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Gang du clito : « le féminisme n’est pas contre les hommes, mais contre le sexisme »

Par Caroline Chambon | Publié le 19/08/2021 à 18:00 | Mis à jour le 20/08/2021 à 16:06
Une publication du compte Instagram féministe gangduclito

Imprégner la culture populaire de féminisme : tel est le mantra de Julia Pietri. Fondatrice de « Gang du clito » et autrice d’essais féministes, elle revendique un féminisme « pour toutes et tous ».

 

Donner à voir l’interpénétration de la culture populaire et du féminisme : voilà l’idée qui a poussé Julia Pietri à commencer « Gang du clito », un média Instagram féministe. Tous les jours, la militante produit des contenus qui visent à faire réfléchir, et à rendre le féminisme esthétique et attractif. L’autrice, qui propose aussi des objets artistiques de tout genre revendiquant la culture féministe, revient dans cette interview sur son parcours et son « féminisme populaire ».

 

 

Comment vous est venue l’idée de Gang du clito ?

J’ai fondé le compte Instagram Gangduclito dans le cadre de l’écriture de mon premier livre qui s’intitulait « Le petit guide de la masturbation féminine ». Le but premier du compte était de réunir des témoignages pour le livre, qui en contient plus de 6.000. Je voulais donner la parole aux femmes, qu’elles s’expriment en leur nom, en leur corps, en leurs complexes et intimité. J’avais pris le parti de ne faire parler aucun expert : ni médecins, ni sexologues, etc. Le compte est né de l’écriture du livre, et s’est petit à petit transformé. Aujourd’hui, il est devenu un média Instagram sur le féminisme populaire, qui propose du contenu chaque jour et vise à déconstruire des notions du quotidien.

 

Le féminisme est une question de société qui nous touche toutes et tous

 

Quel message voulez-vous transmettre ?

Le message que je veux transmettre est que le féminisme n’est pas contre les hommes, mais contre le sexisme. Il n’est pas réservé à une élite intellectuelle. Le féminisme est une question de société qui nous touche toutes et tous. Personne n’est à l’écart de cette métamorphose sociétale qui a lieu au travail, mais aussi dans l’espace public, dans la famille, dans le couple, dans l’espace intime, dans la parentalité et dans la construction de soi.

 

Qu’est-ce qui fait, selon vous, votre marque de fabrique ?

La ligne éditoriale de mon militantisme est de réussir à utiliser la culture populaire pour véhiculer des idées du féminisme, et ce à travers des exemples de la vie de tous les jours.

 

L’humour est le meilleur moyen de vulgariser les choses. Il permet de dédramatiser le féminisme

 

Vous proposez toutes sortes de produits déjantés : bonbons, posters futuristes, et même des bijoux. Pensez-vous que l’humour puisse aider à faire avancer la cause féministe ?

L’humour est le meilleur moyen de vulgariser les choses. Il permet de dédramatiser le féminisme. Nous avons souvent tendance à penser que le féminisme est violent et radical, qu’il veut réduire les hommes en cendres. Alors qu’il s’agit tout simplement de revendiquer l’égalité. Selon moi, il n’y a pas notion à être contre cette revendication de l’égalité pour tous.

 

 

J’ai vraiment volonté à magnifier le féminisme et tout ce qu’il pourrait engendrer, parce qu’il n’y a que du beau

 

Comment les procédés plastiques propres à la culture populaire que vous utilisez (couleur, pop art, dessin, kitch, rétro) servent-ils la cause que vous défendez ?

Je suis moi-même issue de la culture populaire. Je pars des choses que je connais et je me les approprie pour véhiculer des idées de « propagande féministe », si l’on peut appeler ça comme ça. Ce sont des moyens qui touchent le monde, qui sont efficaces, qui ne font pas peur, et qui sont aussi beaux. J’ai vraiment volonté à magnifier le féminisme et tout ce qu’il pourrait engendrer, parce qu’il n’y a que du beau. Il faut enlever cette crainte, car la violence est derrière, et non pas dans le féminisme. L’idée est d’amener de la couleur, de la simplicité, de l’esthétisme pour amener le féminisme dans la pop culture. La culture populaire est justement une culture consensuelle. J’aime bien l’idée de réussir à faire quelque chose qui puisse plaire autant à une personne de 10 ans qu’à une personne de 60 ans.

 

 

Sur votre compte Instagram, que vous alimentez très régulièrement, on peut lire le slogan « Chaque jour on réfléchit ensemble ». Considérez-vous le féminisme et les thématiques qui y sont liées comme un sujet sur lequel il y a un manque d’éducation ?

Je ne sais pas s’il s’agit d’un manque d’éducation, mais il y a clairement un manque culturel. Nous sommes dans une culture historiquement patriarcale, dans un système de dominance masculine, où l’universel et le neutre sont masculins. Dans cette équation, il est impossible d’avoir l’égalité. Quand je dis que l’on « réfléchit ensemble », je veux dire que nous déconstruisons les choses que nous avons apprises. Nous ne manquons pas d’éducation, mais l’éducation est tronquée. Les visions sont fausses, nous grandissons avec des idées reçues. Et nous n’avons pas nécessairement les bonnes clefs en main pour pouvoir appréhender et comprendre notre pouvoir, notre place dans le monde. L’idée de réfléchir ensemble est d’essayer de développer cette culture collective de la déconstruction et de remise en question des enseignements patriarcaux qu’on nous a « biberonnés » depuis petits.

 

Il faut réussir à se métamorphoser soi-même, et en faisant cela nous changeons les mentalités et les récits culturels et collectifs

 

Dans la vie de tous les jours, comment peut-on, justement, éduquer nos proches ?

J’ai écrit un livre qui s’appelle « On ne naît pas féministe, on le devient » car je pense que tout part de soi. Je ne pense pas que nous puissions changer les autres. Il faut réussir à se métamorphoser soi-même, et en faisant cela nous changeons les mentalités et les récits culturels et collectifs. Et, petit à petit, nous rétablissons l’égalité. Nous sommes souvent victimes de ces cultures dominantes. Nous ne nous sentons pas à notre place, sans forcément avoir les clefs qui nous permettraient d’exprimer le pourquoi. Nous n’avons pas forcément les arguments.

 

Affirmer ce que nous pensons, ce que nous sommes et ce que nous voulons être, nous permet de prendre le pouvoir

 

Et de l’autre côté, la lourde masse culturelle nous fait comprendre que nous n’avons pas le choix. Je ne pense pas qu’il faille changer les autres. Mes campagnes ne poursuivent pas ce but, mais celui de revendiquer ses opinions. Selon moi, affirmer ce que nous pensons, ce que nous sommes et ce que nous voulons être, nous permet de prendre le pouvoir. Se changer soi d’abord, pour pouvoir par la suite rayonner et faire rayonner cette culture féministe.

 

 

 

 

 

 

Caroline Chambon

Caroline Chambon

Etudiante en relations internationales à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, Caroline a rejoint lepetitjournal.com en mars 2021 en tant que stagiaire à la rédaction.
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