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Comment gérer une première rentrée scolaire à l’étranger? Les conseils de 2 expertes

Les enfants ont retrouvé le chemin de l’école un peu partout dans le monde. Mais l’expatriation peut compliquer cette rentrée déjà stressante pour les jeunes élèves. Nous avons demandé à deux expertes leurs conseils pour bien préparer ce retour à la vie scolaire à l’étranger.

Un jeune expatrié pour sa première rentrée à l'étrangerUn jeune expatrié pour sa première rentrée à l'étranger
Écrit par Damien Bouhours
Publié le 3 septembre 2023, mis à jour le 20 septembre 2023

Des centaines de milliers d’enfants vont reprendre le chemin de l’école dans des établissements français à l’étranger mais également dans des écoles locales ou internationales. Pour ces jeunes expatriés, la rentrée peut être encore plus stressante, surtout si c’est la première à l’étranger, dans un environnement complètement inconnu et sans la présence rassurante des amitiés liées les années précédentes. Nous avons demandé les conseils de Catherine Martel, psychologue, fondatrice d’Expats Parents et co-fondatrice d’Expat Pro, et d’Eugénie Pettigrew-Leydier, orthopédagogue, directrice et fondatrice d’Aideor, et lauréate des Trophées des Français de l’étranger.

 

Eugénie Pettigrew-Leydier : « AIDEOR connaît de belles avancées »

 

Les difficultés d’une première rentrée en expatriation


« Une première rentrée à l’étranger est toujours une aventure pour un petit expat ! », commence par nous expliquer Catherine Martel, fondatrice d’Expats Parents. Elle nous détaille ensuite les différents facteurs qui « entrent en ligne de compte dans la façon dont il va appréhender cette nouvelle situation :
- son âge : pour les tout-petits, la situation sera à peu près la même que pour une première rentrée en France. Pour les plus grands, la comparaison avec ce qu’ils quittent va être inévitable… Pour les adolescents, c’est souvent une phase compliquée, car les pairs jouent un rôle important dans leur vie ; le fait de devoir quitter leurs amis pour partir dans un nouveau pays est rarement bien vécu. Suivre les parents dans une expatriation qu’ils n’ont généralement pas choisie peut également être source de tension voire de conflit avec les parents, et engendrer une certaine résistance.
- sa personnalité : certains enfants ont une facilité pour se faire rapidement de nouveaux amis ; pour d’autres, cela sera plus difficile et prendra plus de temps…
- la présence de frères et sœurs : c’est souvent rassurant de savoir qu’un frère ou une sœur se trouve dans la même école ; parfois, les enfants peuvent se croiser voire se retrouver lors des récréations. De retour à la maison, ils peuvent parler ensemble de leurs découvertes ou de leurs difficultés, et s’entraider.
- le type d’établissement qu’il rejoint : école française, école internationale, école locale… Le nouvel environnement peut se révéler très différent de celui auquel il était habitué. Certains établissements ont l’habitude d’accueillir les nouveaux, d’autres moins. Certains comptent un nombre important d’enfants du pays d’accueil. Se retrouver le seul ou l’un des seuls à parler français dans la classe est certainement plus perturbant que d’évoluer en terrain connu…
- le pays, dont la culture sera plus ou moins proche de la sienne ; en dehors de l’école, il y a parfois de nombreuses autres choses auxquelles s’acclimater, et des défis à relever, à commencer par celui de l’apprentissage d’une nouvelle langue… »

 

Catherine Martel d'Expats Parents : "Ce qui me manquait devait manquer à d'autres"

 

Les conseils pour les petits expatriés

Eugénie Pettigrew-Leydier, à la tête d’Aideor, connait bien les difficultés rencontrées par les enfants en expatriation. Elle conseille tout d’abord aux jeunes expatriés de « s’autoriser à explorer, à découvrir, à observer, à être curieux.se, à connaitre l’autre culture ». Les enfants peuvent alors  « jouer avec d’autres jeunes du pays local tout en restant ouvert d’esprit sur l’autre culture. Même si la langue est différente, les enfants jouent ensemble ; ils sourient, ils partagent, ils rient. Ils n’ont pas toujours besoin de communiquer avec le langage pour développer des moments de plaisir, tout comme nous le faisons pour développer une plus grande amitié. Une solution pour y parvenir est d’amener votre enfant au parc, à des activités locales ou avec d’autres expatriés, de l’inscrire à la garderie ou à l’école, etc. ».

 

Pour la spécialiste, il est aussi important de « maintenir les « piliers » et se trouver des points de repère. Pour s’imprégner dans l’environnement où on vit, il est aussi essentiel d’avoir suffisamment de confiance et d’assurance. Ainsi, les repères sont fondamentaux. » Pour ce faire, ils peuvent « continuer à parler avec leurs amis et à leur famille proche (cousin.e.s, oncle et tante, grands-parents, etc.) Avec les video-conférences et les réseaux sociaux, c’est assez facile de garder contact et de conserver son sentiment d’appartenance ». « Vous pouvez aussi organiser des échanges pour présenter vos nouveaux amis, pour envoyer des photos de votre nouvelle maison, etc. », ajoute-t-elle.

 

Les conseils des parents pour la rentrée scolaire

 

Comment les parents peuvent-ils aussi gérer cette rentrée scolaire ?

Catherine Martel, en charge d’une plateforme de conseils pour les parents expatriés, nous divulgue ses conseils pour les parents, parfois tout aussi stressés que leur progéniture. La clé est dans la préparation de cette rentrée : « Pour préparer son enfant, on peut lui fournir des informations sur ce qui l’attend : notamment aller voir ensemble le site internet de sa future école. Aller la visiter avant la rentrée n’est pas toujours possible, mais peut se révéler rassurant pour l’enfant. De même, essayer de faire la connaissance d’une ou de familles dont les enfants fréquenteront le même établissement scolaire permet au petit expat de moins se sentir en territoire inconnu le jour de la rentrée. Se renseigner à propos des spécificités de l’école et des méthodes d’apprentissage, qui peuvent être très différentes de ce que connait l’enfant. Il peut aussi se révéler utile de s’informer sur la culture locale, surtout si elle est très différente de celle du pays d’origine, afin que l’enfant sache ce qui l’attend et soit moins surpris ou déconcerté en arrivant dans le nouveau pays. L’inconnu est toujours source de stress, et avoir des points de repère le rassurera et facilitera son adaptation. »

 

Pour Eugénie Pettigrew-Leydier, les parents doivent aussi montrer l’exemple à leurs enfants : « Il peut s’agir de nouvelles amitiés avec d’autres expatriés ou d’échanges avec le peuple local, en fonction du pays d’accueil. L’essentiel est d’éviter l’isolement pour soi, tout comme vos enfants. Une manière est de vous impliquer dans un club, dans un comité, dans une activité sportive ou artistique, etc. »

 

Mais ils doivent aussi être là pour faciliter la communication : « Communiquer ses émotions peut être difficile pour certains enfants, alors vous pouvez trouver une manière de savoir comment votre enfant se sent dans sa nouvelle intégration sociale et scolaire. Il peut s’agir d’images à déplacer, de dessins, de mimes, etc. L’important est que l’enfant s’exprime, même si les mots ne lui viennent pas. Certains enfants peuvent être déstabilisés durant quelques jours et d’autres durant quelques semaines, voir quelques mois. Le temps d’adaptation varie d’un enfant à l’autre. En laissant votre enfant s’exprimer sur sa nouvelle vie lui permettra de mieux vivre son expatriation. Vous pouvez aussi parler de vos émotions, de vos observations, de ce que vous aimez et de ce qui vous manque de votre ancien quotidien. »


Un avis partagé par Catherine Martel : « Le plus important me parait d’être à l’écoute de ce que vit son enfant. Est-il inquiet ? Si oui, de quoi ? De quitter ses amis et/ou d’avoir du mal à s’en faire de nouveaux ? De ne plus voir ses cousins ou ses grands-parents? Face à tous ces points, il y a moyen de parler de la situation et de voir avec lui comment l’aider à dépasser la difficulté. La lecture de certains livres*  -tant pour les parents que pour les enfants- peut également se révéler d’une aide efficace, et servir de support au dialogue.
Valoriser les aspects positifs (la cantine est excellente, les activités sportives sont variées, l’effectif réduit en classe …) ; quant aux aspects négatifs, ne pas chercher à les minimiser, mais éviter de critiquer (les profs, les méthodes, les locaux, etc).
Rassurer l’enfant lorsqu’il rencontre des difficultés, et lui dire que c’est tout à fait normal qu’il passe par des hauts et des bas, et que l’adaptation prenne du temps.
Etre indulgent si les résultats scolaires ne sont pas d’emblée au rendez-vous ; encourager et soutenir, sans trop mettre la pression sur l’enfant, qui doit investir son énergie sur plusieurs fronts ! Lui faire confiance et ne pas trop projeter ses inquiétudes sur lui.
Dans la mesure du possible, et surtout pour les ados, les impliquer dans les choix (école, activités extra-scolaires, installation de leur chambre…). Etre acteur sera plus positif et motivant que subir. »


Alors qu’est-ce que l’on peut souhaiter aux petits expatriés pour cette première rentrée ? Catherine Martel a la réponse : « On peut leur souhaiter que cette nouvelle tranche de vie soit riche en découvertes et en rencontres qui seront plus tard de précieux atouts ! ».

 

 

* Bibliographie :
Cécile Gylbert : « Les enfants expatriés, enfants de la Troisième Culture »
«  Top départ ! », cahier d’activités destiné aux enfants de 6 à 12 ans.
Adélaide Russell et Gaëlle Goutain : «  L’enfant expatrié »

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