Édition internationale

Les Alchimistes d’Anselm Kiefer au Palazzo Reale

C'est l'un des événements artistiques majeurs de cette année : la grande exposition au Palazzo Reale consacrée à l'artiste allemand Anselm Kiefer, intitulée « Les Alchimistes », se tient dans la Salle des Caryatides du 7 février au 27 septembre 2026.

installation Anselm Kieferinstallation Anselm Kiefer
Photo : Ela Bialkowska, OKNO Studio

Anselm Kiefer, figure majeure de l'art contemporain international, rend hommage aux alchimistes avec un nouveau cycle pictural conçu spécialement pour le Palazzo Reale de Milan. Les 42 toiles, dédiées à ces femmes qui, par l'alchimie, ont contribué de manière fondamentale à la naissance de la science moderne, dialoguent avec l'architecture de la Salle des Caryatides. L'incendie provoqué par les bombardements alliés en 1943 y a gravement endommagé, voire presque entièrement détruit, les corps des 40 sculptures de femmes de Carie (les Caryatides) qui soutenaient le balcon périphérique de la salle.

Huit de ces toiles sont exposées dans la Sala del Piccolo Lucernario, attenante à la Sala delle Cariatidi. Les grandes toiles des Alchimistes, conçues comme une œuvre unique et profondément symbolique, entremêlent des thèmes centraux de l'œuvre de l'artiste : le mythe, l'histoire, la mémoire collective, l'identité, la destruction et la régénération. La peinture devient un langage alchimique : chaque tableau se présente comme un acte de résurrection, avec un visage qui émerge, un récit, une matière transfigurée. Kiefer invite ainsi le visiteur à s'immerger dans un voyage émotionnel intense, presque initiatique.

 

Un panthéon féminin

L'exposition construit un véritable panthéon féminin grâce à une opération de reconstitution historique qui met en lumière le vécu de ces femmes dont on ne savait presque rien, voire rien, il y a encore quelques décennies.


Parmi les femmes alchimistes, Caterina Sforza, fille de Galeazzo Maria Sforza, duc de Milan, occupe une place centrale, notamment en raison de son lien particulier avec la ville où elle passa sa jeunesse. Scientifique et figure influente, elle est également l'auteure d'un manuscrit rare contenant plus de 450 recettes de médicaments, de cosmétiques et de formules alchimiques.

Aux côtés de Catherine figurent Isabelle Cortese, auteure de l'un des plus célèbres livres de secrets de la Renaissance ; Cléopâtre, l'une des rares femmes à qui les sources grecques attribuent un rôle d'auteure dans la tradition alchimique ; Christine de Suède, fille de Gustave II Adolphe Vasa et de Marie-Éléonore de Brandebourg, qui fit de Stockholm un centre du mécénat artistique européen ; Marguerite Cavendish, l'une des rares philosophes du XVIIe siècle à avoir écrit des œuvres mêlant métaphysique, poésie et science ; Mary Anne Atwood, figure clé de la réception « spirituelle » de l'alchimie dans l'Angleterre du XIXe siècle ; Perenelle Flamel, riche bienfaitrice, collaboratrice et épouse de l'alchimiste Nicolas Flamel ; Marie Meurdrac, chimiste autodidacte et pionnière de la vulgarisation scientifique féminine ; Anne Marie Ziegler, alchimiste de cour dans l'Allemagne de la Réforme, brûlée vive en 1575 pour ses théories, jugées perverses et présomptueuses. Sophie Brahe, un pont entre la culture de la cour et le laboratoire.


En interprétant la pensée alchimique comme un voyage de passion, de mort et de régénération — dans lequel la matière, comme l'esprit, subit une destruction pour renaître sous une nouvelle forme —, Kiefer parvient à redonner voix, corps et autorité à un savoir féminin longtemps oublié, libérant les alchimistes de siècles de damnatio memoriae et reconnaissant dans leur travail une profonde affinité avec son propre processus créatif.

Informations pratiques
Fini le27sept.

Jusqu'au 27 sept. à 19:00

Adresse

piazza del duomo 12
MI
milano

En cours de chargement…

Sujets du moment

Flash infos