

L'Art contemporain reprend ses droits à Milan. La galerie d'art Wunderkammern inaugurait, le 20 janvier, sa nouvelle implantation milanaise. Pour l'occasion, était à l'honneur Blek le Rat, un pionnier sacré du street art. L'artiste y a présenté son exposition Propaganda, à l'affiche jusqu'au 5 mars. L'opportunité de découvrir sa poésie sociale et de rencontrer le modèle artistique de Bansky.
David
Si les murs ont des oreilles, avec Blek le Rat, ils ont surtout un coeur qui bat. L'artiste est un pionnier du street art. C'est à New York en 1971 en plein essor hippie, qu'il découvre la culture des
dessins sur les murs. «Je voulais vraiment être une pop star, mais ce n'était pas mon destin - confie-t-il- au lieu de ça, je suis devenu un artiste ». Destin rattrapé, puisque des milliers de fans l'adorent à travers le monde. A Milan, ils étaient près de 300, le soir du vernissage, à être venus rencontrer le maître : « J'aime sa technique et son contenu » s'exclame Francesca, étudiante de 22 ans à l'Académie des beaux arts de Côme. « Un visionnaire, un poète », ajoute émue Federica, 32 ans. Pour Nicolas, 18 ans : « il a donné un sens à ce qui n'était que des graffitis sur les murs de New York ». Consécration ultime dans le milieu, Bansky, artiste et phénomène mondial, le tient pour source d'inspiration. Il dira même : « à chaque fois que je crois avoir peint quelque chose d'un tant soit peu original, je découvre que Blek le Rat l'a déjà fait?20 ans plus tôt ! »
Autoportrait
L'homme qui traverse les murs de nos sociétés
Blek se sert des murs comme de miroirs sociaux afin de réveiller les consciences. « En ce moment je fais un travail sur les sans abri, pour pousser les gens à prendre position face à ces êtres abandonnés », explique-t-il. Mais contrairement aux miroirs, les murs ne réfléchissent pas : ils s'imprègnent. Ils ne nous renvoient pas une image, mais nous révèlent une vérité visible au seul coeur nu. C'est cela qui fascine l'artiste, la capacité des murs à raconter une histoire sans voix. Son oeuvre préférée, son autoportrait, le confirme. « C'est un homme qui traverse les murs, il a des valises car c'est un voyageur, il quitte un mur pour en retrouver un autre ». Une peinture qu'il a affichée dans le monde entier : Taiwan, New-York, Paris, Londres et maintenant Milan. A chaque nouveau pays, Blek le Rat change le petit drapeau sur ses bagages. Dès l'origine, l'artiste a recherché avec poésie et cruauté ce qui se cachait de l'autre côté du mur. Blek le Rat, de son vrai nom Xavier Prou, a choisi ce pseudonyme pour une raison bien précise. Blek, est inspiré d'une Bande Dessinée italienne « Blek il grande » des années 60, « que l'on s'échangeait à l'école », raconte-t-il. « Rat, car c'est l'anagramme d'Art. Mais surtout car il y a plus de rats que d'habitants à Paris. Je voulais dire aux Parisiens, oui c'est magnifique Paris. Mais, toute une société, dont vous avez peur, vit sous la surface totalement libre ». Xavier Prou, a donc décidé de devenir cet animal qui sonde les reins et les coeurs du monde urbain.
L'artiste ne revendique pas de message politique, ou très peu. Son David, oeuvre magistrale et très célèbre, représente le roi des Juifs tenant une Kalashnikov. « Je suis totalement pour la paix, je voulais juste, de façon controversée, revendiquer le droit à se défendre d'Israël ».

Joconde
« A Milan, les femmes sont belles et je remarque une élégance et une richesse qu'il n'y a plus à Paris »
Blek le Rat, connaît bien l'Italie, il y a travaillé à Rome et Naples dans les années 80. « L'Italie est très belle, j'aime ses murs ocres, rouges ? ». L'artiste aime tellement l'Italie qu'il lui a fait un cadeau : lui rendre la Joconde. Parmi les oeuvres de Propaganda, se trouve une Joconde : « Elle appartient à l'Italie, les Français l'ont volée ! ».
« C'est la première fois que je viens à Milan, il y a une énorme énergie. Beaucoup de jeunesse. Les femmes sont belles et je remarque une élégance et une richesse qu'il n'y a plus à Paris ». Blek le Rat, se sent inspiré par la Cité lombarde, « c'est impossible, mais j'aimerais beaucoup peindre le mur de l'église San Lorenzo. Le Christianisme est parti de là, à l'époque de Constantin. C'est un lieu mythique, sans doute le mur le plus fort de Milan ! »

Sweet Dreams
Sweet Dreams : la légèreté de l'innocence
Blek le Rat, est un personnage surprenant. Lorsque l'on aperçoit pour la première fois cet artiste de 65 ans, il ressemble à un intellectuel. Un homme sage, grisonnant et raisonnable. Soudain il parle, et l'on entend son souffle enfantin et sa voix emportée par l'imagination. Il parle de ses oeuvres avec un rictus qui laisse entrevoir qu'il prépare son prochain coup, sa future bêtise. Son lien avec l'enfance est fondamental dans son art. L'oeuvre Sweet Dreams, montre une petite en tutu. Avec ses ailes, elle ressemble à une colombe toute blanche, un ange, grâcieux dans un bain de sang. « Je n'ai eu qu'un seul enfant qui est maintenant grand ! L'enfance est pour moi la pure innocence ». L'artiste, qui dit s'inspirer du cinéaste Kubrick et du peintre anglais David Hockney, est passionné par la danse. « Je n'aime pas ce qui est lourd, le monde est lourd. La danse c'est la quintessence de la légèreté », affirme-t-il. D'un point de vue technique, Blek le Rat utilise majoritairement le noir et blanc, car « l'impact est plus fort. Tout est en couleur dans la ville, les voitures, la pub? ». Le noir et blanc interpelle donc la population, ces « gens des villes » à qui l'artiste dit faire « des cadeaux », en peignant les murs. Nicolas, un admirateur, déplore justement ce passage d'un art de rue à une exposition dans une galerie : « c'est un peu la commercialisation d'une chose qui était libre ».
Retrouvez tous nos articles de la rubrique « Culture »
Sanaa Nabi (lepetitjournal.com de Milan) jeudi 28 janvier 2016
informations pratiques:
Wunderkammern Gallery
via Ausonio, 1A
20123 Milano, Italy
Mardi -samedi, 11h-19h
Entrée libre

















































