Islande, Espagne, Royaume-Uni… ces pays qui s’essayent à la semaine de quatre jours

Par Capucine Canonne | Publié le 20/11/2022 à 18:00 | Mis à jour le 21/11/2022 à 13:15
Quatre cafés latte sont posés sur une table

 

Avez-vous rêvé de ne travailler que 4 jours par semaine ? Certains pays ont franchi le pas, d’autres sont encore trop frileux. Et il y a les pays qui s’y essayent avec précaution. Tour du monde de la semaine de 4 jours, de ses avantages comme de ses difficultés. 

 

Aucun pays n’a encore généralisé la semaine de 4 jours au niveau national, mais le système se met en place dans de plus en plus d’entreprises. Si ne travailler que 4 jours chaque semaine est attrayant pour beaucoup d’employés, ce n’est pas sans conséquences. C’est pourquoi certains pays et leur législation ne s’y précipitent pas. 

 

L’Islande est le premier pays à adopter en masse la semaine de 4 jours 

L’Islande est considérée comme le leader en matière de semaine de travail de quatre jours. Tout commence en 2015, quand le pays lance le plus grand projet pilote d’une semaine de 35 à 36 heures (réduite par rapport aux 40 heures traditionnelles). 2.500 personnes participent à ce test grandeur nature. En 2019, les résultats sont concluants et le projet est qualifié de succès. Les syndicats se lancent dans des négociations de réduction du temps de travail et le mouvement se généralise. Aujourd’hui, près de 90 % de la population active bénéficie désormais d'une réduction du temps de travail ou d'autres aménagements. Les chercheurs ont constaté que le stress et l'épuisement des travailleurs avaient diminué et que l'équilibre vie professionnelle-vie privée s'était amélioré.

 

zen attitude avec des figurines de Bouda

 

 

La Belgique et l’Espagne emboîtent le pas 

En 2022, l’Espagne se lance dans l’expérience de la semaine de quatre jours : 200 petites et moyennes entreprises testent la réduction à 32 heures du temps de travail hebdomadaire, sur quatre jours et sans baisse de salaire. Le projet va durer 3 ans et coûter environ 50 millions d’euros. La comparaison de productivité avec des entreprises qui travaillent sur 5 jours sera scrutée. Aujourd’hui, des grandes entreprises espagnoles telles que Telefonica ou Desigual pratiquent déjà la semaine de 4 jours.

 

Le Parlement belge, quant à lui, a voté fin septembre 2022 une réforme du marché du travail incluant la possibilité pour les salariés d'effectuer leur temps plein sur quatre jours au lieu de cinq. Mais la démarche est critiquée car selon les syndicats, il ne s'agit pas de réduction du temps de travail, qui oscille entre 38 et 40 heures hebdomadaires. 

 

 

Le Royaume-Uni et l’Irlande lancent un test de 6 mois

Au Royaume-Uni et en Irlande, un test de 6 mois a été lancé en juin 2022. Au Royaume-Uni, 70 entreprises et 3.300 salariés sont concernés. Les premiers résultats, publiés en septembre sont considérés comme positifs : 88% des entreprises test ont déclaré que la semaine de 4 jours fonctionnait « bien » à ce stade. 86% d’entre elles ont répondu envisager "probablement" ou "extrêmement probablement" de conserver cette organisation à l'issue de la période d'essai. En Irlande, au moins 17 organisations de tailles diverses et de secteurs variés ont adhéré à l’initiative. 

 

weekend zen avec une semaine raccourcie

 

 

Semaine de 4 jours : de grandes entreprises la testent partout dans le monde 

A partir du 14 novembre 2022, des centaines d’employés du groupe Unilever en Australie et en Argentine se lancent dans la semaine de 4 jours, après un essai jugé positif pendant 18 mois en Nouvelle-Zélande. « Nous avons enregistré de solides performances commerciales et noté un engagement élevé de la part des employés. Le personnel est plus heureux et plus motivé. Le temps passé en réunion a également diminué » explique un responsable d’Unilever dans la presse. En Nouvelle Zélande, des chercheurs ont constaté pendant le test Unilever de la baisse de l’absentéisme, des envois de courriels et du temps consacré aux réunions (moins 3,5 heures par personne et par semaine). 

 

En France, quelques entreprises se sont lancées, dont Yprema qui fonctionne sur 4 jours depuis 1999. Plus récemment, LDLC, Welcome to the Jungle et Elmy s’y sont mis. Tous secteurs confondus, la semaine de quatre jours ne serait aujourd'hui adoptée que par 5% des entreprises françaises. 

 

 

Certains pays sont plus mitigés sur la semaine de 4 jours travaillés 

L’expérimentation ne convainc pas toujours les pays. L’exemple le plus parlant est celui de la Suède. Le pays a testé la semaine de travail de 4 jours avec un salaire inchangé en 2015. Les résultats ont été mitigés mais surtout la proposition de dépenser de l'argent pour cet essai n'a pas plu à tous les parlementaires de l’époque. 

 

Partout dans le monde, plusieurs arguments sont avancés contre la semaine de 4 jours. En Espagne, des parlementaires expliquent régulièrement que la semaine raccourcie serait un processus « inapplicable dans de nombreux secteurs d'activité. ». 

 

Autre argument défavorable, beaucoup d’entreprises hésitent à se lancer en raison de la mise en place. Le réaménagement des tâches ne se fait pas du jour au lendemain, car le processus demande forcément du temps et des ajustements. L’organisation de certains pays rend la généralisation de la semaine raccourcie difficile, comme en Allemagne, où les questions du temps de travail et du salaire sont négociées directement entre syndicats et entreprises, sans que le gouvernement n’intervienne. 

 

la semaine de 4 jours testée en Australie

 

 

Les pays qui ne sont pas prêts à passer à la semaine raccourcie 

En Suisse, la semaine raccourcie peine à s’imposer, mais le temps partiel est une alternative répandue : en 2020, 35% des femmes et 12% des hommes travaillaient entre 50 et 90% du taux complet d’occupation. Quelques PME se lancent, à l’image de Seerow qui teste la semaine de 4 jours pendant 6 mois. Le principal obstacle semble le scepticisme de la population à travailler moins. 

 

Au Japon, de grands groupes comme Panasonic et Nippon Denki ou Hitachi proposent des horaires flexibles pour tous leurs employés afin de travailler seulement quatre jours par semaine. Mais ces mesures ne font pas du tout l’unanimité car elles se confrontent à la culture profondément ancrée du travail et du sacrifice de la vie privée. Les Japonais ne sont pas prêts. 

 

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Capucine Canonne

Après 10 ans d’expérience en marketing média, Capucine se reconvertit en journalisme. Ancienne expatriée et fondatrice de l’édition lepetitjournal.com de Chennai en 2019, elle intègre la rédaction internationale à Paris.
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