Catherine Martel d'Expats Parents : « Ce qui me manquait devait manquer à d'autres"

Par Capucine Canonne | Publié le 25/09/2022 à 18:00 | Mis à jour le 25/09/2022 à 18:09
Photo : Catherine Martel au Vietnam
Catherine Martel une serial expatriée au Vietnam

Psychologue de formation, Catherine Martel est ce qu’on appelle parfois une « serial expat ». Avec sa famille et au gré des mutations de son conjoint, elle parcourt le monde. A chaque fois, Catherine s’investit à fond dans l’entraide et l’accueil des expatriés. Portrait de la fondatrice du site expatsparents et co-fondatrice du réseau Expat Pro.

 

Aujourd’hui en France, Catherine Martel est fondatrice d’une plateforme collaborative autour de l’expatriation en famille, Expats Parents et d’un réseau d'experts de l'expatriation, Expat Pro. Le sujet de la vie à l’étranger, cette maman de 3 enfants le connait bien. Après avoir vécu en famille dans 7 pays différents en l’espace de 18 ans, l’entrepreneure raconte son parcours avec bienveillance, en ayant conscience que celui-ci a été intense.

 

Catherine Martel découvre la vie en expatriation et s’implique dans la communauté française 

« Rien ne me prédisposait à vivre une vie à l’étranger ; j’ai d’ailleurs très peu voyagé avant l’âge de 18 ans. Je n’ai pas initié cette vie d’expatriés, je suis ce qu’on appelle un conjoint suiveur, mais avec une démarche volontaire. » Nous sommes en 1994. Catherine travaille depuis 8 ans en France, dans l’orientation scolaire puis le recrutement. Un jour, son conjoint lui apprend qu’il  est muté en Roumanie : « Je me suis prise au jeu ». La voilà qui s’envole à Bucarest avec un bébé de 9 mois, tout en découvrant la maternité. 

Catherine ne le sait pas encore, mais sa vie d’expatriation ne fait que commencer « Etant d’une nature active, j’ai rapidement proposé mes services au Lycée Français, et je suis devenue volontaire pour Handicap International. » Très vite, la jeune maman réalise qu’il n’y a pas de système de garderie et se pose régulièrement la question (qui deviendra son leitmotiv en expatriation) : « si ce genre de service me manque, c’est que cela doit manquer à d’autres ? ». Quelques semaines plus tard, « La petite  maison  » voit le jour, accueillant les petits francophones de moins de 3 ans. Aujourd’hui, l’institution a changé de nom mais existe toujours. « Il me tient à cœur de construire des projets pérennes. ». En 1997, Catherine, son mari et leur fille rentrent à Lyon en attendant une prochaine destination. Deux ans plus tard, ils s’envolent à Chypre, à quatre cette fois. 

 

D’expatriation en expatriation : « Le fil conducteur de mon parcours est d’observer, comprendre et agir pour être utile » 

Comme une évidence, Catherine raconte « Est arrivé ce qu’il devait arriver : après avoir déposé mes enfants à l’école française, je discute avec d’autres mamans autour d’un café, sur les activités à faire ou les lieux à visiter. Et puis, je me dis, et si d’autres en profitaient ? ». La jeune expatriée contacte alors la FIAFE, réalise des affiches, discute autour d’elle : « On s’est retrouvé à 33 personnes dans un café un jour : l’association d’accueil était lancée ! » L’équipe organise des visites, des soirées, des rencontres, crée une gazette et un site internet. L’expérience est très enrichissante ; prendre des initiatives sur place pour la communauté francophone devient une évidence. La dernière année à Chypre, Catherine donne naissance à son troisième enfant. 

 

Bureau d'accueil des Français à Chypre
L'équipe du bureau d'accueil à Chypre en 2000, dont Catherine Martel (2ème en partant de la gauche) 

 

Si le retour en France est une étape inévitable pour les expatriés, Catherine n’en garde pas de bons souvenirs, surtout celui-ci : « Les retours n’ont jamais été faciles pour nous, celui-ci en particulier, à Paris. Mes enfants  avaient du mal à s’adapter à leur nouvelle vie. De mon côté, je n’arrivais à me lancer dans aucun projet qui m’intéressait, car je ne cessais de courir partout avec les trois petits. ».  Catherine  en profite alors pour se former à l’enseignement du  français langue étrangère, dans la perspective d’un prochain départ à l’étranger. Trois années passent. En 2010, l’annonce tombe : départ pour le Vietnam, Hanoï. « Mes enfants  ont hurlé de joie : c’était parti pour une nouvelle aventure à l’étranger !»

Catherine confie que l’arrivée en Asie n’a pas été facile. Le bruit, la pollution, la chaleur… l’adaptation met quelques mois : « On se prend l’Asie en pleine figure ». Après avoir pris le pli de la vie vietnamienne,  elle se met à observer, regarder ce qui existe, ce qui peut lui manquer à elle (et donc à d’autres Français et francophones sur place). Elle s’investit dans une petite association humanitaire nommée « Coup de pouce Vietnam » et rejoint  par ailleurs l’association d’accueil. En parallèle, la jeune femme donne des cours de français  au Centre culturel et des cours de psychologie à l’Université d’Hanoï. « J’avais envie d’aller au-delà de ma communauté et de me lancer dans des projets avec des vietnamiens. ». Au fil de ses expériences, Catherine voit en la vie à l’étranger une chance  de saisir des opportunités, de par la valeur ajoutée que l’expatrié peut apporter au pays. Des années heureuses passent, Catherine se fait des amis - qu’elle continue à voir encore aujourd’hui - : « en expatriation, on tisse souvent des liens très forts sur place.». 

 

Catherine Martel avec des enfants au Vietnam
Catherine Martel au Vietnam, entourée d'enfants 

 

 

Retours en France  compliqués entre chaque expatriation, Catherine cherche des solutions 

La famille rentre de nouveau en France, à Lyon. Catherine sent que ses enfants ont du mal à s’intégrer : « Mes enfants étaient un peu perçus comme des extraterrestres. Il faut comprendre qu’on arrive dans un quartier et une école où tout le monde se connait déjà et certains professeurs n’ont pas forcément les outils pour  comprendre les spécificités des enfants expatriés ; du coup, les enfants se sentent parfois incompris». Puis, la famille s’envole en Autriche, à Vienne. Sur place, Catherine crée Vienne Accueil. En 2014, la mutation se termine ; retour à Paris, où ses ados ont du mal à trouver leur place dans le système scolaire. Cette fois, la mère de famille  cherche à comprendre pourquoi les retours sont si compliqués : « J’ai des enfants bons élèves, nous sommes une famille unie, pourquoi est-ce que cela se passe mal ? Si c’est le cas pour nous, ce doit être le cas pour d’autres ? ». Catherine fait des recherches et tombe sur le livre « les enfants expatriés : enfants de la troisième culture », qui lui fournit la réponse à certaines de ses questions. Comme elle, Cécile Gylbert, l’auteure, est mère de famille et « sérial expat ». Elles se contactent, échangent sur leurs expériences à l’étranger et tissent des liens d’amitié au-delà des frontières.

 

Catherine Martel Cécile Gylbert
Cécile Gylbert et Catherine Martel en juillet 2022 (Paris) 

 

 

Petit à petit, Catherine mûrit l’idée de créer un site pour les familles expatriées : « puisqu’il y avait peu d’outils et de ressources qui existaient sur le sujet, je me suis lancée, et, en 2017, j’ai créé expatsparents.fr. Je voulais fédérer autour de ce sujet ; j’ai donc contacté des amies et le réseau que je m’étais créé pendant toutes ces années en expatriation. ». Pour donner de la résonance à son projet en ligne, Catherine monte un groupe Facebook,  qui  permet aux expatriés d’échanger et de s'entraider. Le groupe de parole prend rapidement de l’ampleur, au point que Catherine devient auto-entrepreneure pour pouvoir répondre à des demandes de partenariats : « Ce projet est un peu l’aboutissement de mon parcours, de ma formation de psychologue, de mes expériences à l’étranger, de mon rôle de parent. Et toujours cette envie d’être utile, de fédérer et faciliter l’entraide. Je m’efforce  de répondre à chaque question, ou de veiller à ce que quelqu’un y réponde ». Le groupe Facebook a aujourd’hui 16.600 abonnés et reçoit entre « 50 et 100 demandes d’adhésion par semaine » confie Catherine. 

 

Expats Parents

 

 

Expat Pro, un nouveau projet pour mettre en relation les experts de l’expatriation et les expats 

A nouveau en expatriation, à Sarajevo, Catherine continue de gérer Expats Parents et a de plus en plus de demandes de la part de  professionnels : « A ce moment-là, Cécile Gylbert me parle d’un projet d’annuaire de professionnels de l’expatriation, qu’elle me propose de réaliser ensemble. Je suis emballée ! ». Quelques mois après être rentrées en France, en décembre 2020, les deux entrepreneures  se lancent donc dans la conception d’un site référençant des professionnels soigneusement sélectionnés, proposant des services destinés aux expatriés, dans tous les domaines (logement, éducation, juridique, , santé etc…). : « Expat Pro n’est pas un annuaire mais un réseau d’experts ; nous proposons en effet différents outils aux adhérents, comme la publication de contenus, l’intervention lors de salons ou d’émissions de radio, ou la création de webinars par exemple. » explique la co-fondatrice, fière de constater que certains adhérents commencent même à se rencontrer et interagir ensemble : « c’est un réseau qui vit ! ». 

 

Expat Pro logo

 

 

Mais l’aventure à l’étranger n’est pas encore terminée pour Catherine et son conjoint. « D’un jour à l’autre, on peut repartir. Je pense que ce sera la dernière expérience en tant qu’expatriée. » Il est certain que, où que la vie les porte, Catherine Martel et Cécile Gylbert resteront investies dans des projets au service des Français et francophones du monde.  

 

 

 

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Capucine Canonne

Après 10 ans d’expérience en marketing média, Capucine se reconvertit en journalisme. Ancienne expatriée et fondatrice de l’édition lepetitjournal.com de Chennai en 2019, elle intègre la rédaction internationale à Paris.
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