Samedi 28 novembre 2020
Édition Internationale
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J-C Deberre : « L’enseignement français est un phare pour l’avenir ! »

Par Némo Empis | Publié le 21/10/2020 à 18:00 | Mis à jour le 22/10/2020 à 09:33
Photo : @Mlf
 Deberre Mission laïque française enseignement

Rentrée scolaire exceptionnelle, situation de crise au Liban ou encore campagne de recrutement, Jean-Christophe Deberre revient avec nous sur l’actualité mouvementée de la Mission laïque française, dont il est directeur général.

À rentrée exceptionnelle, dispositif exceptionnel. Après la fin d’année scolaire dernière chamboulée par la pandémie, la Mission laïque française (MLF) a tenu à préparer au mieux la rentrée 2020-2021. Jean-Christophe Deberre, directeur général de la MLF souligne l’efficacité d’adaptation dont a fait preuve l’association. « Nous nous étions dûment préparés et avions prévu tous les scénarios possibles pour l’accueil des élèves précise-t-il, nous avons été très instruits par l’expérience du confinement et l’effort a été énorme de la part de nos équipes pour former et accompagner les effectifs pédagogiques à l’enseignement à distance. » La solution privilégiée pour la plupart des établissements s’appuie sur un modèle bimodal, sorte de compromis entre l’enseignement à distance et le présentiel. « Le taux de satisfaction est très élevé dans nos établissements même si on ne peut pas en attendre autant que pour un enseignement entièrement en présentiel », poursuit le directeur général.

La principale difficulté rencontrée par le réseau réside dans le fait que chaque état souhaite allier de la meilleure des manières ses principes de précautions sanitaires et ses principes de fonctionnement économique et social, « ce qui rend les situations extrêmement mouvantes selon les pays, et donc plus de complications au niveau de l’organisation. » Pourtant la MLF a su s’adapter au contexte général et Jean-Christophe Deberre l’assure, « tous nos établissements fonctionnent en cette rentrée ! Tous sauf au Liban où la situation est encore plus exceptionnelle. »

L’inquiétude libanaise

Les difficultés sanitaire, économique, monétaire, sécuritaire… toutes sont conjuguées là-bas, au Liban. Après l’explosion du 4 août survenue sur le port de Beyrouth et la situation sanitaire qui n’a fait que s’aggraver, les autorités libanaises avaient décidé un report de la rentrée scolaire. Celle-ci s’est effectuée à plusieurs vitesses selon les zones géographiques du pays. Un temps de latence qui a permis à la MLF de prendre une initiative pour venir en aide aux enfants les plus défavorisés, des écoles publiques notamment. En partenariat avec l’association des anciens élèves des lycées français du monde (ALFM), la Solidarité Laïque, l’Association Franco-Libanaise pour l’Éducation et la Culture (AFLEC) et l’Agence pour l’Enseignement à l’Étranger (AEFE), un élan de solidarité a été créé et a largement porté ses fruits. « Nous avons déterminé une classe d’âge prioritaire, les enfants de 6 à 11 ans détaille Jean-Christophe Deberre, aujourd’hui le collectif est en mesure d’acheminer 5000 voire 6000 kits scolaires qui seront livrés dans une quinzaine de jours dans la capitale. »

Des chiffres encourageants certes, mais qui n’empêchent pas le directeur général de la MLF de rester lucide, « la situation varie tellement d’une semaine à une autre que nous sommes sans cesse obligés de la réévaluer avant de prendre des décisions » se désole le directeur. L’enseignement à distance préconisé par le ministère de l’Éducation amène une forte attente parentale sur la qualité de la prestation scolaire, « avec toutes ces modalités, je pense que chacun se rend compte qu’il y a un risque de déperdition de l’apprentissage » confie Jean-Christophe Deberre. Une inquiétude ressentie notamment après quelques licenciements de personnel local pour faire face à la crise. « Nous espérons évidemment récupérer des éléments au fur et à mesure, mais pour l’instant c’est très compliqué » assume-t-il.

Une campagne de recrutement encourageante

Outre l’exception libanaise, sûrement celle qui confirme la règle, la Mission laïque française se porte plutôt très bien. En marge de la rentrée scolaire, une campagne de recrutement significative a été mise en place puisque pas moins de 200 postes étaient à pourvoir. « L’association ouvre très largement son recrutement désormais : on ne s’adresse pas uniquement à des personnels enseignants classiques mais à toutes les personnes qui souhaitent connaître l’expatriation pour un temps donné, des jeunes par exemple », s’enthousiasme le directeur du réseau. Des perspectives de développement claires et affichées au grand jour, « il faut continuer à croire en cet enseignement insiste Jean-Christophe Deberre, nous sommes convaincus qu’en accompagnant ce personnel dans une formation adaptée à l’enseignement français à l’extérieur, la Mission laïque pourra aboutir à la meilleure offre scolaire possible. » Pour le directeur général, cette dynamique correspond pleinement à la réalité. Une réalité moins pessimiste que ce que l’association pouvait craindre.

La concurrence ? Une excellente nouvelle pour l’enseignement français à l’étranger ! 

Mais ces envies de développement intéressantes sont en fait, quasiment nécessaires. Il y a peu de temps encore, l’enseignement français - avec comme point d’ancrage le baccalauréat - était la marque scolaire la plus répandue au monde. « Aujourd’hui nous ne sommes pas seuls, la concurrence est rude. Ce n’est d’ailleurs pas une mauvaise nouvelle puisque cela nous oblige à être meilleurs, à élargir notre offre et à communiquer encore plus hardiment » souligne Jean-Christophe Deberre. Cette concurrence qu’évoque le directeur vient aussi de la montée en gamme des systèmes publics et privés dans les différents pays, « là aussi, c’est une excellente nouvelle ! L’éducation est probablement le secteur qui a le plus progressé dans l’esprit des gens et dans les priorités qu’ils accordent à leurs enfants. » Pour progresser, le système éducatif hors de nos frontières doit encore apprendre à l’international selon le directeur de la MLF, tout en conservant l’essentiel du programme et de la signification qu’il a. Un ordre de marche qui semble plaire puisque - malgré la crise et l’appauvrissement constatés dans tous les pays - l’association a eu l’agréable surprise de voir son effectif scolaire reconstitué par rapport à l’an dernier.

L’Afrique comme perspective d’avenir ?

Une amélioration du système proposé par le réseau passera sans aucun doute par l’élargissement de celui-ci. « L’Afrique est l’une des zones prometteuses pour le développement de l’empreinte éducative française, pas uniquement l’Afrique francophone d’ailleurs » interpelle Jean-Christophe Deberre. Pour lui, c’est un élément essentiel dans l’optique d’un cheminement à long terme de la part de la Mission laïque française, qui doit elle même s’adapter aux différentes régions du globe, « le succès que l’on peut avoir, on l’a en s’inscrivant dans des contextes où les sociétés souhaitent que leur propre langue, leur propre culture soient intégrées, comprises, reconnues et respectées dans l’enseignement que l’on diffuse. » Cette reconnaissance est d’ailleurs sûrement le virage majeur à prendre pour l’association, et Jean-Christophe Deberre en est conscient, « on ne peut plus se permettre d’accueillir des enfants issus du pays dans lequel on se trouve sans prendre en compte leur culture. » D’autant plus que les établissements de l’étranger scolarisent de moins en moins d’élèves français, l’expatriation marquant légèrement le pas.

Pour exemple, le directeur général évoque les États-Unis, « on remarque que notre enseignement progresse difficilement là-bas parce que la concurrence est forte, il faut donc que nous soyons très forts sur les questions du plurilinguisme et de l’interculturel. » Des problématiques qui concerneront son successeur, puisque Jean-Christophe Deberre passera prochainement le flambeau de la direction générale après 11 ans à la tête de la Mission laïque française. Il en retiendra « une expérience passionnante, l’enseignement français à l’étranger étant un véritable phare pour l’avenir du pays. »

Némo Empis

Némo Empis

Diplômé d'un master de journalisme, il a rejoint la rédaction parisienne de lepetitjournal.com. Némo est passé par Casablanca pour un stage de deux mois chez RadioMars.
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