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ALBERT BAGNO – Le marionnettiste Titi-Parigot

Par Lepetitjournal Milan | Publié le 19/03/2013 à 00:02 | Mis à jour le 19/03/2013 à 06:39

Pour ce nouveau volet de "Graine d'entrepreneur", la rédaction vous ramène en enfance. Albert Bagno, l'enfant de Paris et Italien d'adoption est un personnage haut en couleur. Ce marionnettiste, reconnu internationalement amuse les enfants du monde entier depuis 40 ans. Rencontre avec un saltimbanque au phrasé fleuri !

Le gamin de Paname
Il se définit lui-même comme un "fêlé du ciboulot" ! Albert Bagno, c'est un Parisien et ça se sent. Il a toujours le verbe juste et narquois. Les expressions argotiques et poétiques typiquement parisiennes qu'il emploie le prouvent. Il a grandi dans le IIIe arrondissement de la capitale, non loin de la place de la République dans ce Paris d'après-guerre, marqué par les horreurs du nazisme, plein d'espoir et de joie. Son Paris c'est "les bistrots, les clodos, les putes". Ses références, c'est Jean Ferrat, Yves Duteil mais surtout Jacques Tati. Malgré le temps qui passe, il n'a jamais perdu ses yeux d'enfant. Ce gamin juif vit la vie comme si toute l'horreur que sa communauté a vécu pouvait se reproduire. Fils d'un représentant culturel, vivant dans le quartier du Caveau de la République, il grandit en allant au spectacle au moins trois fois par semaine. Drôle, il l'est même avec des sujets qui ne le sont pas. "Je suis un produit hybride, un condensé de génocide" dit-il pour parler de son père juif et de sa mère arménienne.

Les p'tits papiers
Il aime Paris et jure d'avoir été heureux dans ce quartier qui l'a vu grandir. Paris et la France sont d'ailleurs au c?ur de ses créations encore aujourd'hui, 40 ans après s'être installé de l'autre côté des Alpes. Albert Bagno, c'est un artiste au sens pur du terme. Il crée. Son crédo, ce sont les marionnettes. Mais attention, pas n'importe lesquelles : les marionnettes en papier qu'il confectionne lui-même. Le choix du papier, il l'explique par la fragilité de la matière comme pour exprimer la "fragilité de la vie". Le papier, c'est tout un monde technique mais aussi philosophique. Son hymne c'est évidemment "Les p'tits papiers", chanté par Régine et écrit par Gainsbourg. Paris, toujours Paris !
Mais que seraient ses marionnettes en papier sans une jolie histoire pour les mettre en scène ? Là encore, Albert Bagno excelle. Il a écrit, créé et mis en scène 35 spectacles et a fait rire les enfants du monde entier. Son petit théâtre est à son image : anarchique et bordélique, mais ça lui plait bien. Il n'aime pas le faste. S'agrandir, moderniser sa sono, il y a pensé mais il "préfère les mots à la techno" comme il le dit. Il n'est pas contre le progrès, à condition qu'il y ait un intérêt. Il utilise par exemple les réseaux sociaux.
Ses marionnettes et ses spectacles ont aussi un but clinique, thérapeutique. Il a d'ailleurs reçu un prix de la Croix Rouge pour l'utilisation des marionnettes. Albert Bagno est aussi souvent parti à la rencontre des enfants du monde en Corée ou en Iran. Il a même joué un spectacle dans un camp de réfugiés en Serbie lors de la guerre de Yougoslavie.

"La loi italienne, c'est la loi romaine"
Albert Bagno ne s'arrête pas là, il représente l'Italie dans le monde au sein de l'UNIMA (Union internationale de la marionnette), organisme qui dépend de l'UNESCO. Il en est membre depuis 1976 et a fondé le centre italien en 1980. Depuis, il est chargé de mission pour l'UNIMA. Son rôle est de créer de nouveaux centres dans tout le bassin méditerranéen.
En Italie depuis 40 ans, il a épousé une femme du coin. Il vit non loin de Lecco dans le Nord, vue sur les montagnes. Aurait-il quitté Paris autrement ? "On ne quitte jamais vraiment Paris" dit-il. En Italie, la législation ne l'a pourtant guère aidé. Créer une entreprise en Italie s'avère un combat et il vaut mieux avoir les nerfs solides. Le marionnettiste dit simplement qu'il faut l'accepter. "La loi italienne, c'est la loi romaine : personne n'a raison et personne n'a jamais vraiment tort" lance-t-il. Albert Bagno a mis 10 ans à faire accepter son entreprise. C'était il y 40 ans, bien avant les accords économiques entre les états européens mais ça n'a pas beaucoup changé. La loi ne prévoit pas de statut pour les créateurs d'entreprise seuls dans le domaine du spectacle. Comme si un artiste ne pouvait pas être entrepreneur. Mais pour Albert, ça fait partie du charme : "Les Italiens ne comprennent pas les artistes mais ils les adorent". Il sait qu'il doit se battre pour acquérir la confiance d'un Italien mais les rapports n'en sont que plus vrais une fois le temps du jugement passé. En Italie, si vous vous battez, vous pouvez monter très haut. "C'est un prêté pour un rendu ici" nous confie notre saltimbanque.

Aurélien Bureau (LePetitJournal.com de Milan) ? mardi 19 mars 2013

www.albertbagno.com

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