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Minute franco-italienne : Les beaux jours du cambrioleur

Par Françoise Danflous | Publié le 26/11/2020 à 21:40 | Mis à jour le 27/11/2020 à 09:35
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En français comme en italien, ce qui se cache derrière le mot cambrioleur, a de quoi étourdir !

Il y a des mots comme ça, qui laissent un arrière-goût de bienveillance rien qu'à les lire même si la chose ou créature qu'ils désignent n'est pas fréquentable.  Prenons « cambrioleur ». Frac, monocle et gibus, il rappelle à tous et très vite le souvenir d'un Arsène Lupin de belle allure, voleur certes mais gentleman et séducteur avant tout. Et puis, on ne sait pas pourquoi, certains mots sonnent bien, comme cambriole qui rime avec babiole ou cabriole ou gaudriole. En fait, tout est fait ici pour amadouer et pourtant, pourtant le mot, comme la personne, n'est pas exactement le voyou chic qu'il donne à voir.

Le français de la rue et l'italien montrent que c'est entre les murs d'une chambre, dite « cambriole » en argot (du provençal « cambro » venu de l'italien « camera ») qu'il agit.  Un « cambrioleur » est donc, au sens premier, un voleur de chambre, et pas forcément de beaux appartements. Bon, ça n'en fait ni un gentleman, la chambre est la pièce la plus intime et privée de la maison, ni un superman car c'est la moins habitée le jour, donc la plus sûre pour chaparder en toute impunité.

Le français et l'italien plus modernes ne laissent d'ailleurs planer aucun doute sur ses méchantes habitudes et le désignent sous le terme éloquent de « casseur », « scassinatore » en italien. Quoi qu'il en soit, le « cambrioleur » français est un couard, c'est dit. Son alter ego italien, le « svaligiatore » (peu couru, le mot « dévaliseur » n'existe que dans la langue littéraire) a, disons, le courage de s'enhardir hors les murs, courir les gares et les chemins pour arracher les valises (« svaligiare », qui donna notre « dévaliser ») en pleine lumière et risquer gros.
Oui mais non. Avec notre homme, les choses rebondissent tout le temps. Les gènes du cambrioleur révèlent aussi de grands espaces car, surprise, dans « cambrioleur » il y a « cambrousse », familièrement pour campagne. L'expression « garçon de cambrouse » (avec un seul s) exista il y a longtemps pour signifier d'abord un « garçon logé dans un bouge » puis un « voleur de grands chemins ». Cambrousse, donc : campagne, province reculée ou trou perdu de toute façon en plein air et mal famés. Zut alors, notre Arsène n'est pas le pantouflard qu'on croyait, il peut sévir partout...

Le bougre, on le voit, cache tout le temps son jeu. Et il a encore un dernier tour dans son sac si les choses tournent au vinaigre car l'étymologie lui réserve des cousins haut placés. Le mot « cambrioleur » côtoie, dans la chambre dont il est issu, deux personnages aux drôles de noms, le « camerlingue » (préposé de la chambre du Pape) et le « chambellan » (préposé de la chambre du roi), directement descendus d'un seul et même « camerlengo » italien. Évidemment, ça peut servir. Mais quand même, tout ce beau monde au coude à coude, à vie, pour une canaille de première, y a pas de justice !

 

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1 Commentaire (s) Réagir
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Maria mar 01/12/2020 - 09:49

C'est vrai , dans l'imaginaire collectif le cambrioleur exerce une certaine fascination et pourtant ce mot ne devrait avoir qu'une connotation négative

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