Vendredi 27 novembre 2020
Édition Internationale
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OIF : « Le français est une langue d’avenir »

Par Aurélie Billecard | Publié le 22/10/2020 à 18:00 | Mis à jour le 22/10/2020 à 18:00
Oria Vande Weghe Francophonie OIF

Dans cet entretien exclusif, Oria Vande Weghe, directrice de la communication et porte-parole de  la Secrétaire générale de la Francophonie (OIF), nous a confié comment l’institution s’est mobilisée face à la crise sanitaire, et à quels enjeux font face les pays de l’espace francophone.

 

Comment l’espace francophone s’est mobilisé face à la crise ?

L’espace francophone est très vaste et diversifié. Nous avons 88 Etats et gouvernements membres de l’OIF, dont 54 de pleins droits. Nous sommes répartis sur les cinq continents.

Les pays européens sont les plus touchés : France, Suisse, Belgique… Les pays du Sud, membres de pleins droits, constituent le plus grand bloc (30 pays), mais sont assez paradoxaux dans cette crise. C’est la région du monde où l’épidémie a été la moins dure, au niveau sanitaire, mais où les conséquences économiques ont été les plus rudes. Nous avons été frappés par la rapidité avec laquelle les pays africains ont réagi. Beaucoup ont eu le courage de prendre des mesures qui pouvaient les impacter économiquement, mais qui étaient nécessaires pour les populations.

Dès le début de la crise, l’action de l’Organisation Internationale de la Francophonie s’est centrée sur l’éducation avec une mise à disposition rapidement d’un grand nombre de ressources pédagogiques sur notre site, Nous avons également agi dans le secteur du numérique, en réunissant, sur une plateforme, des initiatives en lien avec le contexte sanitaire. L’OIF a ainsi fédéré, une grande communauté d’acteurs et d’actrices de terrain répartis sur les cinq continents qui ont échangé sur des solutions innovantes pour répondre à la crise. C’était une vaste opération d’appels à projets, où nous avons stimulé la créativité des acteurs numériques dans l’espace francophone. De-là ont découlé plusieurs initiatives citoyennes, sociales ou encore éducatives.

 

Cette année, lOIF a 50 ans. Comment fêtez-vous cet anniversaire en cette période de crise ?

La célébration du 50e anniversaire, qui devait avoir lieu à Niamey au Niger, a malheureusement été avortée à cause de la pandémie. C’est un grand regret pour nous, car c’était un événement important. L’OIF considère que 50 ans est l’âge de la maturité, où l’on se pose un certain nombre de questions. Nous avons entamé, depuis le début du mandat de la Secrétaire générale Louise Mushikiwabo et avec l’ensemble de nos états et gouvernements tout un travail de réflexion sur l’avenir de l’Organisation dans un contexte multilatéral très compliqué. Cet anniversaire était l’occasion de lancer ce travail de réflexion sur soi, mais aussi un temps fort de communication : l’occasion de rappeler à l’espace francophone qui nous sommes et en quoi nous pouvons lui être utile. Nous avons remarqué que l’OIF n’était pas très connue du grand public, alors que les populations sont directement concernées par ses actions. C’est un de nos grands défis aujourd’hui.

 

L’espace francophone fait face à plusieurs enjeux. Notre mission est de rendre les formations et les outils d’apprentissage accessibles au plus grand nombre.

 

Comment va se dérouler le prochain Sommet de la Francophonie ?

Nous pensons qu’il se déroulera bien ! Malheureusement, il a été décalé, comme tous les événements en 2020. Il aura lieu l’année prochaine, à Djerba en Tunisie. C’est un sommet très important pour nous. Déjà, ce sera le premier de la secrétaire générale depuis son élection, le premier en Afrique du Nord, et le premier du chef de l’Etat tunisien, Kaïs Saïed, qui a été élu récemment. Cette rencontre des Chefs d’Etat de la Francophonie est un moment politique important, et nous regrettons qu’il ne se soit pas déroulé cette année comme cela était prévu.

 

Pouvez-vous nous parler du projet de congrès mondial des écrivains de la langue française ?

Le congrès mondial de langue française est une idée du président Emmanuel Macron, lancée le 20 mars 2018 (journée internationale de la Francophonie). Il en a reparlé lors du sommet d’Erevan en Arménie. Il trouvait étonnant qu’il n’y ait toujours pas, à ce jour, de congrès réunissant tous les écrivains de la langue française dans le monde. Cela n’a jamais été fait. Lorsque le président a rencontré la Secrétaire générale après sa prise de fonction en mars 2019, ils ont décidé d’aller de l’avant sur ce projet, qui a été reporté à l’année prochaine. Aucune date précise n’a été fixée pour l’instant.

Leila Slimani, représentante personnelle de la francophonie d’Emmanuel Macron, dirige un comité littéraire s’occupant de l’organisation de l’événement. Ce comité, soutenu par l’OIF et par la Tunisie (où doit se tenir le congrès), est composé des écrivains Felwin Sarr, Véronique Tadjo, Michel Le Bris, Fawzia Zouari, et Yanick Lahens.

 

Si une femme a accès à l’éducation et est autonome, elle est armée pour défendre ses droits

 

Quels sont les enjeux actuels de l’espace francophone ?

L’espace francophone fait face à plusieurs enjeux. Le premier est la jeunesse, car l’espace francophone est très jeune. Cette année, la Francophonie a mené une grande consultation de la jeunesse, qui a révélé que les jeunes du monde entier partagent des aspirations et attentes similaires : avoir un emploi, bénéficier d’une éducation de qualité et vivre dans un environnement sain. Des problématiques qui sont toutes au cœur de l’action de l’OIF. Le numérique est un autre grand enjeu pour nous. Nous parlons d’entrepreneuriat, mais dans de nombreux pays membres, nous avons une partie de la population qui n’a pas accès à Internet, et donc aux outils nécessaires pour rentrer sur le marché du travail. Comment pouvons-nous accéder à ce secteur si nous n’avons pas les bases ? Notre mission est de rendre les formations et les outils d’apprentissage accessibles au plus grand nombre.

Nous avons également la question des femmes. Beaucoup d’organisations mondiales ou régionales travaillent sur les questions d’égalité femmes-hommes. Nous avons choisi de nous focaliser sur deux aspects essentiels: l’éducation et l’autonomisation. Nous n’avons pas la capacité de nous investir sur tous les terrains, mais si une femme a accès à l’éducation et est autonome, elle est armée pour défendre ses droits.  C’est dans cet esprit qu’une initiative est née pendant la pandémie. Nous allons lancer fin novembre, un grand fonds de solidarité pour les femmes de l’espace francophone baptisé « La Francophonie avec Elles ». Il répond à un constat : quand le monde va mal, les premières personnes fragilisées sont toujours les femmes.  Grâce à ce fonds, nous allons soutenir des projets visant à aider ces femmes à sortir de la précarité, et à passer de l’économie informelle à des sources de revenus plus stables.

 

L’avenir peut-il se penser en français aujourd’hui ?

L’avenir peut se penser dans toutes les langues. Il n’y a pas une langue ayant le monopole de la pensée, de l’ambition ou des rêves. Le français est bien entendu une langue d’avenir, avec 300 millions de locuteurs dans le monde. Les prédictions disent qu’en 2050, nous serions 750 millions. Pour atteindre ce nombre, tout dépendra des efforts que nous mettrons dans l’éducation en français.

Aujourd’hui, de plus en plus d’universités dans le monde enseignent en anglais, et de nombreuses langues viennent concurrencer le français, comme le chinois et le turc. Ces langues sont peut-être un peu plus connectées avec le monde des affaires. L’OIF pense que l’avenir peut se réfléchir en français, mais il faudra, à un moment, le décomplexer et lui permettre de devenir langue d’opportunités. Notre langue est souvent perçue comme élitiste, poétique, parfois diplomatique. Le français est bien plus que cela.

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Aurélie Billecard

Étudiante en management culturel et journalisme, fille d’expatriés en Asie et en Europe pendant une dizaine d’années, elle a rejoint l’équipe de la rédaction internationale.
2 Commentaire (s)Réagir
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mexicnous sam 24/10/2020 - 11:13

Opinion tout à fait contraire. Le français est une langue en pleine décadence, il suffit de voir et d'écouter comment parle la majorité des gens. Un vocabulaire exécrable, des centaines de mots anglicisés qui ne veulent rien dire. Totalement incapables de créer ou d'inventer de nouveaux mots si ce n'est en ajoutant la terminaison ING à la fin. Incapables de prononcer les mots en entier quand ils parlent, serait-ce la marque de la décadence par la fainéantise ?

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CHRISTIAN lun 02/11/2020 - 10:54

effectivement de plus en plus Français utilises des mots usuel en Anglais pour se valoriser ?? les Enfants et les Etudiants utilise sur leur téléphone ou tablette des sigles pour communiquer !! les jeunes d'origine étrangère ont de grande difficulté pour parler et écrire le Français usuel . vous avez encore beaucoup de travail pour valoriser la langue Française . bon courage .

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