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Quand les enfants expatriés partent pour étudier...

Il était une fois …. des familles qui quittent leurs ports d’attache pour une destination d’expatriation, et chacun va traverser les différentes étapes de transition autant de fois qu’ils changent de lieu de vie. Et puis le jour arrive où les enfants déploient leurs ailes pour commencer leur vie de jeunes adultes – ailleurs – et s’envolent du nid.

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Écrit par Expats Parents
Publié le 1 avril 2024, mis à jour le 3 avril 2024

 

Ecrit pour Expats Parents par Emmanuelle NIOLLET – Psychologue et Ethnoclinicienne FR/EN

 

La famille dans un ENTRE DEUX en expatriation

A partir du moment où l’un des membres de la famille s’éloigne du foyer, l’équilibre du système va faire l’objet d’une mise à jour. C’est la fin d’un chapitre. La vie ne sera plus jamais comme avant et ce sera le début d’une succession d’ajustements du processus d’autonomisation. Des solutions créatives vont émerger spontanément pour adopter une autre manière de faire Famille. C’est le signe du temps qui passe, d’une page se tourne. Une vague de tristesse envahit aussi la fratrie : les plus jeunes apprennent à vivre sans leurs aînés.

 

Il est rassurant de planifier à un calendrier de retrouvailles, tant pour celui qui part loin de tous que pour ceux qui restent. 

 

TIPS : Il est judicieux de maintenir les liens entre les uns et les autres, dans le respect des besoins de chacun, même si certains ne verbalisent pas leur tristesse. Il est rassurant de planifier à un calendrier de retrouvailles, tant pour celui qui part loin de tous que pour ceux qui restent. (on compte les dodos ;-))

 

 

Crise d’adolescence tardive de l'enfant expatrié

L’étape de « la crise d’adolescence » est plus tardive pour les enfants qui vivent à l’étranger. Le terme d’Enfants de Troisième Culture, ou TCK, introduit par la sociologue Ruth Unseem dans les années 60 décrit ces enfants qui ont passé une partie importante de leurs années de développement dans une/des cultures autres que celles de l’un ou les deux parents.

En effet, alors que la famille nucléaire vit à l’étranger et loin de ses réseaux habituels de soutien, les liens qui unissent chaque membre sont très forts. Il y a une sorte d’injonction tacite et implicite d‘obligation à bien s’entendre. C’est une question de survie. Nous sommes tous dans le même bateau, et les adolescents n’ont pas intérêt à le faire chavirer. Ils vont se soumettre provisoirement - sans trop se révolter - aux conséquences des choix de leurs parents, de leurs employeurs et ils s’accommodent tant bien que mal avec les règles qui régissent la vie quotidienne de leur pays d’accueil.

 

Pour ceux qui ont déménagé plusieurs fois, ils vont remobiliser des capacités d’adaptation développées lors des expériences précédentes. 

 

enfant qui va partir étudier ailleurs

 

 

Le Choc culturel du retour en France

Nuançons ce terme de ‘Retour’ puisque personne ne pourra jamais revenir en arrière – et c’est peut-être aussi bien ? Il s’agit donc d’aller de l’avant. Nos jeunes qui partent étudier en France ne le vivent pas forcément comme le fait de retourner vivre dans leur pays puisqu’ils ont passé la majorité de leur vie à l’étranger. Il s’agit donc d’une version hybride du Choc du Retour (Reentry Shock). Pour ceux qui ont déménagé plusieurs fois, ils vont remobiliser des capacités d’adaptation développées lors des expériences précédentes.

 

Ce n’est pas forcément plus facile parce que c’est pour aller en France

Les enfants ont eu l’occasion de venir régulièrement en Métropole lors de vacances, bien souvent accompagnés de membres de la famille et l’image de notre pays d’origine que nous leur transmettons en tant que parents est basée sur nos expériences passées, parfois dépassées aussi... Le pays a évolué depuis notre départ à l’étranger et notre logiciel de transmission nécessite sans doute une mise à jour, d’autant plus après la crise humanitaire interplanétaire de COVID.

 

Jusqu’à maintenant, leurs vies avaient été régentées par les carrières des parents au bon gré des employeurs. 

 

Devoir faire des choix seuls 

L’apprentissage de l’autonomie se fait habituellement de manière graduelle. Ici il s’agit d’une autonomisation speedy et "forcée" qui peut être une expérience vertigineuse pour ces jeunes qui (peut-être) se trouvent pour la première fois dans une position où il leur est demandé de faire des choix, seuls. Jusqu’à maintenant, leurs vies avaient été régentées par les carrières des parents au bon gré des employeurs.

 

Choix de parcours et de carrières

Pour guider nos enfants dans leurs choix d’études, nous avons pour référence les métiers qui existaient en France et ce qu’ils représentaient socialement à l’époque où nous y avons vécu. Hors, depuis plusieurs années des dispositifs tels que Parcoursup ont été créés, et nous sommes témoins de la survenue de métiers « hybrides » et de l’acceptation du principe de l’année de césure qui est maintenant devenue plus acceptable dans les mentalités françaises. De même, les semestres à l’étranger de type Erasmus sont devenus une étape quasi incontournable dans les études supérieures, comme un rite initiatique à la mondialisation. Ceci présente un avantage pour nos enfants, mais cela peut aussi dire que leur longue expérience de vie à l’étranger peut-être sous-évaluée.

TIPS : Nous recommandons à chacun de prendre le temps de prendre le temps ! Il faut être conscient de la nécessité d’un temps d’adaptation tant physiologique que cognitif. Les apprentissages ne peuvent se faire qu’une fois que l’on se sent en sécurité. Les choix initiaux peuvent être l’objet d’une remise en question. Faisons confiance au Temps et à la nécessité d’un laps de temps de jachère qui peut être fructueux à long terme.  

 

Nos Départs, nos chagrins

L’une des caractéristiques des changements de lieux de vie pour les membres de notre tribu est le fait qu’ils sont souvent imposés par des impératifs professionnels ou des évènements imprévus et parfois graves qui nous contraignent aux départs. Si les parents peuvent avoir leur mot à dire, ce n’est pas le cas pour certains conjoints suiveurs et encore moins pour les enfants. On n’a pas le choix. Il faut tout quitter : nos maisons, nos amis, nos écoles, les cultures, les odeurs, la lumière et les bruits.

Ce sont des périodes de grands chagrins, les souvenirs des périodes d’adieux au moment des départs nous hanteront aussi longtemps que nous n’aurons pas pris le temps de clore cette page de notre histoire et pouvoir nous lancer dans le prochain chapitre de notre vie.

L’image du Radeau (ou R.A.F.T.) développée par David Pollock et Ruth Van Reken nous invite à prendre le temps de Réconciliation pour dénouer tous les liens conflictuels avant de partir, de l’Affirmation qui consiste à communiquer avec notre entourage le plaisir que nous avons eu à les connaître et interagir avec eux. Ensuite vient le temps des Farewells, étape des adieux où l’on partage les derniers temps précieux ensemble tout en nous préparant pour la suite de l’aventure, le Futur ou Think Ahead.

 

 

la tristesse de quitter ses proches

 

 

Nos jeunes doivent bâtir seuls en quelques semaines ce que d’autres mettent une vie à construire et consolider. Leurs capacités d’adaptation vont devoir faire la part des choses entre la perception qu’ils ont de la France et la Réalité.

 

L'adaptation en France de l'enfant qui part

La Pyramide des Besoins Fondamentaux élaborée par A. Maslow et un bon outil pour comprendre ce qui est en jeu pour un individu avant de devenir performant et s'épanouir dans son quotidien. Nos jeunes doivent bâtir seuls en quelques semaines ce que d’autres mettent une vie à construire et consolider. Leurs capacités d’adaptation vont devoir faire la part des choses entre la perception qu’ils ont de la France et la Réalité. Il faut tenir compte notamment de la distorsion entre ce que montrent les Réseaux Sociaux et les vrais gens de la vraie vie.

 

Un casse-tête Administratif

Confrontés au Casse-tête administratif, le choc du Retour est rude. Contre toute attente, la France c’est une autre jungle. Les parents d’Enfants vont devoir combiner une installation qui allie Autonomie et Sécurité et faire face à la réalité. En terme de budget, il peut y avoir un changement drastique entre niveau de vie souvent élevé avec les défraiements des contrats en expatriation pour passer à un budget d’étudiant dans un pays où la vie coûte cher, où il y a une crise du logement.

Le réseau fonctionne efficacement lorsqu’il s’agit d’échanger des conseils pour ce qui est des ouvertures de comptes bancaires, des pistes pour des logements, des Foyers et familles d’accueil. Il y a des besoins spécifiques pour les enfants encore mineurs lorsqu’ils commencent leurs études. Il reste cependant un tabou autour des sujets douloureux concernant les difficultés rencontrées par les familles, notamment les problématiques de santé mentale, qui sont plus rarement abordées dans les forums.

 

 

Codes du Vivre Ensemble

Il va falloir un temps à nos jeunes pour comprendre les Codes du Vivre ensemble et la manière de se faire des amis. Le Mode d’entrée en relation diffère énormément de celui que nous connaissons dans la communauté expatriée. En France c’est un peu comme si personne ne vous attend. Pourtant c’est le moment où nos enfants qui se sentent comme des poissons hors de l’eau ressentent le manque de cette dynamique d’accueil et de communauté qu’ils ont toujours connue. On parle du Mal du Pays inversé lorsque ce qui nous manque est notre vie d’avant, dans nos pays d’adoption.

Les jeunes peuvent avoir l’impression de ne pas avoir leur place, de se sentir étrangers, incompris. Cette période d’adaptation est d’autant plus éprouvante que chacun est seul face ses difficultés et n’est pas forcément conscient de ces processus.

 

Alors qu’ils ressentent une perte d’appartenance, les jeunes vont manifester des signes plus ou moins visibles du processus qui les métamorphose.

 

savoir ou aller en rentrant en France

 

 

Quelles problématiques observées ?

C’est un profond remaniement identitaire qui est en jeu et qui conjugue crise d’adolescence tardive avec une autonomisation contrainte par la distance géographique et l’éloignement de la cellule familiale. Alors qu’ils ressentent une perte d’appartenance, les jeunes vont manifester des signes plus ou moins visibles du processus qui les métamorphose. Les problématiques du Lien vont prendre la forme de différents types d’Addictions, qui leur donnent l’impression de garder le contrôle sur quelque chose au milieu de tout le chaos du changement et de se déconnecter d’une réalité trop éprouvante. Les Comportements à Risques sont des tentatives de tester le cadre et peuvent être des appels à l’aide en direction la famille. 

Lorsque nos enfants ont été confrontés à des évènements traumatiques, connus ou méconnus des parents, les souvenirs peuvent venir les hanter lors de cette période trouble. Le corps garde tout en mémoire, les bons souvenirs comme les pires, plus ou moins profondément. Ils peuvent resurgir au moment où ces jeunes adultes sont plus vulnérables. Les signes de Décrochage ou de ce que l’on perçoit comme des Échecs dans les études seront aussi à prendre en considération pour établir un dialogue avec nos enfants dans l’optique de comprendre ce qui se passe pour eux et réévaluer leur bien-être. Ceci peut se faire en famille ou avec l’aide de professionnels.

 

Ils sont peut-être français – mais pas que. Leurs expériences individuelles les ont construits et fait d’eux des êtres uniques et métissés et elles constitueront leurs racines internes.

 

Prendre le temps de se panser - penser

Quelle que soit la forme que prend le message, les psychologues spécialisés dans l’accompagnement des expatriés observent principalement des symptomatologies dépressives. Les symptômes de la Dépression Réactive sont tout à fait explicables en phase de changement alors que commence un nouveau chapitre de la vie. C’est aussi nécessaire que de rétrograder avant de s’engager dans un virage et il s’agit de prendre le temps de l’Acceptation.

Les jeunes vont pouvoir parler en toute tranquillité de leur parcours de vie et prendre conscience des différences sans pour autant qu’ils ne soient le problème. Ils sont peut-être français – mais pas que. Leurs expériences individuelles les ont construits et fait d’eux des êtres uniques et métissés et elles constitueront leurs racines internes. Il est indispensable qu’ils réunissent toutes les facettes de leur identité pour être performants tout en se sentant entiers. Un bilan de leurs forces et de leurs faiblesses va mettre fin à leur impression d’être des imposteurs et sera le début d’une possible intégration.

TIPS :  En guise de conclusion, je préconise l’importance de la préparation en famille de cette phase et d’un accompagnement tout au long de la durée des études loin de la famille. Il est important pour les jeunes d’être sensibilisés à ce qui se passe au niveau émotionnel et somatique et de consacrer du temps pour soi et faire un point sur les processus en mouvement. C’est un défi qui ne doit pas être sous-estimé. Je conseille aussi de garder ou prendre contact avec les tribus du monde de la Mobilité Internationale, d’être en lien avec les étudiants étrangers. Certains trouveront du sens en s’engageant dans des actions au sein d’organisations associatives pour maintenir l’expérience de donner à la communauté. Il est indispensable aussi de maintenir des liens avec les proches tout étant conscient des aléas des relations à distance : la distorsion du temps, les malentendus, les fuseaux horaires, les choix des sujets de conversation.

Il est important de donner un cadre qui permette à chaque membre de la famille d’avoir une visibilité quant aux prochaines retrouvailles. La recommandation est de fixer une date et essayer de s’y tenir en adaptant à la réalité des besoins. Ceci est nécessaire pour ceux qui partent mais aussi pour ceux qui restent, les parents comme les membres de la fratrie.