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Emna Neifar: "développer Bio c’ Bon en Italie était un vrai challenge"

Par Marie-Astrid Roy | Publié le 25/04/2018 à 00:13 | Mis à jour le 25/04/2018 à 18:42
Photo : Emna Neifar, franco-tunisienne expatriée à Milan est Chief commercial Officer chez Cortilia
Neifar Emna Bio c'Bon Italie

Rencontre avec Emna Neifar, jeune expatriée franco-tunisienne en Italie devenue Chief commercial officer chez Cortilia. A travers son parcours, elle nous raconte – avec une pointe d’humour - ses difficultés et ses satisfactions dans un marché du travail dans lequel elle a su s’imposer.

 

Lepetitjournal.com/Milan : Qu’est-ce qui vous a amenée en Italie ?
Emna Neifar : Je suis arrivée il y a près de 5 ans pour suivre mon désormais ex-compagnon français qui travaillait pour une entreprise française. Mais je ne voulais pas rester inactive : après avoir fait mes études à HEC et travaillé chez Deloitte en France, j’ai rapidement cherché un travail. Et c’est là que le fondateur de Bio c’ Bon, M. Brissaud, m’a proposé de développer la chaîne en Italie qui a ainsi été le 1er pays étranger de développement de Bio c’ Bon, avant l’Espagne ou encore la Belgique.

 

Et comment ça se passe quand on est une Française, âgée de 30 ans et tout juste arrivée dans une ville méconnue dans laquelle on doit développer une telle chaîne de magasins ?
J’ai passé 4 ans chez Bio c’ Bon et c’était un vrai challenge, extrêmement intéressant. Il fallait d’abord connaître la ville et le marché immobilier milanais pour trouver les meilleures localisations, ce qui m’a amenée à parcourir des kilomètres en vélo ! Il fallait aussi connaître très vite les différences entre les marchés français et italien, les habitudes de consommation, pour faire l’assortiment adapté. Par exemple, les Italiens privilégient les confitures sans sucres comme 1er choix (contrairement aux Français) et le matin, ils ne font pas de tartines donc le beurre n’a pas la même place.


Vous avez également découvert comment travailler avec des Italiens…
Il s’agissait d’un autre défi : gérer les Italiens ! Ils font preuve d’une très grande créativité dans l’interprétation d’un process. Par exemple, on leur envoyait des directives sur la disposition des produits mais au final chacun faisait à sa sauce car « ça [leur] semblait plus joli selon la disposition de la vitrine ». Leur créativité fait que suivre les règles est toujours un peu challenging. Mais toujours dans la bonne volonté d’améliorer.


Aujourd’hui, il existe 17 magasins Bio c’ Bon à Milan, le marché du bio connaît une croissance constante depuis plusieurs années en Italie. A-t-il encore de beaux jours devant lui ?
L’Italie est assez saturée au niveau de l’offre pour l’alimentaire en général. Dans l’alimentaire biologique, la Péninsule est le leader européen en matière de production – notamment du fait de son climat et d’une main d’œuvre moins chère - mais pas de consommation. Certes la croissance de +20% est constante mais elle ne représente qu’à peine 3% des dépenses alimentaires des consommateurs. En France, on évolue vers les 5%.


65% de la consommation du bio se fait dans le Nord de l’Italie contre 24% dans le centre et 11% dans le Sud. Comment expliquer de telles différences de consommation entre les régions ?
Sans surprise, le Sud reste plus traditionnel et moins convaincu du bio. Les Italiens de ces régions privilégient, valorisent l’agriculteur qu’ils connaissent en fréquentant leur marché habituel. Mais il existe aussi beaucoup d’offre bio dans la Sud, non certifiée. Les agriculteurs ne traitent pas leurs produits, ils les vendent bio de facto mais sans label, qui a un coût.


Après la naissance de votre 1er enfant en septembre dernier, vous avez changé de travail pour devenir Chief commercial officer chez Cortilia. On peut dire que vous devenez une experte française de l’agroalimentaire italien ?
Le projet m’intéressait car il y a une vraie philosophie derrière Cortilia : une notion de traçabilité des produits conjuguée à une valorisation de l’agriculteur individuel. Je suis ainsi passée d’un système où la star c’est le produit à un système où la star est celui qui l’a produit avec un focus sur l’italianité.  Cela traduit une tendance italienne qui est de plus en plus sophistiquée.
J’ai été recrutée pour deux missions : l’une marketing, l’autre liée aux achats. C’est un peu un comble une Française qui guide une équipe italienne sur des produits alimentaires uniquement italiens comme le capocollo qui est une institution ici. J’ai dû beaucoup étudier toutes les spécialités locales pendant mon congé maternité !


Ce que vous préfèrez de l’Italie ?
Mon compagnon ! Mais sinon la gastronomie, l’histoire qui est liée à chaque chose que l’on mange, avec la théâtralisation, la sacralité des recettes auxquelles on ne peut pas toucher.


Ce que vous appréciez le moins ?
Lorsqu’on est une fille, que l’on est jeune et que l’on est amenée à diriger, il y a encore un regard suspicieux. En plus, je suis française avec des origines tunisiennes donc la minorité de la minorité. Si certaines entreprises ouvertes peuvent comprendre que la diversité est enrichissante, cette notion n’est pas assez développée en Italie.
Il faut dire qu’il y a encore peu de melting pot. Au final, à Milan quand on parle de diversité c’est parce que l’un vient des Abruzzes et l’autre du Molise.

 

Cortilia est un marché agricole en ligne qui met en contact les consommateurs et les agriculteurs permettant de faire ses courses comme à la campagne.
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