Imaginez un trésor, que les tempêtes amèneraient sur les plages… Vous n’auriez qu’à vous baisser pour le ramasser. Ni pierre précieuse, ni sécrétion animale comme l'ambre gris des parfumeurs, l'ambre de la Baltique est une résine fossile vieille de plusieurs dizaines de millions d'années. Témoignage exceptionnel d'un monde disparu, il renferme parfois des insectes ou des végétaux parfaitement conservés. De ses origines au cœur d'anciennes forêts de conifères à son rejet sur les plages du nord de la Pologne, voici son histoire.


Co to jest, l’ambre : pierre, gemme, résine ou vomito de cachalot ?
À environ 127 km, à vol d’oiseau de Kaliningrad (Koënigsberg en allemand et Królewiec en polonais), dans l’embouchure de la Vistule, la ville de Gdańsk se situe au carrefour des routes de l'ambre historiques et contemporaines qui reliaient, dès l'âge du bronze, la mer Baltique à la mer Méditerranée. Mais ce n’est pas dans la mer Baltique qu’il faut chercher son origine, même si après les fortes tempêtes du printemps et de l’automne, il est très courant d’en retrouver sur ses plages. La Baltique, elle, s’est formée il y a environ 14.000 à 12.000 ans, quant à l’ambre baltique, lui, a vu le jour à l’époque éocène, plus précisément entre 35 et 47 millions d’années - bien qu’on arrondisse souvent, de manière générale, à 40 millions d’années.
Notez qu’il ne faut pas confondre l’ambre utilisé en joaillerie avec l’ambre gris, prisé en parfumerie, qui, lui, est une concrétion naturelle, sécrétée, puis vomie par le cachalot. L’ambre - qui est masculin, n’est, d’ailleurs, pas une pierre, mais une succinite – en raison de sa composition riche en acide succinique, entre 3 % et 8 % ; on peut aussi en parler comme d’une gemme ou encore de la résine fossile, dont il faut plutôt chercher le berceau au creux d’immenses forêts de conifères aujourd’hui disparues.
Imaginez une forêt luxuriante, chaude, humide, grouillant d’insectes... Et soudain, un drame survient : pour des raisons encore mal expliquées à ce jour, les pins, blessés, attaqués ou peut-être malades, sécrètent alors de la résine, des litres de résine, de manière frénétique, intensive, pour se protéger ! Cette résine, en ruisselant, a emprisonné tout ce qui passait à sa portée - comme le célèbre moustique à l’origine du scénario de Jurassic Park, donnant naissance à ce qu’on appelle des inclusions : insectes, poils de mammifères, végétaux, micro-organismes se retrouvèrent emprisonnés dans un état de conservation remarquable, pour la nuit des temps.
Des millions d'années, lui ont permis de se solidifier et de se consolider, grâce au lent processus de polymérisation, quant aux anciens glaciers et à l’érosion, ils sont devenus de très efficaces moyens de transport, l’entraînant de ruisseaux en rivières, de rivières en fleuves, jusqu’à atteindre la baie de Gdańsk, les plages de la mer Baltique, ou encore la région de Lublin en Pologne orientale.
C’est près de Gdańsk, à Niedźwiedziówka, que se trouvent les plus anciens ateliers connus sur le territoire polonais où on a découvert des amulettes en ambre datant du néolithique, soit, il y a plus de 6 000 ans. Les sites du delta de la Vistule témoignent de l’existence de quelque 900 ateliers actifs vers 2500 – 2200 av. J.-C., ce qui en fait l’un des premiers centres mondiaux de production d’objets décoratifs en ambre.
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La route de l’ambre racontée par Pline l’Ancien
Plus tard, dans son œuvre encyclopédique, achevée vers 77 après J .C, Histoire naturelle, Pline l’Ancien décrit une ancienne route commerciale, prenant sa source près de la mer Baltique, notamment dans la région de l’actuelle Gdańsk, destinée au transport de l’ambre depuis la région baltique jusqu’à l’Empire romain. Cette route de l’ambre, extrêmement fréquentée par les marchands romains, passait par le sud de la Pologne, puis franchissait les Alpes jusqu’à Aquilée, au nord de l’Italie. Pourquoi une si forte demande ? De tout temps, on a attribué à l’ambre le pouvoir de protéger, de guérir et de porter bonheur, c’est pourquoi il était utilisé comme amulette depuis l’Antiquité.
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L’ambre au cœur de la ligue hanséatique
Faisons un saut dans le temps maintenant jusqu’au XIVᵉ siècle, avec l’Ordre Teutonique – un ordre militaire et religieux allemand qui a exercé son influence principalement en Prusse et dans les régions baltiques au Moyen âge, les artisans qui travaillaient l’ambre faisaient partie des 31 métiers enregistrés à Gdańsk, même si, en ce temps, ils ne bénéficiaient ni d’indépendance économique ni d’organisation autonome.
C’est grâce à la rétrocession de Gdańsk à la Couronne polonaise en 1454, et sa confirmation légale et internationale au travers de la signature, en 1466 du Second traité de Toruń, que la première corporation ou guilde des joailliers en ambre a pu être officiellement établie à Gdańsk en 1477, sous le nom Der Borstryndirgher Ordinance, fixant des règles strictes : nombre limité d’ateliers, qualité contrôlée, formation réglementée.
Bénéficiant d’une excellente position stratégique, Gdańsk, a été l’une des villes pivot de la Ligue hanséatique, une puissante alliance commerciale médiévale active du XIIIᵉ au XVIIᵉ siècle, devenant un centre majeur d’échanges entre l’Europe de l’Est et l’Ouest, prospérant, entre autres, grâce… au commerce de l’ambre ! Bref, meubles, bijoux, amulettes, objets de décoration, les ateliers produisaient, exportaient de très nombreuses créations.
Le mystère de la chambre d’ambre
Au tout début du 18e siècle, Frédéric 1er, alors Roi de Prusse, commande une chambre d’ambre, devenue légendaire, aussi appelé le cabinet d’ambre, composée de panneaux recouverts de plus de 6 tonnes d’ambre, fixées sur des plaques d’or pour sublimer sa couleur, destinée à recouvrir la totalité des murs d’une salle du château de Charlotenburg, à Berlin. Son architecte, originaire de Gdańsk, va se rendre dans la ville pour y travailler avec les meilleurs artisans, qui réaliseront 96 % de l’ensemble du projet, jusqu’à ce que la mort de Frédéric 1er le stoppe net ! Les 6 panneaux déjà réalisés seront finalement offerts au Tsar russe Pierre le Grand, pour son palais près de Saint-Pétersbourg, puis, avec l’invasion de l’Union soviétique par les Allemands, ces panneaux seront démontés, pour être envoyés à Königsberg (actuelle Kaliningrad)… vous vous rappelez, si près de Gdańsk, mais qu’ils ne reverront jamais, car ils seront ensuite perdus – les chasseurs de trésors sont toujours, aux dernières nouvelles, à leur recherche !
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L'ambre, un fleuron de l'économie polonaise
Dans les années 1990, avec la fin du régime communiste, la Pologne amorce un tournant radical. L'ouverture de son économie permet aux exportateurs, dont les artisans de l'ambre, d'accéder librement aux marchés occidentaux, mais aussi à ceux d'Extrême-Orient et d'Asie du Sud-Est, notamment la Chine. Forte d'un savoir-faire séculaire, la Pologne s'impose progressivement comme le principal centre mondial de transformation de l'ambre de la Baltique. Aujourd'hui, ses créations sont exportées vers l'Allemagne, les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Italie, la France, la Chine, le Japon ainsi que les pays du Conseil de coopération du Golfe.
Ces pays sont des destinations particulièrement clés, car ils présentent une forte demande pour les produits de luxe, disposent de réseaux commerciaux établis et accordent de la valeur à l’ambre pour son aspect esthétique et sa portée culturelle : meubles, décoration d’intérieure en Chine et dans les pays arabes.
Le monde du design polonais est un laboratoire d’idée reconnu pour son artisanat innovant, alliant techniques traditionnelles et design contemporain, ce qui le distingue des créations en ambres russes, ukrainiennes ou baltes. De plus, ce maillage, est formé de petites entreprises, installées le plus souvent en Poméranie - la rue Mariacka et alentour, dans le quartier historique de Gdańsk en témoignent, qui ont su s’adapter aux demandes et aux cultures des différents marchés, aux modes, en mettant au point des machines sur mesure afin d’explorer de nouvelles manières de travailler la gemme, adaptée par exemple de celles qu’on retrouve en dentisterie ou dans les chantiers navals, ainsi que des technologies modernes comme le CAD/CAM, l’impression 3D, la modélisation VR/AR et le scan numérique. L’Académie des Beaux‑Arts de Gdańsk est renommée pour intégrer ces outils innovants dans la création de bijoux en ambre.
Très prisés sur le marché exigeant chinois, les artisans polonais subliment l’ambre avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, de la résine colorée, des matières recyclées ou végétales, revisitant les classiques et cassant parfois la tradition, en l’associant à l’organique, tels que le bois, le cuir, voire le chanvre, ou encore l’alliant à des diamants noirs, des montures imprimées en 3D. La gagnante du concours Miss Polonia est ainsi couronnée de 1.832 pierres précieuses… et d’une pièce unique d’ambre.
Capitale mondiale de l'ambre de la Baltique, Gdańsk perpétue depuis le Moyen Âge un savoir-faire unique autour de cette résine fossile, devenue l'un des symboles de la ville et de la Pologne.
Musée de l’ambre
AMBERIF est considéré comme le plus grand salon professionnel de la joaillerie en Pologne et l'un des plus importants d'Europe, consacré à l'ambre, à la joaillerie et au design contemporain.
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