Rome : 43 arrestations liées aux activités mafieuses de la ‘Ndrangheta

Par Lepetitjournal Rome | Publié le 11/05/2022 à 20:07 | Mis à jour le 12/05/2022 à 14:37
Photo : @Marco Chilese, Unsplash
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Des années d’enquête ont permis d’identifier la branche romaine de la célèbre mafia calabraise et de procéder, ce mardi 10 mai 2022, à de nombreuses arrestations.  


« L'opération la plus importante jamais réalisée dans la capitale contre la 'Ndrangheta ». Ainsi le président de la région Latium, Nicola Zingaretti, a-t-il qualifié d’un tweet le passage à l’acte des services de lutte contre la mafia dans le cadre de l’opération « propaggine » – « ramification » en français. Ouverte en 2016, l’investigation visait à démanteler l’antenne officielle de la 'Ndrangheta à Rome et s’est soldée en ce début de semaine par 77 arrestations, dont 43 dans la capitale.


Le premier « locale di Roma » autorisé par la ‘Ndrangheta

L’enquête du parquet anti-mafia de Rome (DDA), rejoint par la Direction nationale d’investigation antimafia (DIA), a tout d’abord permis d’identifier les deux hommes qui dirigeaient le détachement autonome de la mafia calabraise à Rome.

Tout commence en 2014, lorsqu’Antonio Carzo sort de prison. En treize ans derrière les barreaux à n’avoir dit un mot, il a acquis la confiance de ses supérieurs de la ‘Ndrangheta. L'organe collégial qui trône au sommet de celle-ci, connu sous le nom de « Provincia » ou « Crimine », le remerciera un an plus tard : c’est à l’été 2015 qu’Antonio Carzo reçoit l’autorisation de créer la ‘ndrina romaine. Pour diriger cette première structure locale, il s’associe à Vincenzo Alvaro, qui opère dans la capitale depuis 15 ans déjà.

Ensemble, ils importent les traditions de la 'Ndrangheta, sa langue, ses rites et ses modes d’action typiques, au cœur de la ville éternelle. Le « locale di Roma » est toutefois unique en son genre : il jouit d’une autonomie significative dans la gestion de ses activités et a la particularité de ne pas chercher à prendre le contrôle du territoire. Antonio Carzo et Vincenzo Alvaro entreprennent principalement d’investir dans la restauration et les commerces de proximité pour blanchir les importantes sommes d’argent qu’ils tirent de leurs activités criminelles. Pour ce faire, ils achètent aussi bien des clubs, des bars et des restaurants que des boulangeries, des poissonneries et des supermarchés, qu’ils attribuent à des prête-noms.


Une enquête qui remonte jusqu’à la ‘ndrina calabraise

Les recherches de la DIA l’amènent jusqu’en Calabre, et plus précisément jusqu’aux confins de Reggio Calabria, où le « locale di Roma » fait l’objet d’une enquête correspondante. Conjointement, les différents services antimafia retracent les liens unissant l’organisation romaine et les villages de Sinopoli et Cosoleto, où la ‘Ndrangheta est enracinée : c’est ainsi qu’ils découvrent que certaines figures de la région, sérieusement soupçonnées d’occuper des postes hauts-placés dans l’organisation calabraise, sont parentes du binôme romain.

L’enquête permet aussi de montrer qu’en dépit de sa grande autonomie, la structure romaine conserve des rapports étroits avec la « maison-mère » calabraise, appelée à résoudre les éventuels désaccords des associés romains ou à décider de la hiérarchie criminelle de la capitale.

Le cordon ombilical rattachant l’antenne de Rome aux villages voisins de Reggio Calabria semble par ailleurs expliquer le fort intérêt des associés pour les élections municipales de Cosoleto, en 2018. Leur copinage avec un des candidats à la mairie a été révélé, donnant raison à Nicola Zingaretti de rappeler que « la mafia est un danger pour la démocratie ».


Une opération hors-normes saluée par les autorités

Les forces de l’ordre italienne parlent elles-mêmes de « maxi opération ». Ce mardi, ce sont le siège de la police romaine, les Carabinieri du Latium comme de Calabre et la Garde des Finances de Rome ainsi que de Reggio Calabria qui ont été mobilisées pour donner l’assaut. Au total, les autorités ont pu préventivement mettre la main sur 24 sociétés enregistrées à des noms d’emprunts. À l’image de l’ex Gran Caffè Cellini, situé au cœur du quartier Primavalle, les locaux saisis se situent principalement dans les quartiers nord de Rome.


Luz Escoubes

 

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