Lundi 28 septembre 2020

Françoise Danflous : "Faire scintiller la langue française en Italie"

Par Marie-Astrid Roy | Publié le 18/03/2020 à 01:13 | Mis à jour le 18/03/2020 à 13:27
Photo : Françoise Danflous, professeur de français et lexicographe
Françoise DANFLOUS

A l’occasion de la semaine de la francophonie, rencontre avec Françoise Danflous, professeur de français à l’université Statale de Milan depuis 30 ans et lexicographe pour les dictionnaires bilingues Garzanti. Passionnée des mots, de leur vie, leur mouvement et leur équivalent en italien, la spécialiste de la langue française multiplie les initiatives créatives pour promouvoir le français en Italie.

 

Lepetitjournal.com/Milan : Vous habitez l’Italie depuis une trentaine d’années, où vous enseignez le français à l’université. La langue française jouit-elle du même attrait que dans le passé, dans la Péninsule ?

Françoise Danflous : Indéniablement, les étudiants sont bien moins nombreux. Il y a 30 ans, j’enseignais dans des amphis, aujourd’hui dans des salles de classe. Mais on commence déjà à constater un effet Brexit : les demandes d’Erasmus pour la France sont plus nombreuses cette année.
L’enseignement universitaire est important, mais il y a d’autres façons de divulguer la langue française pour la rendre attrayante aux yeux des nouvelles générations italiennes. Je développe plusieurs projets créatifs, des petites touches ludiques qui permettent de faire scintiller la langue française !

C’est dans cet objectif que vous organisez plusieurs concours, à portée ludique ?

Je collabore avec l’Institut français de Milan en organisant depuis 9 ans la « dictée des étoiles ». Le but : faire participer le plus de personnes de tous les horizons, des élèves, des étudiants, des autodidactes, des enseignants aussi cette année, si nous parvenons à l’organiser malgré le coronavirus. L’année dernière, nous avions invité le fondateur de « la Dictée pour tous » en France, Abdellah Boudour, qui organise des dictées géantes en France dans des lieux emblématiques.
L’année dernière, j’ai par ailleurs lancé un concours de légendage, « la Fabrique des légendes ». On propose des photos dont on efface la légende, et les participants sont invités à dépasser leur crainte de la feuille blanche en faisant preuve de créativité pour légender l’image. Cela a si bien marché que j’ambitionne de le faire vivre aussi en Europe. Ce genre d’activités créatives fonctionne également très bien dans mes ateliers pour enfants ou adultes.

A côté de votre métier d’enseignante, vous êtes notamment collaboratrice du dictionnaire italien-français Garzanti. Comment écrit-on un dictionnaire ? Que se passe-t-il dans les coulisses?

Avant tout, il s’agit d’un travail d’équipe, fait d’échanges entre collaborateurs francophones et italophones.  Pour ma part, je participe à l’aventure du Grande dizionario francese depuis 30 ans. Ce dictionnaire bilingue français-italien contient aujourd’hui 350.000 mots et acceptions, dont 800 faux-amis franco-italiens.
Pour l’actualiser, je vais écouter des gens dans des bars, des supermarchés, discuter avec des jeunes. J’aborde les passants dans la rue aussi, en variant les zones géographiques et les extractions sociales. Ensuite, je note les mots dans mon carnet qui ne me quitte jamais. J’observe leur récurrence, car un mot peut naître très vite mais aussi tomber en désuétude rapidement. Pour cela, je me balade avec mon mot, je vais en France environ une fois par mois.

Quels mots ont pu poser des difficultés dans la traduction du français à l’italien ?

Certains nouveaux mots français ne peuvent pas avoir une traduction littérale. On cherche alors un équivalent. Pour cela, je travaille avec une équipe de Français et d’Italiens issus de milieux différents.  Le mot « bisounours » par exemple est impossible à traduire ! Dans le dictionnaire, l’exemple « dans un monde de bisounours » est devenu in un mondo tutto rose e fiori, en italien. Un peu moins couru mais  tout aussi opaque pour un étranger,  « appartement ravioli », un appartamento dove si fanno ravioli destinati ai ristoranti asiatici.
Le dictionnaire doit être plus qu’une image de la société et de ses inquiétudes, c’est un être sensible. Avec le temps, les mots apparaissent, se transforment puis disparaissent. On ne peut pas encore savoir quelle durée de vie auront certains mots et expressions usuels aujourd’hui, comme « bolos » qui se traduit par sfigato/a, « cassos », caso umano, caso disperato, « prout-prout », snob ou même, pour être très prosaïque, « ticket de métro », ceretta all’inguine.

Et à l’inverse, en italien, y a-t-il un mot qui a pu vous poser des difficultés dans sa traduction en français ?

Je me souviens par exemple de l’expression « pappa e ciccia», dont l’équivalent trouvé fut cul et chemise. Dans tous les cas, tous ces mots prouvent qu’il est important, encore aujourd’hui, d’avoir un dictionnaire sous la main. Et si l’on aime vraiment la langue, d’en collectionner les éditions !

 

0 Commentaire (s)Réagir

Expat Mag

AFD - « L’Atlas invite à porter un regard nouveau sur l’Afrique »

A l'occasion de la sortie de l'Atlas de l'Afrique, Rima Le Coguic, directrice Afrique de l’AFD, aborde avec nous l’avenir du continent, ses défis et ses voies de développement.