Vendredi 4 décembre 2020

M. Peretti (auteur) : "L’italien m’a donné une soupape de fantaisie"

Par Marie-Astrid Roy | Publié le 22/07/2020 à 23:11 | Mis à jour le 23/07/2020 à 07:01
Photo : Muriel Peretti, expatriée en Italie depuis 20 ans, a publié son premier livre en italien | @Carlo Gianferro
Muriel Peretti Italie

Muriel Peretti, Française vivant en Italie depuis 20 ans, a choisi spontanément l’italien pour écrire son premier livre, Passerelle. Un condensé de sensations italiennes, un peu corses aussi, à lire cet été !

 

Muriel Peretti, Française, née en Corse avant de partir pour Marseille puis Paris, a choisi l’Italie pour vivre, il y a 20 ans. Alors qu’elle travaille à Rome dans la communication, l’auteur a publié son premier livre en italien, Passerelle (Edizioni Ensemble, Rome), et non pas dans sa langue natale. Le recueil de nouvelles à la narration musicale et pénétrante, décrit les différents passages traversés au cours d’une vie, qu’ils soient physiques, affectifs, biologiques ou spirituels. Dans des chapitres brefs et intenses (neuf récits au total), on parcourt un concentré d’émotions, racontées à travers une structure italienne et des nuances françaises, deux langues mêlées et parfaitement maîtrisées. Rencontre avec l’auteur.

Lepetitjournal.com/Milan : On écrit généralement pour partager. Au-delà de la langue, l’Italie vous a-t-elle inspirée ?

Muriel Peretti : C’est l’Italie toute entière, le pays où j’ai choisi de vivre il y a 20 ans, qui a été source d’inspiration pour Passerelle. L’Italie se révèle à travers une sorte de ‘’photographies’’ de sensations, qui, je crois, ressortent dans ce que j’ai écrit. On y lit une sorte de résumé de sensations italiennes, mais aussi un peu corses, mes origines.
L’Italie c’est aussi pour moi sa littérature : je l’ai toujours appréciée, étudiée, dévorée. Lors de mes études, j’ai parcouru l’histoire de la littérature italienne, je connaissais alors Giorgio Bassani, Alberto Moravia, Elsa Morante, Cesare Pavese ou Natalia Ginzburg. Dès mon arrivée dans la Péninsule, j’ai approfondi mes connaissances en achetant de nombreux livres en langue italienne, en partant d’auteurs plus anciens comme par exemple Antonio Fogazzaro. Cela m’a d’ailleurs beaucoup aidé à mieux parler et à structurer mes phrases.

 

Pourquoi avoir écrit en italien et non pas dans votre langue natale, que peut-être maîtrisez-vous mieux ?

Je n’avais pas de volonté initiale d’écrire en italien, cela est venu très spontanément, pour me détendre ! C’est l’italien, cette langue qui fait désormais partie de moi, qui s’est imposé pour écrire ces nouvelles, alors que j’étais en train de travailler à l’écriture d’un roman en français. J’avais fixé la barre très haut, d’une part car il s’agit de mon premier roman, d’autre part car je suis censée extrêmement bien connaître la langue française. Je ne me pardonne donc pas l’erreur. L’italien m’a ainsi apporté une soupape de fantaisie et de liberté.
D’ailleurs, ce recueil est né également de manière très spontanée. Au fur et à mesure de l’écriture, nouvelle après nouvelle, je me suis rendue compte qu’il y avait un fil conducteur qui pouvait le faire devenir un livre. Un ami m’a ensuite encouragée à tenter de le faire publier. J’aimerais beaucoup qu’il soit traduit en français et en corse.

 

Ces entrelacs de langues permettent de déposer mon âme française sur le cœur italien.


La structure qui s’est naturellement imposée est italienne, pour autant on décèle des nuances françaises qui viennent s’immiscer…

Les cultures et les langues s’enrichissent mutuellement, elles ne sont pas antagonistes. Il y a d’ailleurs des mots français dans le texte. Je me rends compte au quotidien qu’en parlant ou en écrivant dans une langue ou dans une autre, des mots de l’autre langue surgissent. Au début je me polissais, je cherchais le bon mot dans la bonne langue. Mais au fond c’est une erreur : certains mots sonnent mieux en français, d’autres sont plus adaptés en italien.
Et l’éditeur n’a pas souhaité les supprimer même si la compréhension n’est pas forcément parfaite pour un italien. Ces entrelacs de langues permettent de déposer mon âme française sur le cœur italien.

 

Le titre, Passerelle, porte le nom de la dernière nouvelle. Que signifie-t-il pour vous ?

Les passerelles sont des petits ponts éphémères et fragiles, cette image résume très bien le livre. Elle donne l’idée de passage d’une période de vie à l’autre. Au fil des chapitres, j’invite le lecteur à jalonner ces périodes de vie, d’un âge à un autre, d’un état à un autre, d’un amour passé à une nouvelle histoire. Pour continuer.

 

« Passerelle », 12 euros, en librairie ou sur le site Internet de l’éditeur.
A paraître début août : une poésie et une nouvelle inédites dans les volumes « Congiunti » (Ed. Ensemble).

 

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