment été assistante de Jimmie Durham quand il était à Rome, je m’occupais des aspects logistiques. Je me suis donc rendue compte que le contact quotidien avec l’artiste et ses œuvres, la connaissance de ses influences et de sa façon de travailler donnent une perception différente de celle que l’on a en allant dans un musée ou voir une exposition. S’intéresser au processus de création à travers ces différents projets permet de se rapprocher de l’aspect humain de l’artiste.

En quoi consiste la résidence Wicar, et quel est votre rôle dans ce projet ?

Le peintre Jean-Baptiste Wicar a légué en 1834 à la ville de Lille son appartement en plein cœur de Rome, en spécifiant qu’il devrait être à disposition exclusivement des artistes français de la région lilloise. La ville de Lille répond donc au testament : un jury sélectionne chaque année des artistes désirant faire une résidence de trois mois à Rome. Ils doivent présenter un projet en rapport avec le territoire romain ou italien, et qui doit s’inscrire dans leur parcours créatif. Certains artistes veulent par exemple travailler sur la Domus Aurea ou sur l’architecture abusive de Rome. Sur place, ils sont libres, leur projet peut évoluer, au gré des rencontres et des découvertes. La ville de Lille charge place Cavour de faciliter le séjour des artistes, de les aider grâce à notre connaissance de la ville et de la culture italienne, par exemple pour rencontrer des spécialistes d’un thème, ou pour apprendre une technique qu’ils souhaitent développer.
Depuis quelques années, une exposition est organisée à leur retour à Lille, dans l’Espace Le Carré, « Formats à l’italienne », que nous essayons de montrer ensuite à Rome. L’année dernière, l’artiste Jonathan Pêpe a photographié des objets au musée d’art étrusque en 3D, il en a fait un film, présenté à Lille puis à la Villa Giulia. C’est l’essence du projet Wicar : l’artiste apprend sur le territoire romain, crée une œuvre qui est montrée au public lillois, lui permettant de voyager, et retourne ensuite à Rome pour faire découvrir au public romain la perception un peu différente des artistes français sur la culture italienne.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

L’exposition « Formats à l’italienne » s’est déroulée en janvier dernier à Lille avec les artistes Manon Thirriot, Lise Lerichomme, Sylvain Konyali et Vir Andres Hera. Nous aimerions que ces quatre artistes qui ont fait leur résidence l’année dernière à Rome puissent revenir cet été ou cet automne pour montrer leur travail. Nous nous interrogeons actuellement sur la forme et le lieu de cette exposition. Il s’agit aussi d’aider l’artiste à trouver des possibilités, des contrats à Rome. Jonathan Pêpe, par exemple, après avoir montré son film à la Villa Giulia, a été invité au festival de cinéma de la villa Médicis pour présenter un autre film.

Quels sont vos futurs projets pour développer l’association ?

Pour l’instant, nous développons en vitrine et open studio. Notre association est encore petite, nous dépendons des cotisations de nos adhérents, ce qui nous permet de dégager un budget pour rembourser les frais avancés – par exemple pour le transport ou le montage d’exposition - mais qui reste très modeste. Dans notre partenariat avec l’Institut français, pour l’instant, nous n’opérons pas d’échange financier. Les frais d’exposition sont partagés, l’association s’occupe notamment du paiement des droits d’exposition pour l’artiste. Nous essayons toujours que les artistes soient rémunérés, bien que notre activité relève plus de l’accompagnement, de l’ingénierie des projets.
Nous espérons pouvoir embaucher dans un futur proche, et développer notre collaboration avec des institutions voulant accompagner des artistes français. Notre association se positionnerait à côté de ces institutions, comme des consultants. Le stade arrivera, je l’espère, où les structures culturelles sauront qu’elles peuvent passer par nous si elles souhaitent approcher un artiste.
Nous pourrions également nous intéresser à d’autres formes d’art contemporain, comme les performances, le cinéma, tout en explorant des nouveaux lieux alternatifs d’exposition, comme les librairies. Les possibilités de développement sont presque infinies, elles dépendent des rencontres que nous ferons, du terrain.

 

Dans les vitrines de l’Institut Français Centre Saint-Louis de Rome actuellement : Hugo Villaspasa jusqu’au 15 mai et Marco Ferrini du 25 mai au 17 juillet.

Propos recueillis par Eléné Pluvinage

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