Édition internationale

ECOLOGIE – Les déchets ou la gangrène romaine

Écrit par Lepetitjournal Rome
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 16 février 2013

 

Avec 4.500 tonnes d'immondices produites chaque jour et la fermeture de la décharge de Malagrotta en juillet prochain, Rome est au bord du précipice. Alors que la capitale italienne cherche un nouveau site de stockage pour ses ordures, l'Union Européenne pointe du doigt une gestion des déchets catastrophique. La situation de crise dans laquelle se trouve le Latium n'est pas prête de se terminer.

Source photo : www.settevilleincomune.com

Post-Malagrotta : passe tes poubelles à ton voisin

Saturée, la décharge de Malagrotta ne pourra plus stocker les détritus des communes de Rome après juillet 2013. Le Ministre de l'Environnement, Corrado Clini, envisage ainsi de déverser les poubelles de l'Etat du Vatican et des communes de Rome?Fiumicino et Ciampino - dans d'autres entrepôts Laziali. Une proposition qui ravit Gianni Alemanno, le maire de Rome, qui déclarait en janvier : "Grâce au décret proposé par Corrado Clini, nous avons la possibilité d'utiliser toutes les implantations de traitement des ordures au niveau régional et de réfléchir tranquillement à de nouvelles solutions pour réduire les rebuts produits par la ville".

Depuis le 7 janvier, jour de l'entrée en vigueur du fameux "Decreto-Clini", tous les administrateurs de Latina, Frosinone, Viterbo, Albano, Colleferro font mur. "Nous ne serons pas la poubelle de Rome" a ainsi déclaré Mario Caccioti, le maire de la commune de Colleferro, pendant que celui de Latina, Giovanni Di Giorgio, organisait le blocage de sa décharge. Pour ce dernier, le ministre Corrado Clini "n'est pas convaincant". Quant au maire de Viterbo, Giulo Marini, il s'insurge : "Si le décret prévoit la distribution des déchets de Rome dans toute la région, alors je serai un hors la loi". Les détritus de la Capitale ne passeront pas par eux. À l'approche des élections politiques et administratives des 24 et 25 février, rien d'étonnant à ce que chacun se décharge de ce dossier épineux.

Quand la Commission Européenne s'en mêle

Au mois de mai 2012,la discarica de Malagrotta, située dans la Province de Rome, a été de nouveau épinglée par la Commission Européenne. Selon Bruxelles, la "poubelle romaine" contient des ordures qui n'ont pas été soumises au "prétraitement requis". La législation communautaire dispose effectivement que les immondices doivent être traitées et triées avant d'être entreposées, pour ne pas constituer une menace grave pour la santé humaine et l'environnement. La décharge de Malagrotta aurait déjà dû fermer une première fois en 2007, puis en 2012. Cependant, Goffredo Sottile, le commissaire assigné à la gestion des déchets par Corrado Clini, joue les prolongations au risque de subir les foudres de l'Union Européenne.

Janez Potocnik, commissaire européen à l'Environnement a souligné en octobre 2012 : "En plus de la décharge de Malagrotta, c'est toute la gestion des déchets du Lazio qui est inquiétante". En effet, Malagrotta n'est pas le seul centre de traitement des détritus en infraction dans la région du Latium et encore moins en Italie. Le 24 octobre 2012, la Commission européenne a annoncé qu'elle assignait l'Italie devant la Cour de justice de l'Union européenne pour ne pas avoir procédé à la mise en conformité de 255 décharges, dont 16 qui contiennent des rebus dangereux. Entre autre, elle condamne Rome à une amende forfaitaire de 56 millions d'euros, complétée par une astreinte journalière de presque 257.000 euros jusqu'au respect de la législation.

Credits photo : www.comune.roma.it ? Décharge de Malagrotta

Ordures et économies : aux racines d'un mal italien

Le plan de gestion des déchets dans le Latium n'a jamais été vraiment lancé. La commune de Rome perpétue le même système de fonctionnement depuis des années : enfouir des poubelles non différenciées dans des décharges à ciel ouvert. Aujourd'hui, seulement 20% des immondices récoltées sont triées au préalable. Rome a encore du chemin à faire car l'Union Européenne préconise la récolte différenciée de 65% des ordures.

Pour le délégué de l'entreprise d'utilité publique pour le traitement des détritus romains (Azienda Municipale Ambiente), Salvatore Cappello,  "atteindre 65% de récolte différenciée des ordures est un objectif irréalisable". Et pourtant, sans même y croire, la ville de Rome demande à ses habitants de trier leurs ordures. Depuis 1999, la Capitale est en situation d'urgence et les décharges peinent encore à se conformer aux normes européennes. La raison principale : faire des économies. Une tonne d'immondices envoyée au centre de traitement biologique (Tmb) de Malagrotta est facturée à l'Ama 99 euros alors qu'une tonne de détritus non différenciés, traité au même endroit, coûte 60 euros.

Quant à l'unique décharge de composte de la capitale italienne, elle attend encore l'autorisation du gouvernement pour un éventuel élargissement. En effet, le centre de Maccarese reçoit 130.000 tonnes d'ordures par jour, mais ne peut en traiter que 80.000. Alors, à quoi sert de trier ses déchets s'il n'y a pas de structures adéquates pour les entreposer ? Il semble que Rome s'obstine. Dans le débat public actuel, personne n'a jamais évoqué le mot magique "compostage", ni l'urgence de construire des installations peu coûteuses et utiles à ce type de recyclage biologique. Les paroles plus en vogue aujourd'hui sont toujours : "incinérateurs" et "décharges".

Sophie Lei (www.lepetitjournal.com/rome) -  Jeudi 7 février 2013

 

lepetitjournal.com rome
Publié le 7 février 2013, mis à jour le 16 février 2013
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos