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L'art innommable de Medhi Krüger

Par Simon Deniaud | Publié le 05/04/2019 à 00:13 | Mis à jour le 05/04/2019 à 00:17
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Le Petit Journal a rencontré lundi dernier Medhi Krüger. Avec lui, on a franchi les portes de l’histoire pour s’intéresser à l’architecture de la poésie ; un doux mélange entre poésie, politique, arts, littérature, historiettes, philosophie, musique, avec le sourire et une pointe d’humour.

Son expérience d’artiste est étonnamment vivifiante, pleine d’images et d’exemples, d’inspirations multiples et sensibles, dans ce qu’on pourrait dire être un voyage de l’âme à travers le concept d’humanité. C’est un bel édifice que dessinent les traits de sa personnalité.

Medhi est à Rome cette semaine pour faire ce qu’il aime et ce qui le nourrit : le partage de sa passion pour la langue française. Véritable « artiste » de scène, il montre le désir d’aller au-delà de la performance, n’hésitant pas à s’affranchir de la distance entre lui et le « public ».

Ainsi, il parcourt le monde (en passant par les écoles et les prisons), travaille avec toute sorte de gens (des jeunes, des élèves, des déshérités, des exilés, des exclus), sans a priori, il n’est là que dans un but qu’il présente comme ludique et savant à la fois.

Il résume tout cela à travers la formule « Gai savoir », (parmi d’autres références à Nietzsche) dans un sourire qu’on ne peut que partager. Il laisse planer une autre image sur la conversation, plus engagée celle-ci : Il s’agit de tous les ghettos que la société bâtit et que l’on déconstruit avec un stylo, des mots, et des créations, incroyables créations même, que ce soit la poésie, la musique, ou toute autre forme d’« art » (quand on songe notamment aux sonorités urbaines du hip-hop par exemple).

Selon lui, on doit exprimer des points de vue profondément humains, des émotions du partage, une curiosité totale que l’on peut emprunter aux humanistes de la Renaissance (il nous cite d’ailleurs un important nombre d’Italiens). Là où l’expression peut être excentriques ou non, celle des premières étoiles du rock, ou celle des nouvelles formes d’expressions qualifiées d’« urbaines », peu importe tant que l’idéal est là. La perfection estimée, pour lui, est cette capacité à définir et habiter l’espace de toutes les manières possibles, par la langue, le dessin, la peinture, l’architecture ; si on n’avait peur de l’anachronisme on dirait que c’est un humaniste.

Catégorisation difficile

Il apparaît difficile de catégoriser la musique que transmet Medhi Krüger et d’ailleurs il ne le souhaite pas ; on peut la décrire comme une alchimie entre sonorités urbaines, slam, rap, chanson à texte. Peu importe dirons-nous, son travail défend l’oralité sous toutes ses formes, accompagnée de son guitariste “Ostax”. Bien que son nom soit assez peu connu, il est plusieurs fois primé : le prix de la SACEM Georges Brassens, le prix Le Mans Cité-Chanson, et est finaliste du prix Georges Moustaki 2018.

L’ensemble de sa musique est disponible par le biais de trois EP qui sont disponibles en téléchargement (gratuit) sur son site, c’est une bonne manière de découvrir son travail qui est résolument passionné et transcende les frontières, les dépassent. Il a de plus travaillé avec Arte, l’UNESCO et Amnesty International. Ainsi lorsqu’il parle, il évoque des amis russes, ses origines métissées, l’Allemagne, des pays visités.

Quand il évoque son « point de vue », ce sont des manifestations d’une expérience qui émanent de lui, l’Histoire de l’art qu’il a étudiée, que les déboires du monde que son regard a capté, les dérives de l’art qu’il juge, et les différents moyens de percevoir ce qui l’entoure. Ses paroles, quelque part, libèrent ; et dans sa volonté de ne pas caractériser ce qu’il fait, on comprend son désir de liberté.

Autorégulation excessive

Il regrette au sujet de l’art et du monde en général, l’« homéostasie », une forme d’autorégulation excessive, et on sent qu’il se nourrit mieux des moments d’expiation, ou de ceux que l’enthousiasme transforme en beauté ou en libération, surtout lorsque l’on aborde l’Algérie où il était la semaine dernière : ce qui le touche c’est la volonté de se libérer, de sortir d’un carcan qui se traduit par la volonté de décrire ce volcan que peut être l’homme dans ses meilleurs aspects. Ce n’est pas seulement la poésie qu’il pulse, c’est la vie qu’il expulse.

Medhi, on n’en doute pas, offre une approche différente de celle que l’école procure, c’est un plus, qui exsude un parfum de liberté pour l’expression à laquelle chaque jeunesse aspire. On louera donc Dominique, professeure de Français, qui a choisi de le faire venir pour travailler de concert avec d’autres enseignants de Chateaubriand sur la poésie et la langue par le truchement de l’Association Château-Musique ; on se félicite que de jeunes élèves puissent connaître l’expérience de partager un peu son travail et sa vie.

Ainsi, l’artiste s’exprime toujours avec humilité et intérêt, goût et pertinence, on retiendra surtout ce calme et cet humour qui l’accompagnent (surtout lorsqu’on apprend que sa valise s’est perdue dans l’avion alors que lui s’amuse de savoir si elle n’est pas en Malaisie). On vous conseille fortement de vous rendre au Centre Saint Louis ce soir à 18h pour voir évoluer dans leur élément l’artiste et ses musiciens.

Informations pratiques

Concert ce vendredi 5 avril à 18h à l’Institut français - Centre Saint Louis

Largo Giuseppe Toniolo, 22

Pour écouter un extrait de son travail 

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Simon Deniaud

Spécialisé en Histoire antique, passionné de voyages et découvertes, Simon s’est installé à Rome par amour de la capitale italienne.
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