Anne Genetet : « Il n'y a pas un pays qui fait autant pour ses ressortissants »

Par Maël Narpon | Publié le 09/02/2022 à 18:00 | Mis à jour le 16/02/2022 à 13:21
Anne Genetet, la députée de la 11ème circonscription des Français de l'étranger (Asie, Océanie, Europe orientale)

Reconnaissance des vaccins étrangers, vote des Français expatriés, aides sociales pour ces derniers, crise ukrainienne ou encore Jeux Olympiques d’hiver, dans une interview exclusive pour lepetitjournal.com, la députée Anne Genetet a abordé sans détours les thèmes importants de l’actualité des Français de l’étranger.

 

Anne Genetet est la députée LaREM de la vaste 11ème circonscription des Français de l’étranger, comprenant l’Asie, l’Océanie et l’Europe orientale, qui comptabilise 150.000 ressortissants enregistrés sur les listes consulaires, dont 92.000 électeurs. A l’écoute des Français de sa circonscription, c’est sans langue de bois qu’elle aborde toutes les questions pouvant les concerner. Du secours occasionnel de solidarité à l’élection présidentielle 2022, en passant par les Jeux Olympiques de Pékin et la reconnaissance des vaccins étrangers, aucun sujet d’actualité n’est laissé de côté.

 

Que pouvez-vous nous dire du secours occasionnel de solidarité, renouvelé pour 2022 ?

Il y a là un effort sans précédent du gouvernement français qui se tient comme jamais aux côtés des communautés françaises à l’étranger. Tous les ans, une ligne dans le budget du ministère des Affaires étrangères est dédiée à l'aide sociale d'environ une quinzaine de millions d'euros par an. Elle est réservée à des situations d'extrême précarité. Une partie de cette aide peut d'ailleurs être éventuellement utilisée pour des situations d’indigence, voire pour rapatrier des individus en France. Cependant, ces 15 millions d'euros, rapportés au nombre de Français à l’étranger, ne représentent qu’une somme assez faible par individu. Avec le Covid, nous nous sommes trouvés avec un budget d'aide sociale monté d'un seul coup à 50 millions d’euros, ce qui n’était jamais arrivé.

 

 

J’insiste sur ce point car c'est exceptionnel. Il n'y a pas un pays qui fait autant pour ses ressortissants. Même nos grands voisins européens, comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, qui reste géographiquement européen, ne font absolument rien pour leurs communautés. SOS Covid est ainsi une aide sans précédent. Elle avait été au départ négociée par le ministre pour pouvoir permettre aux Français à l'étranger d'être alignés sur un dispositif mis en place en France au tout début de la crise en 2020. Il permettait à certaines familles en grande difficulté, notamment celles qui perdaient leur travail, de récupérer une petite allocation s'élevant d’une centaine d’euros par personne du foyer en une seule fois. Cette aide ponctuelle a été transformée et maintenant nous sommes passés à une aide mensuelle. L'aide peut éventuellement être adaptée aux familles en fonction de leur situation, elle varie également en fonction des pays.

 

Tant que nous verrons des Français en difficultés économique et sociale, ils seront aidés

Cette aide de 50 millions d'euros n'a pas été entièrement consommée et chaque année le reliquat a été reporté sur l'année suivante s'ajoutant au budget de l'aide sociale. Ainsi, pour 2022, un reliquat de 8,5 millions d'euros sera ajouté aux 15,2 millions d'euros d'aide sociale budgétée, et ce sont donc près de 24 millions d'euros qui seront disponibles pour venir en aide aux plus fragiles ou fragilisés par la crise. Tant que nous verrons des Français en difficultés économique et sociale, ils seront aidés. Dans cette crise extrêmement fluctuante, il faut être capable d'être souple et de réagir en fonction de ce qui se passe dans les différents pays. Le gouvernement a considéré que, au vu des données qui remontaient de l’étranger, il était important de rajouter 15 millions d'euros. Ce budget vaut pour 6 mois, nous referons le point à ce moment-là.

 

Quelles sont les solutions possibles pour les Français dont le vaccin (comme Sputnik) n'est pas reconnu en France ?

Il faut bien comprendre que toute la politique d'homologation des vaccins est une politique européenne, comme ça l'est pour tous les produits de santé. Cette procédure d'homologation européenne suit de très près l'homologation américaine, et l'homologation de l'OMS qui ajoute quelques situations d'exception. Il se trouve que le Sputnik n'a été homologué ni par l'Agence européenne ni par l'OMS parce que les deux organismes n'ont jamais reçu les données complémentaires demandées à la Russie, nécessaires pour achever l'homologation. La procédure est bloquée pour cette raison et les individus vaccinés au Sputnik sont assimilés à des personnes non vaccinées. Ceci peut paraître sanitairement étrange puisqu'on sait que des personnes se sont vaccinées avec le Sputnik et ont pu prouver qu’ils disposaient d’anticorps. Cela ne garantit cependant pas une protection et confirme seulement le contact avec le virus.

 

Où en est la procédure d’homologation des vaccins étrangers à l’heure actuelle ?

Nous ne pouvons pas aller plus loin sans les données manquantes des Russes. Il ne faut absolument pas y voir une quelconque vengeance ou un enjeu géopolitique français. Ce n'est pas un sujet français. S'il y a de la géopolitique, elle est du côté des Russes.

 

Nous nous attendions à ce que Sputnik soit homologué

Pourquoi ne veulent-ils pas donner leurs données complémentaires alors même qu'en novembre 2020 une équipe de scientifiques français s'est rendue à Moscou pour visiter les locaux du laboratoire qui produit le Sputnik et est revenue avec un avis extrêmement positif sur ce vaccin ? Nous nous attendions à ce qu'il soit homologué. Il ne faut pas oublier que d'un autre côté les Russes ne reconnaissent pas les vaccins européens.

En ce qui concerne les deux vaccins chinois Sinopharm et Sinovac, les données complémentaires ont été produites, ce qui a permis à ces deux vaccins de rentrer dans ce qu'on appelle une procédure d'urgence de l'OMS. Celle-ci a ensuite établi un protocole pour que deux injections d'un des deux vaccins chinois complétées par une injection d'un vaccin à ARN puissent valider un schéma vaccinal complet (avant rappel).

 

Comment les Français établis en Ukraine vivent-ils la crise avec la Russie ?

L'Ukraine et la Russie faisant partie de ma circonscription, je suis en contact régulier avec des Français qui habitent dans chacun des deux pays. Côté russe, le sujet n'est pas au centre des préoccupations. Côté ukrainien, il y a une vraie vigilance mais pour l’instant je ne ressens pas une profonde inquiétude. Il y a cependant un souhait très fort que la France puisse aider à prendre une initiative diplomatique pour cesser la pression qui pèse sur eux. Il faut avoir en tête que la pression russe sur l'Ukraine est effective depuis 2014. Quand j'y étais en juillet 2021, je me suis rendu sur la ligne de démarcation entre l'Ukraine et la Crimée et j'ai bien vu les troupes russes de l'autre côté.

 

En France, les médias en font beaucoup en parlant d'invasion proche et possible de l'Ukraine par les Russes

Cependant, à aucun moment les Français avec qui je suis en contact ne m'ont dit vouloir rentrer en France ou évacuer une partie de leur famille. L'école française continue à fonctionner. Ils continuent à faire leurs courses, à faire du sport, à partir en vacances, à aller au cinéma. La vie n'a pas changé. En France, les médias en font beaucoup en parlant d'invasion proche et possible de l'Ukraine par les Russes. Les Ukrainiens et les Français établis en Ukraine me paraissent beaucoup plus circonspects. Ils savent qu'il y a une pression et je ne les crois pas naïfs, mais je les ai sentis extrêmement vigilants.  Le discours qui ressort est le suivant : « pourvu que cela ne nous arrive pas, mais pour ce faire, il va falloir nous aider ». Il y a vraiment une demande d'aide.

 

Quelle est votre position sur la tenue des JO de Pékin et le boycott de certains pays ?

Je suis très heureuse que cette grande compétition sportive puisse s'ouvrir, et ravie que nos athlètes aient pu s'y rendre dans des conditions qui ne sont pas faciles pour eux. Ils sont totalement séparés du reste de la population. Je me demande où est l'esprit des Jeux Olympiques. C'est normalement une grande fête dans un pays et il y a une forme de communion de la nation tout entière autour de cet événement. J'interrogeais encore récemment des Français qui sont en Chine et qui m'ont dit ne pas avoir constaté d'engouement autour des Jeux olympiques.

 

Nous ne retrouverons pas dans ces Jeux l'esprit olympique que nous aimerions retrouver

Le pays a essayé et essaie encore de stimuler l’engouement. A l'occasion des célébrations du Nouvel An lunaire, une petite partie du programme était consacrée aux JO d'hiver. Je regrette que ces JO ne soient pas de vrais JO. Il n'y aura pas cet esprit olympique à 100% parce que la crise Covid a bon dos et permet aux Chinois de faire une scission hermétique entre la partie olympique festive et le reste de la population chinoise. Je trouve ça extrêmement dommage. Nous ne retrouverons pas dans ces Jeux l'esprit olympique que nous aimerions retrouver à chaque fois, et et que nous avions pu avoir aux JO de 2008. Même la presse n’est pas autorisée à avoir quelque contact que ce soit avec la population chinoise.

 

Il ne faut pas mélanger la politique et l’esprit olympique

La Chine fait face à de fortes critiques de la part de l'Occident, même s'il ne faut pas faire des JO une scène politique. En ce sens, je ne suis pas forcément d'accord avec le boycott diplomatique. Je suis donc complètement en phase avec la position française. Il ne faut pas mélanger la politique et l’esprit olympique. Pour autant, les premiers à mélanger les deux sont bien les Chinois. Leur manière de répondre à toutes les critiques est de se défaire de l'esprit olympique en séparant les athlètes et tout ce qui a trait à la compétition du reste de la population chinoise. Ce sont eux qui font de la politique, pas nous.

 

Quel enjeu représente le vote des Français établis à l'étranger pour la prochaine élection présidentielle ?

Les Français de l'étranger sont des Français à part entière. Cela s'exprime particulièrement bien à travers le vote. En 2017, c'est bien le nombre de voix obtenues par le président Emmanuel Macron, à l'époque candidat, auprès des Français à l'étranger, qui lui a permis de passer devant et de sortir en tête au premier tour. Cela nous a également permis d'avoir le même nombre de sièges que le Rassemblement national aux élections européennes.

Le vote des Français à l'étranger est déterminant, ce qui est assez normal sociologiquement. Ce sont des gens très ouverts, très progressistes, très européens, qui sont capables de sortir de leur zone de confort, de prendre des risques, et de comprendre ce qu'est une transformation. Ils peuvent se comparer, voir qu'il y a des différences qui peuvent parfois tourner en notre faveur entre ce qui se fait en France et ce qui se fait à l'étranger. Cela explique pourquoi le président Emmanuel Macron avait capitalisé une telle proportion du vote des Français à l’étranger. Qu’en sera-t-il en 2022 ? Il est évidemment beaucoup trop tôt pour le dire.

 

Je suis convaincu que les Français à l'étranger, pour leur majorité, restent avant gardistes, audacieux, et qu'ils le seront encore en 2022 dans leur vote

D'autant plus qu'il y a une inconnue très forte qui est le nombre de votants dans un contexte où, en tout cas je l'observe en Asie, nous avons une baisse de la démographie française. Elle est indiscutable en Asie, et est assez spectaculaire, inédite, liée à la crise Covid. Certaines personnes s'en vont soit pour changer de pays, soit pour rentrer en France car ils ont perdu leur travail. Dans beaucoup de pays, la perte d'emploi signifie perte de visa. La deuxième inconnue est la capacité à se rendre aux bureaux de vote. Tout dépend de la vitesse de diffusion du variant Omicron. S'il y a une nouvelle vague quelque part, il y a le risque que certains pays prennent la décision de restreindre les libertés de déplacement, ce qui pourrait entraver la possibilité de se rendre au bureau de vote. En tout cas, je suis convaincu que les Français à l'étranger, pour leur majorité, restent avant gardistes, audacieux, et qu'ils le seront encore en 2022 dans leur vote. Il leur est d’ailleurs possible de s’inscrire sur les listes électorales consulaires en ligne jusqu’au 4 mars.

 

 

Vous avez récemment évoqué une écologisation de la politique en France, comment cela va-t-il se traduire dans le programme de la LaREM au cours de la prochaine présidentielle ?

L'immense majorité des Français a compris, en l'acceptant ou pas, que le changement climatique était un enjeu majeur et qu'il relève à la fois de politiques publiques et de comportements individuels. Tout responsable politique ne peut plus maintenant présenter un programme politique dans lequel il ne prendrait pas en compte cette dimension là. D'où mon utilisation du terme d'écologisation de la politique. D'un autre côté, nous voyons bien que ce n'est pas facile, nous avons en quelque sorte lancé la machine au cours de ce mandat mais il va falloir maintenant accélérer.

 

L'écologisation de la politique qui est une excellente chose et pour laquelle il faut être à la fois pragmatique et ambitieux

Pour cela, il y a un pilier économique, un pilier écologique pur et un pilier social. Il faut que les trois fonctionnent ensemble et ainsi réussir à transformer les modes de production, transformer les comportements sans avoir un impact social. Nous voyons bien que produire bio coûte 20% plus cher, qu'avoir une voiture électrique coûte plus cher, etc... C'est ce que j'appelle l'écologisation de la politique qui est une excellente chose et pour laquelle il faut être à la fois pragmatique et ambitieux.

 

Que pouvons-nous souhaiter aux Français de votre circonscription en cette nouvelle année placée sous le signe du tigre ?

J'ai envie de leur souhaiter la même chose qu'au 1er janvier. En ce qui concerne les Français à l'étranger, je souhaite à tous, pour ma circonscription et au-delà, dans le monde entier, que nous puissions à nouveau voyager librement et à nouveau oublier ce que c'est qu'une frontière.

 

Mael Narpon - journaliste junior Londres

Maël Narpon

Diplomé d'une licence de sociologie à Pau et à Athènes, il intègre ensuite l'IEJ Londres. Il effectue un stage avec lepetitjournal.com Londres puis rejoint l'édition internationale en tant qu'alternant dans le cadre d'un Master à l'IEJ Paris.
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