Denis Delespaul, président de la CCI France Italie : "Un nouveau défi à relever"

Par Marie-Astrid Roy | Publié le 19/07/2022 à 23:06 | Mis à jour le 19/07/2022 à 23:21
Photo : Denis Delespaul, président de la CCI France Italie
denis delespaul gala palais farnèse

Réélu pour un troisième mandat à la présidence de la Chambre de commerce française en Italie, Denis Delespaul présente ses nouvelles ambitions pour développer la Chambre durant les trois années à venir, toujours dans la finalité de favoriser et accroître la coopération entre la France et l’Italie. Entretien.

 

C’est la première fois qu’un président de la Chambre de commerce française en Italie est réélu pour un troisième mandat. Qu’est-ce qui a motivé votre choix de vous représenter ?

Je précise tout d’abord que le troisième mandat n’est pas une demande personnelle, il est prévu par les statuts. La première raison vient du fait qu’à la date limite du dépôt des candidats, nous n’avions aucune candidature, ni pour le président, ni pour les vice-présidents et non plus pour le trésorier. Il est vrai que la Chambre telle qu’elle est aujourd’hui – elle s’est beaucoup développée au cours des six dernières années -, demande de l’énergie et du temps à consacrer. Les élus sont bénévoles, ils travaillent par ailleurs et cela a peut-être fait fuir.
J’ai quant à moi la chance d’être président de sociétés ou membre de conseils d’administration, ce qui me laisse aujourd’hui un peu plus de temps que lorsque j’étais directeur général.
A titre personnel, je ne cours pas après les titres. Ce qui me motive depuis toujours, ce sont les défis.
Et le défi, c’est avoir un rêve, un projet ambitieux et essayer de l’atteindre. Si j’ai accepté ce troisième mandat à la demande de tous et par défaut, c’est parce que je crois que l’on a encore un défi à relever, aller plus loin que ce que nous avons fait au cours de ces six années passées.

 

Quelles ont été les évolutions les plus significatives des deux précédents mandats ?

Au cours du premier mandat, nous avons créé les bases d’une organisation pour une chambre de commerce qui se voulait ambitieuse et à la hauteur de la relation franco-italienne. Il a fallu assainir les comptes, nous avons renouvelé les équipes, établi une gouvernance, organisé des pôles (institutionnel et services). Nous avons aussi changé de locaux pour nous agrandir et créer Le Booster, un espace de coworking qui peut accueillir par exemple les V.I.E ou les startups françaises qui s’implantent en Italie.

Au cours du deuxième mandat, nous avons décollé. Après le confinement, et avec la reprise économique, nous avons pu travailler sur nos piliers qui sont nos clubs : le Cercle d’Affaires (qui réunit les administrateurs délégués et présidents des grands groupes français et italiens), le Club Inspiring Women (qui propose notamment un programme de mentoring et coaching), le Club start-up avec l’organisation du Bridge pour créer des synergies entre startups et grands groupes, le Club Responsabilité sociale et le dernier né, le Club Mezzogiorno créé à Naples.

Au-delà de ces clubs, nous avons également développé nos événements institutionnels : le Retour aux Affaires qui a lieu chaque année en septembre, le Grand Prix des startups et le Gala. Pour la première fois cette année, l’événement s’est transformé avec la naissance du Farnèse d’Or pour récompenser les protagonistes des liens France-Italie. Un rendez-vous prestigieux qui a vocation à perdurer.

Je souligne également que le pôle services s’est notablement amélioré grâce à une équipe extrêmement compétente pour accueillir les entreprises françaises en Italie avec toute une gamme de services (implantation, gestion des paies, accueil des VIE…).
Avec ce dynamisme le chiffre d’affaires a augmenté, le nombre d’adhérents est passé de 290 à l’époque à 350 environ aujourd’hui - parmi lesquels l’ensemble des sociétés du Cac 40 - et nous visons d’atteindre 400 adhérents.

 

Quels sont vos projets de développement pour ce troisième mandat ?

J’ai effectivement accepté ce troisième mandat, pas seulement par défaut, mais aussi car j’ai un projet pour aller plus loin. Il est basé sur trois axes, trois turbos. Le premier est de créer un incubateur. Le deuxième réside dans la mise en œuvre de nos actions sur les PME-PMI qui vont en Italie et inversement en France, alors que jusqu’à maintenant, nous accompagnions principalement les startups et les grands groupes. Ce projet est issu de notre implication dans l’accélérateur franco-italien né de l’accord entre BpiFrance et la CDP (Caisse des Dépôts italienne). Le troisième turbo est l’éducation, afin que la Chambre prenne sa place au centre d’espaces de formations. Il s’agira de passer des accords avec des écoles et universités, à Milan (Politecnico, Cattolica, Bocconi) mais aussi à Rome et Turin avec l’ESCP.
Et bien sûr, nous comptons poursuivre ce que nous avons jusqu’alors développé.

 

Comment est constituée l’équipe nouvellement élue à vos côtés pour ce troisième mandat ?

L’équipe n’est pas nouvelle. Je salue d’ailleurs leur investissement, car nos élus mettent l’action au premier plan et la représentation au second plan.
L’idée de cette troisième gouvernance est de décentraliser au maximum afin de consolider la Chambre pour le futur. Nous avons réduit le nombre de vice-présidents de cinq à trois. Chacun va avoir des fonctions et des engagements majeurs : Annie Rea, par ailleurs vice-présidente de la CCI France International, se montre très engagée dans de nombreux domaines pour la relation France-Italie ; Sylvain Rousmant, par ailleurs associé du groupe Mazars est essentiel pour son expertise financière ; Anne-Manuelle Gaillet, avocat associée du cabinet Pirola, est importante pour la partie légale en plus d’être, depuis toujours, très engagée à la Chambre de commerce. Et notre trésorier est Steven Trow.
Le Comité exécutif est donc une équipe qui est celle du début. Il est aussi constitué de Cécile Bourland (Administrateur délégué de la Chambre), Anne Trocme Raynaud, Faiza Errais Borges, et deux italiens, Fabio Cusin et Marco Pannunzio. Précisions que nous avons encore la possibilité d’élargir le Comex à de nouveaux membres, en fonction de leur disponibilité.

 

équipe chambre de commerce italie au gala
Une partie de l'équipe de la CCI France Italie

 

La Chambre de commerce France Italie vient de créer Le Farnèse d’Or qui consacre les protagonistes de la relation entre les deux pays. Mais sur quels plans en particulier, la collaboration franco-italienne mériterait à être renforcée davantage, selon vous ?

La collaboration franco-italienne ne fait que se renforcer, et le Traité du Quirinal signé le 26 novembre 2021 entre les deux pays vient sceller cette relation, mais surtout structurer cette proximité dans plusieurs domaines. Dans la lignée du Traité du Quirinal, la cérémonie du Farnèse d’Or que nous avons organisé le 23 juin dernier à l’Ambassade de France à Rome, était aussi l’occasion de présenter notre « Manifeste Le Farnèse d’Or ». Le texte reprend les grandes lignes de l’accord de coopération bilatérale, mais il exprime surtout la volonté pour les entreprises françaises et italiennes associées à la CCI France Italie, de renforcer concrètement les liens économiques et culturels entre les deux pays. Le texte développe plus précisément huit objectifs, dans le domaine de la coopération économique, industrielle et digitale, le soutien à l’innovation et aux startups, mais aussi des initiatives culturelles franco-italiennes, jusqu’à l’engagement de créer des opportunités de travail au niveau bilatéral surtout pour les jeunes.
Outre l’éducation, la politique ou encore l’immigration, en tant que président de la Chambre de commerce France Italie, je pense que la relation économique entre les deux pays doit se renforcer au sein de nos entreprises, particulièrement les PME. En ce qui concerne les grands groupes, les collaborations sont déjà présentes, au moins pour la plupart, bien qu’il en manque encore dans le domaine de la santé et l’industrie pharmaceutique. Mais là où l’on aurait un vrai tissu économique stable et important c’est à partir des 3,6 millions de PME-PMI italiennes et les 2,8 millions PME-PMI françaises. Dans ce monde qui bouge, ces sociétés sont extrêmement dynamiques, davantage que celles de grosse taille. Elles représentent en outre un important bassin de postes de travail. Voilà, la priorité de la Chambre.

 

Aujourd’hui, quels sont les chiffres les plus représentatifs des liens économiques entre la France et l’Italie ?

Les rapports économiques entre les deux pays comptent sur une présence quasiment équivalente dans les pays respectifs : 1764 entreprises françaises sont implantées en Italie, et 1767 italiennes en France.
L’Italie est le troisième partenaire commercial de la France, le deuxième client avec 7.5% de l’export et le troisième fournisseur.
La France est le deuxième partenaire commercial de l’Italie, le deuxième client avec 10,3% d’exportation et le troisième fournisseur. La relation est assez équilibrée sur le positionnement, en revanche l’Italie est plus forte dans la mesure où elle exporte davantage vers la France.
Retenons également les grandes coopérations industrielles telles que STMicroElectronics, Essilor-Luxottica, Stellantis (lauréat du Farnèse dans la catégorie Economie) ou encore Euronext et l’avionneur franco-italien ATR.
Et soulignons par ailleurs que parmi les principaux employeurs en Italie, figurent Carrefour, Sodexo, Kering, BNP Paribas, Crédit Agricole, EDF-Edison, Lactalis et Decathlon.

 

MAR

Marie-Astrid Roy

Rédactrice en chef et Directrice des éditions Lepetitjournal.com Milan et Rome
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