Vendredi 3 juillet 2020

Italie : Les obstacles à l’IVG médicamenteuse soulèvent la polémique

Par Lepetitjournal Milan | Publié le 23/06/2020 à 21:43 | Mis à jour le 24/06/2020 à 10:51
Pillule abortive italie polémique

La décision de la région Ombrie d’annuler la possibilité d’administrer la pilule abortive sans hospitalisation ni même à domicile a semé la polémique en Italie. Le pays, à la traîne par rapport au reste de l’Europe, connait en outre de grandes disparités selon les régions. Le ministre italien de la Santé entend faire réviser les lignes directrices afin de faciliter l’avortement médicamenteux.

Dans la rue dimanche dernier, des milliers de femmes protestaient à Pérouse. Elles manifestaient contre la décision de la région Ombrie, dirigée par la Ligue (extrême-droite) de supprimer la possibilité de prendre la pilule RU486 autrement qu’avec trois jours d’hospitalisation. Alors que la pilule abortive est autorisée en Italie depuis 2009 (soit plus de 20 ans après la France), cette décision a été jugée comme un frein au droit à l’avortement et pour le moins allant à contre-courant de la demande de la communauté scientifique au début du confinement lié au Covid-19. Celle-ci préconisait en effet « de revoir certaines procédures en vigueur afin de favoriser les pratiques en ambulatoire voire de superviser les soins grâce à la télémédecine », comme cela a eu lieu en France et au Royaume-Uni.
De son côté, la région Ombrie justifie sa décision en se référant à la ligne de conduite formulée par le ministère de Santé italien en 2010, après avis du Conseil supérieur de la santé. Celui-ci préconise une hospitalisation de trois jours pour un avortement médicamenteux, tout en laissant aux régions le soin d’organiser les procédures. Une manière notamment de minimiser l’impact des objecteurs de conscience, évalués à 68,4% dans la péninsule pour les gynécologues et à 43,6% parmi les anesthésistes.

La décision de l’Ombrie a aussitôt pris une dimension nationale. Le ministre italien de la Santé n’a pas tardé à s’adresser au Conseil supérieur de la santé, lui demandant un nouvel avis « afin de favoriser, lorsque cela est possible, le recours à l’interruption volontaire de grossesse médicamenteuse en ambulatoire de jour, comme cela est d’usage dans la majeure partie des autres pays européens », mais aussi de « prendre en considération la possibilité de la télémédecine ».

Une pratique peu courante

En Italie, le recours à l’IVG médicamenteuse s’établit à 20,8% des avortements. La pratique reste bien moins courante que dans des pays comme la Finlande, la Suède ou encore la France, où l’avortement mené par la pilule RU486 (possible jusqu’à la 7ème semaine de grossesse) a lieu dans environ 60% des cas.
Reste que les situations diffèrent d’une région à l’autre. Dans des régions comme le Piémont et la Ligurie, l’accès à l’avortement semble facilité, d’après le rapport annuel du ministère de la Santé. Ils représentent respectivement 44% et 38% du total des IVG en 2018. Dans d’autres régions comme la Lombardie (8,7%), la Vénétie (12%) et la Sardaigne (1,2%), des obstacles semblent subsister. Tout comme en Ombrie justement, où seuls trois hôpitaux sur onze offrent cette méthode, pour 1,2% du total des interruptions volontaires de grossesse.
Et chaque année, plus de 10.000 avortements clandestins ont lieu en Italie.

 

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