Aujourd’hui, le Maroc est l’un des principaux partenaires commerciaux de la Pologne parmi les pays d’Afrique et du Moyen-Orient. De plus en plus d’entreprises polonaises s’y implantent - comme Polmlek, industrie laitière ou encore CanPack, spécialisée dans l’emballage alimentaire. La coopération polono-marocaine s’illustre par de nombreuses importations et exportations, dont la valeur augmente considérablement chaque année. Retour sur une relation économique en pleine ascension, façonnée par plusieurs décennies d’échanges et d’ambitions communes.


Depuis 1993, ces accords qui établissent les fondations d’une collaboration commerciale et économique
On comptabilise de multiples accords signés entre les deux pays depuis 1993, sur des sujets hétérogènes. Notons, entre autres, « l’accord de soutien et de la protection réciproque des investissements », signé en 1994, qui permet de protéger les investisseurs des deux pays et d’établir une base stable et de confiance pour les échanges commerciaux. D’un point de vue plus concret encore, ceux concernant le transport routier international et le transport maritime, respectivement en 1993 et 1995, permettent de faciliter le flux de marchandise.
Les partenariats et collaborations économiques fleurissent entre la Pologne et le Maroc. En 2020, après la pandémie de Covid-19, un nouvel élan a été donné via la signature d’un accord entre la CCISCS - Chambre de Commerce, d’Industrie et de Services Casablanca-Settat, et la Chambre de Commerce de Varsovie - Warszawska Izba Gospodarcza. Le Président de la CCISCS, Yassir Adil a déclaré en 2020 que cet accord s’inscrit dans la volonté de « travailler ensemble au renforcement des relations économiques entre les deux pays et d'encourager les hommes d’affaires des deux côtés, de venir, d’explorer de nouvelles pistes d'investissement, de coopération au niveau commercial, de partager les expériences entre les deux chambres ».
Quelques années plus tard, en novembre 2024, ces deux organismes ont à nouveau signé un accord de partenariat, lors de la mission économique des entrepreneurs polonais au Maroc. Cet événement réunissait 17 entrepreneurs représentant 14 entreprises polonaises, issues de la technologie, de l’automobile, de l’industrie laitière, de la construction et de l’exploitation minière. Les objectifs et intentions y ont clairement été définies par Yassir Adil : « redynamiser les relations économiques bilatérales et les ramener au niveau qu’elles avaient avant la pandémie ».
En février 2026, le président de la CCISCS a reçu une délégation représentant le Groupe d’amitié parlementaire maroco-polonais, ce qui s’inscrit une fois de plus dans un dynamique d’investissement commune à ces deux partenaires.
La valeur des échanges polono-marocain en croissance constante
Depuis une quinzaine d’années, les relations commerciales entre la Pologne et le Maroc ont changé d’échelle. En 2009 les échanges s’élevaient à 180,3 millions d’euros, puis atteignent déjà 762 millions d’euros en 2018. À cette date, le Maroc exportait pour une valeur de 453,3 millions d’euros vers la Pologne, alors que les exportations polonaises vers le Maroc représentaient 308,6 millions d’euros.
Mais c’est surtout après 2019 que l’accélération est évidente puisqu’en trois ans, la valeur des échanges a plus que doublé, passant de 700 millions d’euros en 2019 à 1,6 milliard d’euros en 2022. Avec près de 855 millions d’euros d’exportations polonaises et 1,14 milliard d’euros d’importations en provenance du Maroc, Rabat s’impose aujourd’hui comme le principal partenaire africain de Varsovie.
Dans cette dynamique, l’agriculture joue un rôle clé. Entre 2022 et 2024, les échanges agricoles représentaient 158 millions d’euros par an ; la Pologne importe massivement des fruits et légumes marocains - en plus des tomates, le Maroc est le troisième fournisseur de framboises surgelées sur le marché polonais. À l’inverse, la Pologne exporte vers le Royaume du blé tendre - connu sous le nom de froment et des produits laitiers.
Quelles sont les marchandises exportées de la Pologne vers le Maroc et importées du Maroc vers la Pologne ?
Parmi les marchandises les plus exportées de la Pologne, vers le Maroc, se trouvent des voitures, des camions et des véhicules spéciaux, du soufre, du charbon, du blé, des appareils électriques et électroménagers.
Dans le sens inverse, parmi ce qui est importé par la Pologne en provenance du Maroc figurent des minerais, des phosphates et autres produits dérivés, des vêtements, des chaussures, des fruits et légumes.
Depuis 2018, ce sont les exportations de légumes marocains vers la Pologne qui ont connu une hausse très rapide et leur valeur a augmenté également. Cette progression repose presque entièrement sur un seul produit : la tomate, qui représentent 95% des exportations.
La production de tomates par le Maroc, qui remplace petit à petit la production espagnole, est parfois perçue comme déloyale et fait face à des attaques de l’Union européenne quant à la conformité de ses marchandises. Pourtant, assure le responsable d’une association de producteurs, resté anonyme et interrogé par Le Monde, les tomates marocaines sont soumises à un cahier des charges « très strict ». Sur le plan commercial, l’accord de libre-échange signé entre le Maroc et l’Union européenne ne rime pas avec une ouverture totale des frontières : les exportations restent encadrées par des prix d’entrées et des limitations annuelles. Le Royaume ne peut exporter plus de 285.000 tonnes de tomates dans toute l’Union, entre le 1er octobre et le 31 mai, au risque de se voir appliquer des taxes.
Autre sujet de polémique : la présence de pesticides. L’association française UFC-Que choisir affirme que plus de la moitié des tomates marocaines testées présentent des résidus de pesticides, contre 15% des produits français. Cette accusation est vivement rejetée par l’Association marocaine des producteurs et producteurs exportateurs de fruits et légumes - Apefel, qui dénonce des conclusions « sans fondement scientifique ».
La politique agricole comme aspect de la collaboration entre les deux pays
La coopération agricole entre la Pologne et le Maroc connaît un véritable élan. En septembre 2025, Ahmed El Bouari, le ministre marocain de l’agriculture s’est rendu en Pologne pour y rencontrer son homologue Stefan Krajewski. Au menu : échanges commerciaux, sécurité sanitaire et surtout coopération scientifique. Les deux pays cherchent à collaborer ensemble sur tous les fronts.
Un pas de plus a été fait à Berlin, en janvier 2026, lors de la signature d’un protocole d’accord, piloté par l'ONSSA - l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires, au Maroc et par l’inspection vétérinaire en Pologne. Ce partenariat vise à sécuriser les échanges de produits d’origine animale et d’aliments pour les animaux, dans l’optique de partager les informations et de se rapprocher des normes internationales.
Pour continuer sur cette lancée, la Pologne participera au salon international de l’agriculture - le SIAM, à Meknès au mois d’avril 2026. À travers cet événement, présenté comme le plus grand événement de l’industrie agroalimentaire en Afrique, certaines entreprises polonaises comme Polmlek, Wielton et Intermag présenteront leurs produits. L’ambassadeur de la République de Pologne au Royaume du Maroc, Krzysztof Karwowski s’y était notamment rendu en avril 2024.
Des entreprises polonaises implantées au Maroc
Deux entreprises polonaises installées dans le pays depuis plusieurs années y rayonnent. La première et la plus ancienne est CanPack ; fondée à Cracovie en 1992, elle se trouve à Casablanca, au Maroc, depuis 2010. Il s’agit d’un site de production, spécialisé dans l’emballage alimentaire, principalement des canettes en aluminium. L’usine polonaise produit aujourd’hui plus d’un milliard de canettes par an. Si CanPack dispose d’un grand nombre de sites partout dans le monde, en Amérique du Sud, en Europe, en Inde, le site marocain est quant à lui le seul du continent africain. Cet avantage permet à l’entreprise d'approvisionner le marché régional, en Afrique du Nord et au-delà.
Cette usine a même fait l’objet, en 2025, d’une visite diplomatique de l’ambassadeur de la République de Pologne au Royaume du Maroc Tomasz Orłowski, venu échanger avec les responsables et « saluer l’engagement de CanPack pour l’innovation industrielle et l’emploi local. »
Un peu plus au sud, à Douar Errahali se trouve l’usine de transformation de lait du groupe polonais Polmlek, qui a racheté en 2022 la société marocaine Safilait. Polmlek est la plus grande industrie laitière en Pologne, elle compte quinze unités de production et plus de 5.000 employés. Elle produit et vend toute sorte de produits laitiers comme du lait pasteurisé, de la crème, du lait en poudre, du fromage blanc ou encore du beurre. C’est en 2022 qu’elle acquiert l’usine Safilait, l’un des trois plus grands producteurs laitiers au Maroc, qui appartenait avant au groupe français Bel. Quoi qu’il en soit, côté consommateur, ces produits sont vendus sous une seule et même marque : Jibal, qu’ils aient été élaborés par Safilait, Bel ou encore Polmlek.
Le mois de février 2025 a été marqué par une visite diplomatique réunissant des ambassadeurs de l’Union européenne au Royaume du Maroc, au sein du site de production Polmlek. Cela représentait, selon le gouvernement polonais une occasion de « démontrer le rôle positif d’un investissement privé européen, illustrant une coopération effective entre le secteur privé européen et marocain, ainsi que son impact en termes de création d’emplois locaux. »
Se faire une place face au modèle français
Toutefois, ces échanges n’atteignent pas le niveau privilégié des liens qu'entretient le Maroc avec la France, élevés au rang de « partenariat d’exception renforcé » depuis 2024. Avec une histoire commune qui remonte au XVIème siècle, et malgré le protectorat français de 1912 à 1956, les liens entre les deux pays se développent rapidement après l'indépendance du Maroc - qui adopte une politique pro-occidentale. Une importante communauté bi-nationale, impliquant des échanges culturels et éducationnels, existe entre la France et le Maroc. À cela s'ajoutent d’importants liens commerciaux et économiques - la France est le deuxième partenaire commercial du Maroc avec des échanges représentant 10 milliards de dollars en 2020. En outre, la France reste le premier investisseur étranger au Maroc avec, entre autres, le financement de projets ferroviaires majeurs pour le pays.
Le 13 février, le roi Mohammed VI a lancé un important projet du groupe Safran : une nouvelle usine dédiée aux systèmes de trains d’atterrissage - tout le mécanisme qui permet à l’avion de sortir, soutenir et amortir ses roues quand il touche le sol. Ce futur site de production de sept hectares est appelé à compter parmi les plus vastes installations du secteur. Cet investissement, estimé à plus de 280 millions d’euros et générant à terme environ 500 emplois hautement qualifiés, devrait renforcer l’écosystème aéronautique du Maroc. Pour le ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, cette implantation illustre la montée en gamme technologique du pays et son intégration croissante dans les chaînes de valeur mondiales de l’aéronautique, selon des propos relayés par l’AFP - Agence France-Presse.
Le cas de Safran illustre la capacité du Maroc à attirer des investissements industriels stratégiques. Reste à savoir comment la Pologne peut, elle aussi, s’inscrire dans cette dynamique. Le média Defence24.pl nous rappelle que la Pologne reste peu connue des partenaires marocains, ce qui rend indispensable une promotion plus dynamique et diversifiée du pays, fondée sur une confiance mutuelle et des intérêts partagés. Cette approche pourrait créer de nouvelles opportunités, ainsi que renforcer le développement des relations bilatérales.
Relations Pologne-Maroc : de Jan Potocki à la construction de relations bilatérales
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